Photo-graphies et un peu plus…

La bonne excuse

Malheureusement, et même si je m’améliore, je fais partie de ce groupe de personnes plus souvent en retard aux rendez-vous qu’on lui a donnés – voire à ceux que j’ai moi-même fixés – qu’à l’heure. Bien sûr, je suis ponctuelle dès lors qu’il s’agit d’un rendez-vous professionnel ou d’une séance de cinéma. Les retards, je les réserve aux personnes qui me sont proches. Ce qui, au même titre que la dualité onde-corpuscule en mécanique quantique, est à la fois logique et illogique, même si compréhensible. Le retardataire – jamais plus d’un quart d’heure me concernant, certains en parlent même comme du quart d’heure de politesse, ce qui me pousse à m’interroger sur l’intérêt de mon aveu liminaire – compte en effet inconsciemment sur la tolérance des seconds à l’égard de son forfait, ce qui ne signifie pas qu’elle les respecte moins que les premiers. Cela se joue à un autre niveau et ce n’est pas l’objet de ce duo. En revanche, tolérance ou pas, le retardataire de mauvaise foi cherchera toujours à se justifier et il trouvera toujours quelqu’un d’autre à incriminer. Car, par principe, le retardataire de mauvaise foi n’admettra pas qu’il est parti trop tard de chez lui, et, en tout cas, qu’il est le seul responsable de son décalage horaire. Il est plutôt drôle en fait car personne n’est dupe.

Ceci étant dit, les retardataires le sont parfois par erreur ou malgré eux. J’entends par là qu’ils mettent toutes les chances de leur côté pour partir à l’heure, ce qu’ils font en effet, mais, sur le chemin, ils tombent sur un hic qui contrecarre leurs bonnes intentions. Comme une photo par exemple. Il m’arrive régulièrement de tomber sur des photos lors de mes déplacements. Je ne croise pas littéralement le chemin de bouts de papier avec des images. A ce stade, elles n’existent même pas. Je ne fais que les visualiser, les imaginer et me projeter suffisamment sur ce qu’elles pourraient être pour décider de m’arrêter quelques instants et de les attendre malgré la forte contrainte temporelle. Comme ici, au pays du soleil levant, dans cet axe du soleil couchant, à coup sûr, quelqu’un allait passer et singulièrement donner vie à ce pan de mur banal. Oui, mais quand ? Cela, j’avais déjà oublié que c’était important…

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La frontière magique

L’autre jour, sous la douche, en regardant l’eau perler sur ma peau comme si je prenais la mesure de ce phénomène naturel pour la première fois de ma vie, j’ai pensé à cette étrange expression, « se sentir comme une éponge », littéralement, et à ce jeune homme au fond de l’océan. Et, une fois de plus, j’ai admiré l’incroyable et insondable magie de ce corps humain, quand bien même elle n’y est pour rien, permettant à l’eau – dont il est pourtant constitué à 60% – de s’échapper de nous entre autres par les pores de la peau alors que l’inverse n’est pas possible. Nous prenons en effet pour acquis le fait que la pluie, l’eau de mer, celle de la douche, voire un café  malencontreusement renversé sur la cuisse ne puisse que glisser le long de notre corps sans pouvoir y pénétrer, mais nous ne réalisons pas qu’en réalité, il y avait une chance sur deux que ce soit le cas : soit notre peau était imperméable soit elle ne l’était pas. Quelle chance ! Car vous conviendrez aisément que nous aurions eu une vie infiniment différente et bien plus lourde si cette première frontière intime était poreuse dans les deux sens…

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Oui

… oui, la ville a été reconstruite.

Hiroshima.

Je dis cela simplement, mais c’est sans doute la question que l’on m’a le plus posé suite à mon séjour en août dernier dans cette ville marquée par l’Histoire. Il m’est même arrivé d’y répondre avant que l’on ne me pose la question tant elle se lisait sur les visages. J’avoue avoir été stupéfaite que l’on puisse penser qu’une ville soit restée pétrifiée voire fossilisée dans son drame majuscule depuis 74 ans. Qu’il est étrange, ce rapport que nous entretenons avec cette mémoire collective lointaine dans l’espace et distante dans le temps… Comme si, vu d’ici, le temps s’était arrêté avec nos leçons d’histoire de la deuxième guerre mondiale apprises au collège. Comme si notre imaginaire d’alors ne pouvait dépasser les photographies d’archive que l’on nous avait montrées, de ville rasée, en flammes ; de corps en lambeaux, mutilés ; de néant insondable, insurmontable…

Je les aime, manifestement, ces villes meurtries et ravagées hier, ces villes données pour mortes et pourtant bel et bien vivantes aujourd’hui, ces cités d’illusions, complexes, insaisissables et magnétiques… Là, spontanément et sans, évidemment, être tentée par la comparaison, je repense à Detroit où je mettais les pieds il y a 5 ans, deux ou trois semaines après que la dernière banqueroute soit prononcée. Dans les deux cas, aller voir, aller au-delà des idées préconçues, capter l’étincelle ou la banalité derrière l’obscurité latente ou le passif extrême. La vie qui résiste. Bien plus que cela en fait. La vie.

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Je retrace cette rencontre physique avec Hiroshima dans mon livret « Je n’ai rien vu à Hiroshima » dont je partage une version numérique dans la foulée de mes deux récentes expositions où certains ont eu l’occasion de le découvrir en papier et en colle. Ce livret est édité en 50 exemplaires (format A5, 60 pages, 12 euros). N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez l’avoir dans votre bibliothèque pour prolonger le plaisir que j’espère vous aurez en le découvrant ici…

 

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« Je n’ai rien vu à Hiroshima » est le 4e livret réalisé en 2017 dans le cadre de notre projet éditorial avec mon collectif Les 4 Saisons.

Certains ont eu l’occasion de le feuilleter, et même de repartir avec, lors de mes deux récentes expositions. Pour les autres, j’en partage ici une version numérique. Cette rencontre avec cette ville est la suite d’une histoire initiée il y a 10 ans que j’évoque dans le texte, qui occupe de fait une place aussi importante qu’inévitable.

Ce livret, comme les 15 autres de notre projet (4 chacune, 1 par saison), a été édité en 50 exemplaires (format A5, 60 pages, 12 euros). N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez l’avoir dans votre bibliothèque pour prolonger le plaisir que j’espère vous aurez en le découvrant ici…

Dans la même catégorie, « Hong Kong Vertigo » et « Les Retrouvailles » sont aussi disponibles (« Dans la brume électrique » est épuisé).

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Le point de rupture

C’est, par exemple, ce moment très particulier et finalement très soudain où ce qui nous amusait, nous faisait sourire, nous attendrissait, nous charmait – un daim tout mignonnet chatouillant nos pieds découverts, fouinant dans nos sacs alimentaires ou léchant notre main en l’air – nous agace, nous fatigue, nous énerve, nous révulse, et, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, nous transforme en un affreux personnage aigri, impatient, sans humour ni autodérision. Ce moment très particulier où, en somme, la dernière goutte fait déborder le vase parce que nous n’avons pas tous les mêmes limites ni toujours conscience de celles des autres. Et bien, observé à une distance raisonnable, ce point de bascule est plutôt drôle !

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J'peux pas, j'ai piscine

… J’peux pas, j’ai océan

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Vous savez ce qui me plaît le plus ici ? Ce n’est pas tant que ces adultes oublient qu’ils le sont, ainsi que toutes les conventions connexes associées à cet état parfois trop sérieux, et décident, de fait, de dévaler cette dune haute d’une cinquantaine de mètres en courant, accueillant ainsi grains de sable et chutes éventuelles à bras ouverts. Non, c’est qu’ils s’y attèlent aussi joyeusement sachant qu’arrivés en bas, au niveau de la mer du Japon, ils devront la remonter. Et ce retour sera autrement plus long et difficile que cet aller…

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Wander in Tokyo

Les journées sont courtes, le froid est sec mais le soleil est là. Et la lumière, intense, réussit à trouver son chemin dans ce monde aux contrastes exacerbés donnant une aura instantanée à ceux qui la traversent. Ainsi en est-il de ce vieux chauffeur de taxi au volant de son inoxydable Toyota Crown qu’il conduit certainement depuis des décennies avec la même abnégation et le même sérieux…

Pour être honnête, je dois avouer qu’en marquant une courte pose à cet endroit, persuadée qu’il s’y passerait quelque chose, j’espérais que débarquerait dans cet interstice lumineux un col blanc en manteau noir et borsalino. Cela allait bien avec l’ambiance, certes un peu cliché mais de l’ordre du possible à Tokyo. Il n’est pas venu et c’est presque mieux car cette photographie, au-delà de son attrait esthétique, reflète deux réalités qui m’ont sauté aux yeux lors de ce premier séjour au coeur de la mégalopole japonaise : l’omniprésence des taxis – 50 000 parcourent les rues de la capitale nippone contre 18 000 à Paris – et le travail des seniors dans des proportions que nous ne connaissons pas de ce côté du monde – 1 personne de plus de 65 ans sur 5 travaille encore alors que le départ à la retraite des fonctionnaires volontaires vient de passer à 80 ans -, situation qui m’avait déjà interpelée lors de ma rencontre liminaire avec le pays du soleil levant… 

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- Bon, Balisto, arrête de sauter comme ça ! Tu vas te faire repérer !

- Mais je veux voir !

- Que veux-tu donc voir ?

- Je veux voir comment c’est, la vie, quand on a évolué !

- Ah… Et bien, tu vois, ils veulent tous retourner à l’eau !

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Se fondre dans le paysage

De l’importance des saisons en photographie… Qu’aurait donné l’image de ces trois cerfs – si, si, il y en a bien trois, regardez bien – en plein hiver sous la neige ou en plein été, sur un tapis d’herbe verte ? Quelque chose de plaisant, certainement, mais également de plus anecdotique que le trompe-l’oeil saisissant et poétique qu’offrent les humeurs de cette demi-saison où tombent les feuilles mortes…

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