Photo-graphies et un peu plus…

Corps à l'appel

J’en suis certaine, cela vous est arrivé à vous aussi et vous vous en êtes autant étonné que moi : reconnaître une personne dans la rue, alors qu’elle est encore très loin, qu’elle est entourée de parfaits inconnus, et que vous n’êtes pas en mesure, malgré vos 12/10 aux deux yeux, de distinguer les détails de son visage… C’est son corps qui parle pour elle sans qu’elle n’en aie réellement conscience.  Sa démarche en particulier, que vous reconnaîtriez entre mille, car vous avez précédemment enregistré ce léger balancement des épaules, cette tête qui dodeline discrètement, cette jambe gauche qui chasse un peu, ces bras qui se balancent nonchalamment, ce rythme à la fois assuré et vagabond, et que ce sont ces indices-là que vous cherchez puis repérez dans la foule car leur combinaison est unique. C’est alors que vous esquissez un sourire et que, pas à pas, alors que l’hypothèse se confirme 9 fois sur 10, que les détails s’affirment, que bientôt les traits du visage se dessinent, vous entrevoyez, chez l’attendue, cette même expression radieuse des lèvres et des yeux. Elle aussi vous a reconnu(e) de loin, alors que vous ne bougiez pas. Car votre silhouette, même gonflée et déformée par les vêtements d’hiver, est, elle aussi, singulière, au même titre que votre façon de patienter…

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Le jour où la Terre s'arrêta

Sur ces pages virtuelles, je suis souvent partagée entre m’émerveiller de la beauté et de la diversité du monde, de ces petits riens de nos quotidiens qui font parfois l’essentiel dès lors que l’on sait, que l’on peut ou que l’on s’autorise à les saisir au vol, ou bien me désoler de l’évolution du monde dont la complexité – souvent liée à la coexistence d’extrêmes inconciliables – m’intimide, me désarçonne même chaque jour un peu plus. Car, si nous vivons tous sur la même planète – la seule habitée à des années-lumière à la ronde -, nous ne vivons clairement pas tous dans le même monde.

Aussi naïf, romantique et immature que cela puisse paraître, cette assertion, dont je ne conteste pas l’évidence, m’affecte. Et l’afflux d’informations auquel nous sommes exposés – au moins cinq fois plus qu’au mitan des années 1980 – et auquel nous nous exposons volontairement plus ou moins modérément, nous mettant, en temps réel et sans véritable hiérarchisation, face à tout ce qui se passe dans tous les domaines dans le monde, n’aide pas à atténuer ce double sentiment de sidération et d’impuissance. Suis-je simplement sujette à une forme très banale de culpabilité judéo-chrétienne malgré une éducation athée et laïque ? Cette empathie est-elle sincère ? Et quel traitement lui réserver ? Comment composer avec ce monde où se multiplient les pires horreurs, ignominies, cruautés, injustices, locales et globales, à effet immédiat et différé, proches et lointaines ? En faisant l’autruche car ce que nous ignorons ne peut nous faire de mal ? C’est déjà trop tard car nous saurions que ce filtre est artificiel. En luttant, mais contre qui, avec qui, contre quoi, avec quoi et, surtout, par où commencer pour que cela ait un effet autre que cosmétique ? Je n’en sais fichtre rien.

Ce que je sais en revanche est que, quoi qu’il advienne, les aiguilles du temps qui file ne s’arrêtent pas, et la Terre, elle-même, ne s’arrête pas de tourner. Elle reste impassible, imperturbable, ne ralentit pas son allure, ne change pas d’inclinaison, ne se renverse pas subitement, pour dire « Oh, hé, ça suffit là ! »… Comme si elle était insensible à ce qui se trame à sa surface – je sais que c’est faux : l’accélération de l’activité humaine depuis la révolution thermo-industrielle il y a 2 siècles est à elle seule responsable de la création d’une nouvelle ère géologique, le fameux anthropocène, et de la survenue de bouleversements climatiques sans précédent et dévastateurs pour les décennies à venir -. D’ailleurs, il se murmure également de l’homme qu’il est devenu insensible aux maux et malheurs du monde qui défilent pourtant sous ses yeux à un rythme effréné, trop vite assurément, de telle sorte que ces faits, souvent d’une violence extra-ordinaire, présentés comme une liste de courses de samedi matin entre deux friandises, en deviennent banals, donc faciles à oublier, à quelques extrasystoles près, justifiés ou pas, qui soulèvent l’indignation collective, parfois mondiale. Et je pense alors à Barjavel, à Ravage, en particulier, à la fin très précisément, quand, après une apocalypse qui pourrait permettre aux rescapés de tout recommencer sans répéter les erreurs qui les y ont conduits, un personnage né après la catastrophe invente une machine agricole pour s’épargner des efforts, augmenter sa production et faire gagner du temps à sa communauté…

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Le refuge

En foulant le sol de Puuhonua o Honaunau, en tournoyant entre ses hauts palmiers tout droit sortis d’une carte postale envoyée du paradis commun, en glissant les pieds dans le sable blanc et fin de sa plage, difficile d’imaginer que se jouaient là, au 17e siècle, des drames à répétition. Là, donc, un ancien refuge pour délinquants de l’époque ayant, volontairement ou pas, transgressé les lois sacrées locales ou « kapu ». Les tabous des anciennes lois hawaïennes.

Qu’un homme du peuple regarde ou touche un noble était par exemple interdit, a fortiori qu’il marche dans ses pas voire laisse malencontreusement traîner son ombre sur un sol sacré ; qu’un homme et une femme mangent ensemble n’était pas plus autorisé : et pas de chichi en ce temps-là, enfreindre ces tabous était passible de mort. Elle seule était en effet en mesure d’éviter la redoutable ire des dieux, se traduisant potentiellement par des éruptions volcaniques, des tsunamis, des tempêtes ou des séismes, le tout étant géologiquement fort probable dans cette zone tectoniquement active de cet océan Pacifique au nom bien trompeur (quand bien même Alfred Wegener n’allait naître que deux siècles plus tard)…

Le seul moyen de réchapper à la vindicte populaire – sans avoir tué de lion pour autant – était d’atteindre un de ces refuges sacrés, à temps, c’est-à-dire avant les chasseurs survoltés (alors même que l’électricité n’existait pas encore). A l’issue d’une période de durée variable de pénitence, le pécheur recevait, par l’entremise d’un kahuna (ou prêtre), le pardon des dieux qui renonçaient alors, merci à eux, à leur déchaînement destructeur et (sur)naturel digne des pires scénari de notre dérèglement climatique contemporain. Il pouvait alors rentrer chez lui, totalement blanchi, et reprendre une vie sociale normale, comme si de rien était…

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L'envers des mots

Avez-vous déjà remarqué que lorsque qu’une personne s’annonçait « ouvertement » quelque chose, elle l’était souvent très « fermement » ?

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Tout est chaos

Beauté pure de côte sauvage, empreinte d’une incroyable paix et douceur malgré ce mikado faussement chaotique de troncs et de branches d’arbres venus de la terre, venus de la mer, et jonchant désormais la plage de galets, à une heure de grande écoute où la brume puis la nuit s’apprêtent à tout faire disparaître.

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Les photonymes 1

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La vie est faite de boucles. La Terre tourne sur elle-même en 1 jour tout en tournant autour du Soleil en 365 qui tourne sur lui-même en 27 en moyenne, et aussi autour du barycentre du système solaire, lui-même emporté par la rotation de notre galaxie, la Voie Lactée, qui n’est pas en reste en matière de mouvement.

Chaque jour de 24 heures, sur Terre, un nouveau cycle de 24h commence, avec les mêmes heures qui défilent dans le même ordre et souvent les mêmes rituels pour les occuper. Tout cela est parfaitement bien orchestré. Pendant ce temps là, les hommes, sans interruption à l’échelle macroscopique, naissent puis meurent, avant que d’autres ne naissent puis meurent à leur tour… L’Histoire se répète, malgré les espoirs de « plus jamais ça » ; les modes reviennent, elles aussi, cycliquement ; les schémas sociaux et de vie sont, génération après génération, reproduits plus ou moins consciemment…

Il y a quelque chose d’assez enivrant dans ces rotations de rotation de rotation, comme si nous étions pris dans une valse gigantesque, de la taille de l’univers. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans ces cycles à répétition, comme si le champ gravitationnel dans lequel nous sommes pris avaient aussi une influence sur le cours de nos vies. Il y a quelque chose d’assez vertigineux dans ces boucles sans fin, comme si c’était l’ordre naturel des choses… Comme si tout nous ramenait au déjà-vu, déjà-vécu… Pourtant, à l’échelle microscopique, c’est-à-dire individuelle, le même réussit encore à créer le différent, à l’instar de cette nouvelle série de dix photonymes

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Pieuvre ou poulpe ?

Sur la plage, l’été, lorsque certaines conditions de température, de marée et de pression atmosphérique – mais pas seulement – sont réunies, on croise parfois d’étranges créatures mi-poulpe mi-enfant…

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ça piaffe grave !

Ce n’est évidemment pas l’unique question qui m’est venue à l’esprit en tombant sur cette solide revendication couleur ciel taggée sur le mur d’une maison donnant sur une venelle, autrement dit, invisible depuis les hautes sphères où voguent les coupables, mais c’est la principale : à qui s’adresse ce message ? Aux premières concernées, les mouettes, qui, jusqu’à preuve du contraire, ne savent pas encore lire mais il faut se méfier avec le progrès ; savent-elles au moins ce qu’est l’écriture ? Aux humains qui subissent leurs cris incessants et stridents, qui pourtant valent mieux que des coups de klaxon intempestifs et des crissements de pneus ? Aux cinéphiles, qui ne sont ni des humains ni des mouettes donc, à qui cet amoureux modéré de la nature semble proposer, 41 ans après, un remake porno-gore du film de Robert Dhéry, Vos gueules, les mouettes ? Et pourquoi avoir pris soin d’écrire « mouettes » correctement et pas nique ? Hein ? En bref : pourquoi ?

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Double subjugation

La photogénie de la subjugation… De dos, à quelques mètres du vide, tout est possible à propos de ces deux-là. Alors, j’opte pour une légende romantique. Ils se connaissent sans se connaître vraiment et pour cause, c’est leur premier rendez-vous IRL officiel après des semaines de correspondances virtuelles sur les réseaux sociaux. De fait, pour faire perdurer le mystère qui a enveloppé leurs premiers échanges, ils ont préféré se rencontrer de nuit plutôt qu’en plein jour, sous un soleil qui aurait tout dévoilé d’eux. Elle est intimidée (voyez la légère inclinaison de son pied gauche, un signe qui ne trompe pas), il est dans l’expectative (voyez la légère inflexion de son genou droit, un signe qui ne trompe pas non plus). Totalement silencieux depuis qu’ils se sont retrouvés et ont mis le cap vers ce point de vue sur la ville, ils font mine d’être subjugués par la vie lumineuse qui défile de l’autre côté de la paroi en contrebas, effrontément imperméable à leurs premiers émois, histoire de temporiser, d’alimenter leur mémoire commune embryonnaire, et surtout de puiser le courage, qu’ils pensent alors hors d’atteinte, pour que, en se retournant, ils se prennent naturellement par la main, comme si c’était un geste banal entre eux, poursuivent leur chemin en toute quiétude vers la lumière et découvrent enfin la voix de l’autre…

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La cage dorée

Refuge idéal où s’installer pour réfléchir sur le monde, en étant à la fois à portée et hors de portée de tous. Seul bémol : je n’en ai pas trouvé l’entrée… Je me contenterai donc d’observer le monde se réfléchir sur ses façades pleines d’illusions.

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