Photo-graphies et un peu plus…

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« Je fais remonter l’information » me lance-t-elle très sérieusement au téléphone alors que je lui fais part d’un dysfonctionnement du service. N’est-ce pas étrange, comme expression, « faire remonter l’information » ? Comme si, pour l’heure, ladite information n’était qu’en bas. Est-elle tout simplement en train de me dire qu’elle travaille en sous-sol et que ceux qui sauront quoi faire de cette précieuse information sont à des étages plus élevés ? Et en quoi le fait d’être en hauteur les aidera à la traiter mieux qu’elle ? Mon information, je l’imagine déjà griffonnée sur un bout de papier, roulée en boulette – ce n’est pas un roman non plus – et mise en boîte par l’opératrice qui la pose délicatement sur un siège de remontée mécanique à informations, au côté d’autres boites, afin qu’elle soit récupérée, à l’issue d’un parcours assurément kafkaïen, par les hautes sphères décisionnaires. Et maintenant que mon information est bien remontée, j’espère surtout que personne ne se mettra en colère !

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Jouer un double-jeu

Qu’ont en commun ces mots : hazard, eventually, comprehensive, achieve, chance, fabric, offer, scallop, villain ? La liste à mémoriser est bien plus longue, mais il me semble que vous avez déjà compris ! Ce sont en effet des faux-amis en anglais… Je reprends dans l’ordre : danger et non hasard ; finalement et non éventuellement ; complet et non compréhensif ; réaliser et non achever ; possibilité et non chance ; tissu et non fabrique ; proposer et non offrir ; coquille saint-jacques et non escalope ; traître et non vilain… A sa manière, le faux-ami est un trompeur, voire un trompe l’oeil. En tout cas, un trompe-cerveau. Sa forme, parce qu’elle nous est familière, le fait passer pour ce qu’il n’est pas et nous induit assez facilement en erreur. En photographie, le faux-ami existe aussi. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises, même ici, j’entends sur ces pages griffonnées depuis 2010, ce qui m’invite à prévoir un prochain duo sur la répétition… Face à ce trio de Vespas, savamment garées par ailleurs, tout porte en effet à croire que nous sommes en Italie. Cela passerait certainement inaperçu – après tout, il y a des Vespas partout dans le monde – si leur couleur et l’ordre dans lequel elles sont rangées ne faisait instantanément et directement écho au drapeau transalpin… Comme une revendication patriotique ! Et pourtant, nous en sommes assez loin puisque cette photo nous vient tout droit de Bâle, en Suisse !

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Francophilie approximative

Quand, à l’autre bout du monde, on se retrouve face à un restaurant ou une boutique portant un nom en français alors même que le dialecte local lui est totalement étranger, on se laisse volontiers porter par une onde de chauvinisme tout en célébrant la puissance du rayonnement culturel hexagonal. Et si, le plus souvent, le nom est choisi à bon escient, il arrive aussi qu’il laisse dubitatif. Comme ici, avec cette boutique de chaussures d’une galerie commerciale de la gare d’Osaka étonnamment appelée « Cocue ».

Hypothèse spontanée : c’est une pure coïncidence ; ce n’est pas du français (qu’est-ce donc alors ?) et ce mot ne fait pas référence à l’infidélité qu’on lui prête sous nos latitudes. Mais cette hypothèse vacille assez rapidement : ne semblent en effet être vendues que des chaussures pour femmes, ce qui justifierait l’accord de l’adjectif. Par ailleurs, vous aurez certainement noté la couleur des murs – jaune -, qui nous renvoie instantanément à cette couleur imaginaire – le jaune cocu -, expression typiquement française faisant bien écho à une tromperie subie… Bref, tout porte à croire que ce « Cocue »-là est bien notre « cocue ». Reste à savoir qui les a mis sur cette étrange et étonnante piste. A moins que les gérants n’aient volontairement joué la carte du cynisme, teintée d’une once de misogynie, en appelant chaque femme dupée à se réconforter en trouvant nouvelle chaussure à son pied…

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Les jeux sont ouverts !

Il y a au moins un avantage à poser le pied, idéalement les deux, dans un pays dont on ne maîtrise absolument pas la langue et dont l’écriture ne porte elle-même aucun indice susceptible d’en faciliter la compréhension : tout devient possible. C’est-à-dire que l’on peut choisir d’arpenter ses villes, ses rues, ses commerces, ses collines, ses plages en donnant une signification totalement imaginaire aux messages affichés, quitte à se tromper, mais volontairement, ou à manquer des informations importantes. Voilà donc qu’en plein cœur de cette forêt silencieuse et désertée bordant la paisible ville de Kyoto, est signalée aux randonneurs la présence, 14 arbres plus haut à gauche, d’un distributeur d’Awawawawa Pucho Ball alimenté en permanence par le très riche humus local et géré d’une main de fer par un couple de chouettes de Tengmalm… N’est-ce pas extraordinaire ?

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A partir de là...

… les rues ne sont plus indiquées donc demandez votre chemin ! Une évidence bien entendu ! En pratique, tout dépend de l’endroit où vous êtes. Où que vous soyez dans le monde, vous avez en effet deux façons de découvrir une ville que vous ne connaissez pas. Bien entendu, il y en a bien plus que deux, mais c’est parfois reposant d’aborder la vie avec une âme binaire ! La première : partir à l’aventure sans plan ni objectif précis en tête quitte à passer juste à côté de l’incontournable. La seconde : définir un plan d’attaque avec étapes prédéfinies.

Dans le premier cas, seule votre envie et votre curiosité vous guident. Peu importe, au final, que vous ne sachiez pas précisément où vous êtes. Cela fait partie du voyage. Dans le second cas, une carte peut être utile. En écrivant cela, je réalise à quel point cette phrase est potentiellement une espèce en voie de disparition. Car aujourd’hui, pour se repérer et se rendre quelque part sans effort, nombreux sont ceux qui s’appuient sur leur extension connectée : leur smartphone géolocalisé doté d’un GPS. Que c’est triste !

Pour les besoins de ce billet (et faire perdurer la magie de nos errances citadines), faisons donc cette hypothèse pré-nostalgique que vous préférez toujours lire des cartes. Le plus souvent, associées à un certain sens de l’orientation, elles suffisent amplement ! Mais il peut arriver également que ce ne soit pas le cas. « A partir de là, les noms de rue ne sont plus indiquées sur le plan, demandez votre chemin. » Retour à la phrase départ. C’est bien beau mais vous ne parlez pas javanais, ni japonais d’ailleurs, ou si peu. Même si vous êtes incapable de vous repérer finement, vous savez toutefois que vous n’êtes pas si loin du but. Alors, vous vous lancez vers l’inconnu. En l’occurrence, un épicier à qui vous essayez de faire comprendre que vous cherchez un ancien sento reconverti en café tout près d’un très vieux onsen. Fastoche !

Malheureusement, vous n’avez pas imaginé, en posant la question dans l’idiome local que votre interlocuteur allait logiquement en déduire que vous le maîtrisiez et donc vous répondre tout naturellement – c’est-à-dire très rapidement – dans sa langue natale. Interloqué mais poli, vous l’écouterez patiemment en hochant la tête comme vous l’avez vu mille fois fait depuis votre arrivée, ce qu’il interprétera comme un acquiescement et un signe de compréhension de votre part, alors que vous n’y entendez absolument rien et n’attendez qu’une chose : la fin de son interminable explication, qui vous incite à vous poser une nouvelle question. Est-elle aussi longue car fourmillant de détails sur tout ce que vous allez rencontrer sur votre chemin ou car le lieu recherché est finalement bien plus loin que vous ne le croyiez ? Evidemment, vous ne le saurez jamais.

De fait, après l’avoir remercié dix fois minimum, vous vous éloignerez lentement mais sûrement vers la première direction indiquée (et que vous aviez miraculeusement comprise), disparaitrez à un angle avant de vous arrêter net pour vous replonger dans votre carte pleine de défauts mais ayant cet avantage indéniable à ce moment de parler la même langue que vous. Là , faute d’alternative, vous combinerez les deux façons de découvrir une ville : « ça doit être par là ! » (accompagné d’un geste vague vers là bas donc). Quelques minutes après, chance ou pas, vous tomberez sur ledit sento tant convoité. Vous pousserez la porte sans y croire vraiment et vous vous poserez dans un coin avec cette sensation d’avoir traversé la terre entière pour y arriver, aussitôt remplacée par celle, délicieuse, d’être dans un monde à part.

 

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Rue des petits hôtels. Un couple de touristes chinois, l’air perdu. Une feuille à la main. Probablement un plan du quartier. Jette un regard désespéré, donc plein d’espérance, dans ma direction. Egarés, ils sont, en effet. Ils cherchent un hôtel. « Au 89. » Au 89 de quelle rue ? « Au 89. » Point. Comme si le 89 était une adresse en soi. Comme le 55 (L’Elysée) ou le 38 (Quai des Orfèvres) voire le 104 (rue d’Aubervilliers, dans un autre genre, plus culturel). D’ailleurs, il insiste. « Mais on a trouvé le 89. »

Quelques explications s’imposent pour que la suite de leur séjour ne se transforme pas en chasse aux trésors géante. En anglais (ils viennent de Shangaï) : il peut y avoir des numéros 89 dans toutes les rues – premier haussement de sourcils – ; le plus important, pour se retrouver, est le nom de la rue – deuxième haussement de sourcils – ; ensuite, vous cherchez le numéro – petite lueur dans le regard, mais furtive. Ce qui nous semble totalement évident – la récurrence du numéro : comment faire plus simple ? – ne l’est pas dès lors que d’autres frontières viennent à nous, et inversement, quand nous nous extrayons de nos périmètres habituels. Leur désarroi m’a instantanément renvoyée à celui que j’ai pu ressentir, il y a quelques mois, à Kyoto, en plein cœur d’un enchevêtrement de petites rues, sans nom ni numéro. « A partir de là, il faut demander son chemin… » lâchent-ils, nonchalamment, dans les guides.

Demander son chemin, demander son chemin… Cette lapalissade requiert que l’une des deux hypothèses suivantes soit vérifiée : la première, que le visiteur parle japonais ou soit au moins en mesure de bafouiller quelques mots, ou, à l’inverse, que la personne interrogée parle une langue qui soit commune aux deux parties. C’est définitivement l’option la plus simple. Le premier cas peut néanmoins conduire à une impasse, tant urbanistique que linguistique, car en faisant l’effort de poser une question dans la langue locale, le questionné peut lui-même faire l’hypothèse que vous la connaissez et donc vous répondre comme il le ferait à un voisin. C’est-à-dire, sans prendre les précautions qui s’imposent lorsque l’on s’adresse à un étranger non polyglotte – débit plus lent, mots plus simples… Là, deux options sont à nouveau possibles : acquiescer et faire comme si vous compreniez tout – faire semblant donc, au risque de partir dans la direction opposée à celle indiquée une fois les explications terminées – ou interrompre la personne dans ses explications ultra-détaillées – à la boutique de chaussures, prendre à droite jusqu’au restaurant de nouilles, puis tourner à gauche à la maison au toit vert avant de reprendre à gauche au poteau électrique sur lequel est fixé un panneau : attention enfants ! – pour lui faire comprendre que vous n’y entendez strictement rien, au risque d’être à l’origine d’un fâcheux incident culturel – cela se fait-il d’interrompre quelqu’un là-bas ? (inutile de vous dire que cela ne se fait ici non plus…) Dans de telles circonstances, on se demande surtout comment font les facteurs ! En quoi l’absence de repères peut-elle être plus claire que leur présence ? Et pourquoi ce choix d’anonymiser les rues ? Un résidu de tradition ancestrale où tout le monde se connaissait, une façon de savoir qui arrivait dans le quartier, une philosophie altruiste, un manque d’imagination face au maillage de la ville ? A San Rafaël, dans la Baie de San Francisco, ils ont aussi sacrifié l’exercice consistant à baptiser les rues, mais d’une autre manière : en les appelant par des chiffres, 1st street, 2nd street, 3rd street – jusque là, rien d’étonnant aux Etats-Unis – et, pour les rues perpendiculaires, par des lettres – A, B, C, D… donc. De telle sorte que vous avez l’impression d’être sur un plateau de bataille navale quand vous vous y promenez. « Rendez-vous à l’angle A6-B5 ! » « Touché coulé ! … Oups, pardon ! Réflexe hexagonal ! »… Bref, avec un peu de temps, à Kyoto, San Rafaël ou Paris, on finit toujours par trouver ce que l’on cherche… 89 ou pas…

Ce qui me conduit presque naturellement au off des photos ci-dessus, faites aujourd’hui, spécialement pour l’occasion de ce duo. Force est de constater que le numéro 89 n’est pas si systématique que cela à Paris… Loin de là ! Sur un trajet d’1h30, pédestre et à vélo, ma moisson n’a pas été plus épaisse que ce qui figure là-haut. Et ce, pour diverses raisons… Je ne parle pas du bus de touristes coincé à un carrefour étroit et bloquant la circulation sur des dizaines et des dizaines de mètres, ou de la gigantesque manifestation condamnant des quartiers entiers et qui a fait regretter à tous les motorisés de l’être… Il y a certes de longues rues dans la capitale mais nombreuses, parmi elles, changent de nom à chaque passage de carrefour. Il y a aussi beaucoup de rues relativement courtes finalement. Il y a des rues qui s’arrêtent au 83, si près du but… D’autres où le 89 existe bien mais est occupé par une boutique de vêtements, une boulangerie, une banque, en somme, un commerce qui n’a pas jugé bon de laisser le numéro visible… J’ai même vu, juste avant de poser pieds à terre et après un détour non négligeable par une rue que j’estimais sûre, un saut de numéro : la plaque du 87 était bien fixée à l’immeuble qu’elle incarnait et cela passait directement au 91 ! Aucune trace du 89 ! Je me suis retournée, cherchant le petit lutin chargé de contrecarrer mes plans photographiques du moment, mais je n’ai rien vu. Il devait déjà être en train de garer son Vélib à la dernière place de « ma » station… Pour que je tourne encore un peu !

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Si le cahier à spirales sur lequel Pascal (comparaison rapide des écritures) a rédigé son commentaire était posé sur une table intentionnellement placée juste avant la sortie d’un salon de la maquette ou de la pêche, j’en comprendrais à la fois la nature et l’intérêt, même si j’ai du mal à saisir en quoi l’obtention d’une mouche télécommandée (c’est quoi ?) pourrait aider à organiser un salon de la mouche (qui me laisse par ailleurs un peu dubitative). Seulement, pas de petits avions ni de cannes télescopiques dans les environs, puisque ce cahier recueillait les témoignages des visiteurs d’une classique galerie d’art. Photographies ou peintures, j’ai oublié. Le Pascal, conscient de la singularité de son message et imaginant, à juste titre, qu’il puisse être entendu au premier degré – on est dans une galerie d’art contemporain, je précise – a d’ailleurs cru bon de rajouter, picto attention à l’appui, qu’il ne s’agissait pas une blague.  Ou plutôt que « Ceci n’est pas une blague » quand d’autres parlaient de pipe. Honnêtement, j’ai du mal à voir ce que cela pourrait être d’autre. Mais passons…

Quand nous est offerte la possibilité de poser un cahier aux feuilles blanches pour que d’autres, quelle que soit l’occasion, s’y expriment, on a le secret espoir que les mots qui y figurent soient, d’une part, agréables, et d’autre part, en lien avec la raison pour laquelle ce cahier existe. S’ils sont agréables et qu’ils nous sont réellement adressés sans pour autant être connectés à la raison du pourquoi, cela va aussi. Extrapolons. Le cahier – le lieu où déposer un commentaire donc – peut aussi être virtuel. Par exemple, sous les duos qui s’accumulent sur ce site. Il y en a de temps en temps, de vrais, et c’est toujours un plaisir de les découvrir et de les valider (aucune censure). Pourtant, il y a quelque chose qui m’ennuie, et qui n’est que la contrepartie du fait de s’exprimer sur la Toile : le spam-commentaire.

Par exemple, il y a Christine qui m’écrit, à propos de Bon débarras : « Great article. Thank you to tell us more useful information. I am looking forward to reading more of your articles in the future. » (envoyé par une société de maquillage) et Rodney, pour le même article, « Just wanted to say you have a great site and thanks for posting!… » (envoyé par un site de finance). Ou Canon Cameras qui me lance pour Le Fossé : « Wow, marvelous blog layout! How long have you ever been running a blog for? you make running a blog look easy. The whole look of your website is great, well the content material! My site is on tuuuuuuuut (je vous épargne la pub). » (provenant d’un site comparateur d’appareils photos, il y a de l’idée). Ah oui, et il y a Steve aussi, qui m’interpelle sur Figure imposée pour me dire : « how’s life ? www.loucamino.com admin discovered your website via search engine but it was hard to find and I see you could have more visitors because there are not so many comments yet. I have found website which offer to dramatically increase traffic to your website biiiiiiiiiiiip they claim they managed to get close to 1000 visitors/day using their services you could also get lot more targeted traffic from search engines as you have now. I used their services and got significantly more visitors to my blog. Hope this helps :) They offer seo elite seo report biiiiiiiiiiiip back link building Take care. steve » (le Steve, qui se donne la peine avec son Take Care et en signant, venant de la boîte miraculeuse qui fera passer mon nombre de visiteurs quotidiens à 1 000). J’ai aussi « Had to tweet this. I ride when I can – but will have to do this all next week. More people certainly should. » ou encore sur Bon débarras qui a décidément eu beaucoup de succès « Surely a perfect piece of writing! We’ve book marked it and sent it out to all of my friends since I know they’ll be intrigued, thank you very much! biiiiiiiiiiiip » (envoyé par un site sur les régimes).

Bref, il y en a d’autres, du même acabit, c’est-à-dire : toujours élogieux – une partie de moi voudrait y croire -, mais toujours en anglais aussi – alors que mes textes sont tous en français et qu’une personne comprenant la langue de Rousseau (il n’y a pas que Molière !) pourrait alors faire ses notes dans cette langue -, toujours un poil à côté de la plaque (ce qui nous ramène à la mouche télécommandée), et toujours envoyés par une entreprise qui me veut du bien, me vendre des vacances en famille, me faire maigrir, placer mon argent, me faire acheter des voitures miniatures… Facile de faire le tri avec les vrais commentaires : écrits en français et en rapport avec le contenu, par des personnes que je connais en général (cela doit aider à se laisser aller), qui ne me vendent absolument rien mais, au contraire, me donnent beaucoup…

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Actually, exhibit, grand, goblet, notoriety, relative, relief, vent… et bien d’autres encore, ne signifient pas ce que, un peu hâtivement, nous pourrions croire, à savoir actuellement, exhiber, grand, gobelet, notoriété, relatif, relief, vent, mais, en fait, exposition, magnifique, verre à pied, mauvaise réputation, parent, soulagement, orifice… Ah, les faux-amis, de véritables traitres qui viennent s’insinuer dans les conversations ! Nous en apprenons quelques uns à l’école. Pour les autres, c’est en interprétant la surprise, l’incompréhension, la vexation, le rire des anglophones avec lesquels nous discutons lorsque nous nous hasardons à traduire littéralement ce que nous pensons en français, que nous les devinons. Ce qui peut être embarrassant…

En photographie, les faux-amis existent aussi. A leur manière. Ainsi en est-il de cette belle datcha dont les pieds trempent dans la rivière. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, à ce que la rencontre entre l’image et notre imaginaire produit comme conclusion, un peu à l’instar des mots listés ci-dessus, cette photo n’a pas été prise en Russie, mais sur la côte ouest des Etats-Unis, en Californie, vers Point Reyes. Bien sûr, c’est la seule datcha dans cette région peuplée de fermes. Comme un mirage en bord de route, aperçu entre deux allées d’arbres…

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Le voyage n’est pas seulement un plaisir pour les yeux. Il l’est aussi pour les oreilles. Il y a la langue, bien sûr, parfois différente de celle que l’on maîtrise, et à laquelle on ne comprend rien, nous plongeant alors dans des abysses d’incompréhension indéniablement envoûtants. Mais, avant la langue elle-même – j’entends, les phrases, les conversations – il y a les mots. Pris un à un. Et notamment les noms de villes.

Se plonger dans une carte géographique, au hasard, de la Namibie, est ainsi un voyage en soi : Swakopmund, Lüderitz, Windhoek, Sossusvlei, Twifelfontein, Keetmanshoop… Des sonorités à faire phosphorer l’imaginaire ! Quels paysages peut réserver une ville comme Twifelfontein ? La question est stupide mais je pense à une chute d’eau dont le flot prendrait la forme de la Tour Eiffel ou serait rétro-éclairé… Mes hypothèses sont tout aussi stupides. Evidemment, nul doute que Charleville-Mézières ou Morlaix suscite la même sensation d’exotisme pour une oreille namibienne.

Après ces cités dont on apprend tant bien que mal à prononcer le nom sans les écorcher, de nouvelles découvertes verbales, tout aussi enthousiasmantes, viennent rythmer les journées. Elles accompagnent en particulier celles d’espèces endémiques aux lieux explorés. Ainsi, quand on les voit se détacher à l’horizon de l’erg avec leur large tronc asséché en décomposition et leurs branches montées comme des palmiers, des oursins ou des étoiles scintillantes, on a déjà un petit pic au cœur. Et lorsque l’on nous apprend leur nom, on tombe instantanément sous le charme. Kokerboom !

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