Photo-graphies et un peu plus…

_DSC1207-72

« L’échelle ! » me lance-t-elle, légèrement agacée. « Si tu ne mets pas un élément de comparaison ordinaire dans ton cadre, impossible de se représenter la dimension exacte de ce que tu montres, a fortiori, de comprendre ton message. » « Mon message, mon message, comme tu y vas. Je voulais simplement dire qu’à Taichung, on ne badine pas avec la pub… »

Share on Facebook

L'injustice visuelle

L’autre jour, une étrange pensée m’a traversé l’esprit : sauf pathologie ophtalmique particulière, les êtres humains ont tous – modulo quelques degrés – le même champ visuel horizontal. 180 degrés au maximum en vision binoculaire. Presque rien ne devrait nous échapper… Enfin, si, tout ce qui se passe derrière… Bref, à cet égard, ce champ de vision fait donc partie des constantes intrinsèques du corps humain, avec, dans le meilleur des cas, deux bras, deux jambes, une tête, deux yeux, deux oreilles, un nez, une bouche… vous voyez le topo !

Une autre pensée étrange est alors venue s’immiscer dans mon fil interrogatif : pourquoi le champ visuel ne serait-il pas corrélé à l’ouverture d’esprit des gens ? Cela pose évidemment une troisième question : comment se mesure objectivement l’ouverture d’esprit de quelqu’un ? Car, en l’espèce, il n’y a pas réellement de référentiel universel. Nous naviguons dans le subjectif, à comparer des ODE relativement à la nôtre ou à celles de personnes que nous connaissons, et que nous avons de toute manière tendance à comparer à la nôtre. Mais, mettons cette question d’échelle d’objectivité de côté pour le moment. Elle n’empêche en effet pas de continuer à s’interroger théoriquement. Aussi, si je vais au bout de l’idée sous-jacente de cette deuxième question, pourquoi donc une personne étroite d’esprit voit-elle à 180 degrés alors que, manifestement, cela ne lui sert pas à grand chose ? Pourquoi n’a-t-elle pas physiquement un champ visuel restreint, l’obligeant à tourner la tête pour embrasser le reste du panorama ? Parce qu’il y a toujours de l’espoir ? Parce qu’un champ visuel réduit la conforterait assurément dans sa vision partielle du monde (ce qui est finalement assez logique) ? Ou tout simplement parce que le cahier des charges était déjà suffisamment complexe pour, en plus, introduire ce genre de paramètres ? Evidemment, aucune réponse sensée à ces questions spéculatives… Quoiqu’il en soit, cela reste toujours moins désagréable et moins frustrant de ne pas avoir de réponses à des questions qui n’ont pas à se poser !

Share on Facebook

Hallucination collective

Savez-vous ce que je me suis dit en passant au dessus de la Staromestská à Bratislava et en regardant à gauche ? « Oh, on dirait une soucoupe volante ! » Peut-être avez-vous eu exactement le même réflexe d’ailleurs ! La remarque pourrait sembler totalement anodine. En réalité, elle est loin de l’être car en se faisant cette réflexion, nous affirmons que nous reconnaissons ici, dans cette forme particulière, à cette altitude là même si cela ne lévite pas, quelque chose que pourtant la quasi totalité d’entre nous – j’intègre l’humanité entière – n’a jamais vu et dont nous – en particulier la communauté scientifique – ne sommes même pas certains de l’existence… N’est-ce pas étrange d’avoir une idée préconçue de ce à quoi ressemble ce qui  n’a pourtant jamais été observé ?

Share on Facebook

La ville se couche

Il faut presque côtoyer les nuages pour pouvoir être témoin de cet étrange spectacle où les géants de verre des cités modernes, plutôt discrets par nature malgré leur taille, tirent leur révérence, troquent la verticalité pour l’horizontalité et se détendent de tout leur long quelques heures durant avant de se remettre au garde à vous…

Share on Facebook

Je n'aurais jamais dû commencer...

… à utiliser le numérique ! Cela s’est passé à Malte, à La Valette plus précisément, il y a 8 ans exactement, modulo quelques jours, je m’en souviens comme de la première cigarette que je n’ai jamais fumée… Je baptisais mon reflex numérique de seconde main amicale fraîchement acquis, j’errais dans les rues blondes de la cité et déclenchais fièrement. Je regardais mon écran, je les trouvais plus belles, mes photos. L’illusion, voire le miroir aux alouettes, de l’immédiateté peut-être ?

A cette époque, je ne pouvais imaginer à quel point ce glissement matériel allait complètement révolutionner ma pratique photographique jusqu’à lors majoritairement argentique. D’abord quantitativement puisque j’ai réalisé plus de 100 000 clichés digitaux depuis – enfin, bien plus puisque ceux que j’ai effacés ne sont pas comptabilisés -. Une quantité indécente qui, aujourd’hui, pose d’ailleurs de sérieuses questions d’organisation, de classement et de mémoration. Fort heureusement, la révolution a aussi été qualitative, ce que je perçois comme une conséquence directe de la possibilité de multiplier les prises sans que les coûts suivent la même courbe ascendante. Cette facilité déconcertante à faire et à refaire à l’infini – et donc à s’approcher par dichotomie du but à atteindre – est totalement désinhibante donc salutaire, même si elle ne suffit évidemment pas. Ce seront en effet toujours les yeux – en connexion directe avec le coeur et le corps – qui prendront une photo et non l’appareil vissé devant. Et ceux-là doivent continuellement apprendre à voir et à voir autrement… Finalement, je reviens sur mon titre tapageur et provocateur, car non, rien de rien, non, je ne regrette rien ! Ni le numérique ni cette clope que je n’ai jamais grillée !

 

Share on Facebook

_DSC7514-72

Contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier regard, ces deux-là ne sont pas en train de jouer à cache-cache. Et si c’était le cas, il faudrait alors prendre quelques minutes pour leur rappeler les règles basiques du jeu : pendant que l’un compte, l’autre se cache, étant entendu que rester à côté du compteur ne constitue pas une cachette pertinente, à moins d’être invisible, ce qui voudrait dire que je vois au-delà de la transparence, ce qui n’est a priori pas le cas. Par ailleurs, je ne suis pas certaine qu’une partie de cache-cache soit réellement autorisée dans un cloître.

En fait, ce sont des tree huggers - personne ne s’est manifestement hasardé à traduire l’expression en français -, vous savez, ces gens qui font des câlins aux arbres, les enlacent – là, c’est un peu difficile puisque celui ci fait près de 5 mètres de circonférence -, collent leur visage contre leur tronc, respirent profondément et se laissent traverser par leur énergie vitale aux mille vertus. D’ailleurs, elle seule doit être convaincue par la force de la transfusion car son camarade de vie n’a pas osé toucher ce magnifique et deux fois centenaire cèdre du Liban, arbre sacré par excellence… Cela a beau être naturel – je laisse moi-même souvent traîner mes mains sur les arbres -, rencontrer des câlineurs d’arbres – pourquoi pas finalement ? – est encore un moment inattendu, surprenant et étonnamment touchant. La prochaine fois, je m’y colle !

Share on Facebook

Chassez le naturel

Cela partait pourtant d’une bonne intention : mettre un peu de nature et de verdure dans cet univers ultra urbain où la terre est devenue invisible et où le macadam qui la recouvre l’empêche de respirer et l’étouffe. Mais il faut croire que la maîtriser, la canaliser, la dresser – la nature – pour ne pas lui laisser le champ libre est plus fort que tout. Sinon, pourquoi cette coupe géométrique totalement anti-naturelle voire absurde ?

Share on Facebook

C'est la jungle !

 Si la très grande majorité des personnes se rendent au Victoria Peak et en descendent en empruntant l’un des plus vieux funiculaires au monde, et, en tout cas, le plus raide, il est aussi possible, modulo un peu de temps, de souplesse et de sens de l’orientation de retrouver le niveau de la mer en empruntant un dédale de ruelles, lequel s’engouffre, après un moment, dans une forêt tropicale. Là, au détour de lianes, de feuilles de palmier et d’une végétation luxuriante, une fenêtre s’ouvre sur la jungle urbaine dans une juxtaposition si étrange qu’on la penserait irréelle… Et pourtant…

>>>

Cette photo est visible en papier et en encres à l’édition 2018 de Photo Doc., la foire de la photographie documentaire, qui se tient du 4 au 6 mai à la Halle des Blancs Manteaux à Paris et à laquelle je participe avec mon collectif Les 4 Saisons. Il s’agit d’une expo-vente, au cours de laquelle je proposerai également des livrets sur Hong Kong, sur Hoï An, sur Hiroshima et sur Jiufen à Taiwan.

Share on Facebook

DSC_7823-72

… je ne lui avais pas attrapé le bras, que se serait-il passé ? Comment savoir quel aurait été le cours des choses si on n’était pas intervenu pour le réorienter ? Et pourquoi se poser des questions auxquelles il est impossible d’avoir de réponses ? Car si un fait n’a pas eu lieu, alors, tout simplement, il n’existe pas. Ce qui n’est pas tout à fait exact car notre intervention a justement été motivée par la potentielle conséquence de ce fait si on le laissait évoluer naturellement et donc, si on n’agissait pas. En d’autres termes, la situation a existé, de façon abstraite et purement intellectuelle, mais elle n’a pas eu lieu.

Maintenant, si j’adopte un raisonnement contrefactuel, souvent invoqué en mécanique quantique, alors, des événements qui auraient dû se produire mais qui ne se sont pas produits influent sur les résultats de l’expérience – l’une des sept merveilles du monde quantique selon le magazine New Scientist -. Evidemment, ce raisonnement ne s’applique pas réellement à l’échelle de notre petit quotidien, mais il n’en est pas à rejeter pour autant. Dans ce cas, quelle serait l’expérience ? D’étudier les réactions spontanées face à un danger imminent auquel est confronté un.e inconnu.e ? Ou les suites de cette réaction ?

Une femme allait traverser la route alors qu’une voiture arrivait à pleine vitesse, je lui ai attrapé le bras très calmement pour la stopper dans son mouvement, le temps qu’elle tourne la tête à droite et réalise qu’elle se mettait inutilement en grand danger. Elle s’est figée. Je me suis excusée – étrangement, cela a en effet été ma première réaction – de l’avoir agrippée ainsi même si ce n’est même pas ma tête qui lui a pris le bras, c’est ma main, c’est mon corps… Ils ont été plus rapides. Elle m’a répondu : « vous aviez raison, j’allais faire une bêtise. » Puis « Merci ! ». Nous avons continué nos routes. Cela a duré 2 secondes. Deux secondes, c’est rien. Un, deux. C’est fini. C’est fou tout ce qui se passe en deux secondes. C’est fou tout ce qui aurait pu se passer en deux secondes. C’est fou toutes les questions que l’on se pose après ces deux secondes. Si je n’avais pas tendu le bras, aurait-elle été renversée ? Si je n’avais pas été là, quelqu’un d’autre l’aurait-il fait ? Si je n’avais pas été là, aurait-elle cherché à traverser aussi imprudemment ?  Si je n’avais pas été là, aurait-elle été là, elle ?

Share on Facebook

C'est la jungle !

Combien de temps, à votre avis, a-t-il fallu à la nature, aux lianes, au lierre rampant et pénétrant pour ensevelir littéralement et faire totalement disparaître cette incroyablement grande bâtisse située en plein coeur de ville, à deux pas de sa mairie, et sans l’intervention d’une quelconque apocalypse, fut-elle environnementale ou économique ? Et quel inextricable et indémêlable imbroglio explique qu’elle soit toujours là, debout, résistante, en cet état d’abandon avancé dont on s’étonnerait moins en pleine forêt, alors que l’on construit tout autour ?

Share on Facebook