Photo-graphies et un peu plus…

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« L’échelle ! » me lance-t-elle, légèrement agacée. « Si tu ne mets pas un élément de comparaison ordinaire dans ton cadre, impossible de se représenter la dimension exacte de ce que tu montres, a fortiori, de comprendre ton message. » « Mon message, mon message, comme tu y vas. Je voulais simplement dire qu’à Taichung, on ne badine pas avec la pub… »

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La création de l'homo numerus

Aussi étrange que celui puisse paraître, cette photographie faite sous la surface de l’eau de la Mer de Chine Orientale me renvoie, autant graphiquement que symboliquement, à la fresque de Michel Ange, « La création d’Adam », admirable en levant la tête à la Chapelle Sixtine. En lieu et place de cet interstice entre l’index de Dieu et celui d’Adam, symbolisant la vie qu’il s’apprête à lui donner, un appareil photo numérique (ici imperméable) reliant l’adulte à l’enfant, ce témoin permanent de nos vies modernes face auquel nous tentons d’apparaître sous notre meilleur profil et duquel sortira, plus simplement, une image de l’homme à son image…

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La fourmigratrice

L’autre matin, à l’heure de pointe, sans vraiment l’avoir voulu, mon corps se retrouve coincé au coeur du magma humain épousant la forme du 3e wagon d’une rame de la ligne 13. Oui, aïe, je vois que certains compatissent ! La ligne 13, que j’ai déjà abordée ici entre autres, est un écosystème à elle toute seule où les lois de la physique, de la thermodynamique, de la nature, des gaz, des grands nombres, de la biologie, de la balistique, bref, où toutes les lois qui régissent notre vie sur Terre abandonnent leur train-train quotidien pour frôler le chaos. En somme, la ligne 13, c’est l’entropie par excellence. On a beau le savoir, c’est toujours un moment difficile à vivre, voire un peu gênant.

De fait, ma parade, c’est de simuler. Oui, je fais comme si j’étais ailleurs, j’essaye d’oublier que je suis collée contre des inconnus, que je n’ai pas encore compris où était passé mon bras gauche, je me jette visuellement dans la partie de Candy Crush de ma voisine (cela a toujours été mon unique façon d’y « jouer »), je suis vaguement les conversations électroniques de certains, je passe d’un visage à l’autre en quête d’une expression unique et forcément somptueuse même si c’est de l’exaspération qui s’en dégage, je me réjouis presque de cette expérience humaine si matinale (bien plus facilement depuis que je ne la vis plus quotidiennement évidemment). Et voilà que l’autre matin donc, quelque chose de mouvant et d’inattendu apparaît à la périphérie droite de mon champ visuel, sur un monsieur en chemise à rayures blanches et bleues, manifestement fatigué. Une toute petite fourmi. Enfin, juste une fourmi. Là, dans ce chaos insondable à la chaleur rappelant la soupe primordiale ayant donné naissance à l’univers, une fourmi. Sans sa colonie. Seule donc.

Qui se demande ce qu’elle fait là, arpente le haut de la chemise du jeune homme en long, en large et en travers, trace sur les chemins de crête avant de rebrousser chemin puis de disparaître quelques secondes hors de mon champ visuel pour revenir de plus belle car elle n’a trouvé aucune issue dans la pochette gauche de ladite chemise. A quoi pense-t-elle ? Comment est-elle arrivée là, sur la ligne 13, ainsi véhiculée par un être humain vers une destination inconnue ? J’imagine déjà que le gars a profité du beau temps de la veille pour faire une machine et laisser sécher son linge sur le balcon de son 2 pièces, sur lequel il a installé quelques plantes vertes dès son arrivée il y a 4 ans maintenant, histoire d’avoir une micro dose de nature à portée de main et aussi un peu de fraîcheur et d’intimité en été. La fourmi vient de passer la nuit sur la feuille la plus longue de son yucca géant, laquelle est posée en partie sur le fil à linge qu’il tend ponctuellement.

C’est ainsi que bon an mal an, elle a commencé par faire une séance d’équilibriste sur le fil avant d’atteindre le sommet du cintre en aluminium auquel est accrochée sa chemise, dès lors, très facile à atteindre puisque dans la continuité de sa progression. Il ne la voit évidemment pas quand il l’attrape après avoir pris sa douche et c’est ainsi que sa fourmi fugue involontairement et se retrouve à quelques centimètres de moi dans cette rame tropicale. J’avoue avoir pensé lui souffler dessus, je ne sais d’ailleurs pas vraiment dans quel but, mais je me ravise vite en anticipant le regard déconcerté que m’aurait lancé le monsieur après qu’il a senti mon souffle atteindre son cou… situation qui aurait pu être mal interprétée. Et puis, souffler sur la fourmi l’aurait sûrement envoyer au sol et par conséquent, à une mort certaine. Je décide donc de suivre ses pérégrinations du regard. Je retiens ma respiration quand elle s’engouffre dans le col de la chemise, redoutant qu’elle atteigne son cou et que, sentant quelque chose le chatouiller, il envoie un signal à son cerveau pour lever son bras et intimer l’ordre à sa main de gratter frénétiquement la zone concernée, augmentant les chances d’écraser la fourmi au passage. Heureusement, rien de tel ne se déroule et elle poursuit ses allers-retours incessants m’incitant à me demander si une fourmi est capable de s’arrêter ou si elle est naturellement hyperactive.

Oubliant totalement la raison pour laquelle je suis montée dans le métro, je suis le gars lorsqu’il en descend, sans quitter la fourmi des yeux ni savoir vraiment ce que j’espère. Correspondance. Je le suis toujours. Il monte tranquillement dans sa nouvelle rame et a, cette fois ci, l’opportunité de s’asseoir, ce qu’il ne manque pas de faire. Je préfère rester debout, pour avoir un peu plus de marge de manoeuvre vis-à-vis de la fourmi que je vois tout d’un coup prise d’une témérité incroyable puisqu’elle se met à dévaler toute la manche droite de la chemise et à passer sur la vitre contre laquelle il a posé son bras. La voilà à nouveau en expédition, hors de ma portée ! Elle monte, elle descend, elle sonde, cherche des repères, inexistants, elle avance et finit par plonger dans un pull à rayures jaunes et vertes porté par une jeune femme aux cheveux courts ! Décidément ! Là voilà qui descend à son tour du métro, je me jette dans son sillage, je perds la fourmi de vue mais je sais qu’elle est toujours là. Après quelques minutes de marche, la fille s’arrête devant un immeuble et pousse une épaisse porte noire derrière laquelle résonne une musique forte et sourde, je la suis sans regarder où j’entre. Une salle de concert blindée à l’ambiance déchaînée. En pleine matinée. Une autre forme de ligne 13. La fille est juste devant moi, elle s’agite déjà comme une damnée. Bientôt, elle va avoir trop chaud et retirer son pull qu’elle posera alors sur son siège. Je n’aurai plus qu’à tendre le bras et attendre que la fourmi saisisse son ultime chance de recouvrer la liberté… Ce qu’elle finit par faire. Je la place au creux de mes mains que je veille à bien clore, m’extrais de la salle obscure et pars en quête d’un tronc d’arbre où je finis par la relâcher. Elle file vers les sommets sans se retourner. Heureuse, je lève alors la tête, réalise où je suis, regarde l’heure, lance un « zut » faussement coupable et retourne au métro pour me reconnecter à mon plan initial nettement moins palpitant !

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Trois cent mille kilomètres par seconde

La nature n’est pas bien faite… Enfin, si, la nature est bien faite, mais quand même, pourquoi a-t-il fallu que la vitesse de la lumière – 299 792 458 m/s plus précisément – soit à ce point supérieure à celle du son – seulement 340 m/s à 15°c et au niveau de la mer ? La lumière, elle, se moque de la température et de l’altitude puisqu’elle est capable de se déplacer dans le vide quand bien même elle ralentit un chouia lorsqu’elle a à se propager dans l’air. Et d’ailleurs, même si nous vivions sous l’eau où le son se déplace plus de 4 fois plus vite que dans l’air, le ratio serait encore largement en sa défaveur. Bref, le son ne fait pas le poids devant la lumière.

Et si dans nos petites vies quotidiennes d’êtres humains vivant sur Terre à une vitesse normale – quel que soit notre perception personnelle du temps qui passe -, nous ne nous en rendons généralement pas compte, il est une situation extra-ordinaire, lumineuse et tonitruante à la fois qui nous place face à cette terrible injustice : l’orage ! Un orage avec éclairs et tonnerres donc, sinon, c’est un peu comme des profiteroles sans amandes effilées grillées à la poêle jetées nonchalamment sur le chocolat fondant, il manque quelque chose d’essentiel pour que l’ensemble soit parfait ! Je fais donc partie de ces personnes que l’orage fascine. C’est simple, j’ai des étincelles dans les yeux, j’applaudis après des coups de tonnerre si assourdissants qu’ils donnent l’impression que la planète se fend en deux, je crie littéralement de joie et d’émerveillement lorsque de multiples éclairs viennent fendre le ciel et éclairer le monde de leur surpuissante lumière !

Evidemment, je cherche à prendre des photos et c’est à ce moment précis, après plusieurs essais infructueux – « pourquoi as-tu photographié l’immeuble d’en face ? » – que j’aimerais que le tonnerre soit celui qui annonce l’éclair et non l’inverse… Cela donnerait au moins un indice quant à leur survenue, alors que dans cette configuration décidée par les lois universelles de la physique – et qui ont tout de même fait du bon travail jusqu’à présent : nous existons… encore que je ne sois pas sûre que nous n’aurions pas existé si la vitesse du son avait été supérieure à celle de la lumière -, impossible de savoir d’où va partir le prochain éclair. Et évidemment, à cette vitesse, inutile de chercher à le rattraper ! Cela relève du coup de chance. Il ne reste alors plus qu’une chose à faire : se poser quelque part, lever la tête, scruter le ciel, attendre, vibrer, tressaillir, admirer et avoir le coup de foudre !

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Pas si chouette !

Parfois, en voyage, plein d’un entrain un brin naïf, on ne sait pas vraiment à quoi l’on s’expose… Mais si, sur le moment, on a la sensation de vivre un échec cuisant, on sait aussi que, passé l’agacement, cela fera de bons souvenirs. Par exemple, ce soir là, sur l’île volcanique de Lanyu, appelée aussi Ile aux Orchidées, postée au large de la côte sud-est taïwanaise, l’idée était de se greffer à un groupe de visiteurs pour aller voir et entendre les chouettes en pleine nuit dans la montagne. Un must a priori. Les premières minutes d’introduction chez le guide auraient dû me mettre la puce à l’oreille : logiquement, la langue de la soirée allait être le mandarin, et le guide, un passionné, allait être généreux en explications. Certes, faire une visite sans comprendre quoi que ce soit pouvait sembler étrange, mais, pour les chouettes, cela se tentait…

Après 15′ de scooter, la vingtaine de curieux que nous étions encore au début marque un premier arrêt dans l’obscurité. Le guide sort alors sa lampe frontale surpuissante et arrose de son rai artificiel les arbres alentours. L’idée n’est pas encore de trouver des chouettes – le clou du spectacle – mais d’autres petites bêtes – divers insectes en fait. Comme anticipé, les descriptions se font en chinois et le seul autre occidental présent, s’il commence par traduire quelques extraits de ce qui devient rapidement une conférence de troisième cycle en entomologie, finit par se lasser après la quatrième plante soulevée pour dénicher une petite araignée nocturne. Je comprends dès lors que je vais passer à côté de la soirée et décide donc de l’observer.

La première heure, tout le monde suit avec beaucoup d’attention. Nous chevauchons nos scooters – je suis passagère et dépendante de mon pilote – pour aller d’un spot à l’autre, nous descendons de nos destriers du soir, allumons nos lampes, suivons le guide qui nous montre ses merveilles et imite la chouette de façon régulière en espérant qu’une vraie lui réponde. La deuxième heure, alors que nous nous enfonçons dans l’unique route traversant la montagne, l’attention générale commence à pâlir. Toujours aucune chouette à l’horizon. Mais des plantes, des araignées, des phasmes… Je vis une expérience extracorporelle : je suis sur une montagne, en pleine nuit, avec un groupe de sinophones en scooters et lampes frontales, en train de chercher des chouettes avec un guide qui alterne hululements vains et explications qui, à mes yeux et oreilles, restent du chinois dans tous les sens du terme. Il fait bon, ça compense, le ciel est étoilé, ça compense doublement. Mais quand même.

Après 2h30 de balade nocturne infructueuse, des gens commencent à abandonner le groupe. Comme je les envie ! Il a beau faire nuit, le guide n’est pas dupe, il les voit s’enfuir. Et il poursuit son programme en trois points. Au bout de 3h, d’un certain nombre de hululements et d’évasions lâches, voilà qu’il repère une chouette. Une toute petite chouette là, au loin, sur la branche là-bas, au fond… Vraiment ? Tout ça pour ça ! Malgré tout, cela réveille tout le monde ! Nous avons fini par voir une chouette et nous nous disons tous que le Graal ayant été atteint, nous allons pouvoir rentrer au bercail. Le guide lance quelques mots, nous remontons en effet sur nos scooters et entamons la descente vers le village. J’arbore un grand sourire. Ouf, c’est bientôt fini ! Sauf qu’au lieu de tourner à droite pour rejoindre nos lits à tous, mon pilote, et quelques autres, virent à gauche. Vers un autre spot. C’est probablement ce qu’a expliqué le guide un peu plus haut, mais, bizarrement, l’info m’a échappé… Je regarde le village et mon lit superposé s’éloigner pour un temps indéfini, je ris de moi et de cette situation rocambolesque dans laquelle je me suis glissée inconsciemment mais volontairement, je me laisse porter pendant une heure encore – soit 4h au total – tout en étant désormais incapable de m’extasier devant les stars de la nuit même si elles sont assurément très chouettes ! Lasse et confuse, je jure mais un peu tard que l’on ne m’y prendra plus !

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Comme une bleue

Quelle surprise en faisant défiler les images du jour pour un premier tri grossier ! J’ai cru me retrouver dans ce test vidéo de psychologie cognitive que j’avais « raté » à l’époque et dans lequel on demandait aux observateurs de compter le nombre de passes que se faisaient les joueurs d’une équipe en blanc (promis, je ne spoile pas mais j’invite ceux qui n’ont jamais réalisé ce test à vous rendre ici.) Bref, hier comme il y a 5 ans, je suis entrée dans un tunnel cognitif et ai fait preuve de cécité d’inattention ! J’étais en effet tellement concentrée à tenter d’isoler visuellement le duo colley / maîtresse aux chromies concordantes entre les incessants passages de badauds que je n’ai pas du tout vu passer le monsieur au premier plan avec ses ballons colorés ! Pourtant, ce sont évidemment eux que j’ai vus en premier quelques heures plus tard… Et évidemment, comme dans le film pré-cité, a posteriori, on se demande comment on a pu passer à côté de quelque chose d’aussi visible !

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Les égarés

La tâche n’avait pas été facile, mais Damien avait fini par céder aux exhortations répétées de Nora. Après tout, que risquait-il ?  Un soir, elle était rentrée avec ce large sourire qui clamait qu’elle avait une idée derrière la tête. Souvent, c’était de bonnes idées ; aussi son appréhension avait-elle diminué avec le temps. Cette fois-ci, il s’agissait de les inscrire à une journée « mystère » ! C’était plutôt sec comme information, et annoncé ainsi, cela faisait même un peu pub des années 80 ayant mal vieilli. Comme certains films ou albums de musique adorés à l’époque de leur sortie dans lesquels l’on se replonge des années après sans être pourtant capable de les finir tant ils sont trop emprunts d’un passé qui a définitivement disparu et qui, désormais, apparaît ringardisé.

Bref, Virginie, une amie de Nora, venait de lui parler de la journée « mystère » à laquelle elle avait récemment participé et elle en était encore toute abasourdie ! Elle ne rêvait que d’une chose, en refaire une autre ! Sauf que le règlement intérieur l’interdisait. Tout participant devait en effet attendre 8 mois avant de pouvoir s’inscrire à nouveau. Toutefois, cette durée pouvait être réduite s’il parrainait de nouveaux entrants… Ce qu’elle était en train de faire. Nora s’était contentée de lancer des superlatifs et n’avait pas voulu dire de quoi avait été exactement composée cette journée si spéciale, arguant par ailleurs que cela ne servait à rien car chaque journée était différente et élaborée selon les profils de ceux qui allaient en faire partie. L’important était simplement de savoir que c’était ab-so-lu-ment gé-nial. Il n’en avait pas fallu beaucoup plus pour convaincre Nora.

Et ce mardi matin, alors qu’ils étaient réveillés depuis 32 minutes exactement, ils avaient tous deux reçu un texto énigmatique leur annonçant que c’était le grand jour – ils n’avaient qu’une vague idée de la période jusqu’à lors – et leur indiquant un premier lieu de rendez-vous, sachant qu’ils seraient ensuite conduits collectivement à leur destination finale par les organisateurs. Evidemment, tout moyen d’enregistrement était strictement prohibé. Et si Nora avait parfaitement respecté la consigne, Damien, lui, avait glissé un petit téléphone dans sa poche. Malheureusement, il avait été repéré très rapidement et son téléphone lui avait été confisqué… La seule image qu’il avait pu faire et envoyer à Virginie était celle-ci, alors que tous les participants à cette fameuse journée « mystère » – dont on ne voyait ici qu’une partie – avaient été emmenés en forêt et devaient, avant toute chose, se vêtir d’une combinaison d’un blanc immaculé. Elle n’en saurait de fait pas plus… Et ils n’avaient jamais voulu en reparler après.

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La douce heure de l'éveil

Il est 5h, le réveil sonne. Cela ne fait pourtant pas longtemps que le marchand de sable est passé. Le réveil sonne. Il fait déjà très chaud. J’ai encore du sommeil dans les yeux. La chaleur agite mes nuits. Pourquoi déjà ? Pourquoi ai-je décidé de le régler à cette heure-ci ? Le réveil sonne. Vraiment ? Faut-il vraiment sortir du lit, si tôt, là, maintenant ? Le réveil sonne. J’ai encore envie de dormir. Si je n’y vais pas, cela ne changera pas grand-chose. Il sera au rendez-vous demain aussi. Le réveil sonne. Mais si, quand même, lève toi. Ça va être beau. Forcément. Crépuscule. Il est toujours temps. Le réveil ne sonne plus. J’enfile un short, un T-shirt, un casque ; j’enfourche un scooter. Il est 5 heures (un peu plus), Cu Daï s’éveille… Beach. Le soleil va bientôt s’extraire de l’horizon. Derrière les Iles Cham. Ai-je déjà dit qu’il faisait déjà très chaud et très humide ? La plage a sa faune aurorale, en quête de fraîcheur, les sportifs, les marcheurs, les nageurs, les méditants, les footballeurs, les baigneurs, tous des habitués. Il est 5h30, le monde vit déjà. Il vit même des moments magnifiques. Et l’on ne s’en réellement compte qu’en vivant avec et en même temps que lui…

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Cette photo est visible en papier et en encres à l’édition 2018 de Photo Doc., la foire de la photographie documentaire, qui se tient du 4 au 6 mai à la Halle des Blancs Manteaux à Paris et à laquelle je participe avec mon collectif Les 4 Saisons. Il s’agit d’une expo-vente, au cours de laquelle je proposerai également des livrets sur Hong Kong, sur Hoï An, sur Hiroshima et sur Jiufen à Taiwan.

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Voilà un nouveau néophotologisme pour cet étonnant effet collatéral d’une pratique photographique aussi raillée que plébiscitée… Le selfisolement, comme son nom l’indique, est donc la situation d’extrême isolement dans laquelle se met une personne ou un groupe de personnes alors qu’elles cherchent la posture idéale pour faire un selfie. Par « extrême isolement », j’entends cette bulle quasi autistique dans laquelle elles plongent pour se focaliser uniquement sur ce petit écran qui leur renvoie leur image et qui les coupe littéralement du monde tant qu’elles ne sont pas satisfaites du reflet émis. Un arbre pourrait tomber derrière elles, un singe leur passer à côté, la cascade s’arrêter de cascader qu’elles ne s’en rendraient pas compte. A fortiori, la personne postée à 1 mètre d’elles immortalisant la scène est évidemment transparente !

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… je ne lui avais pas attrapé le bras, que se serait-il passé ? Comment savoir quel aurait été le cours des choses si on n’était pas intervenu pour le réorienter ? Et pourquoi se poser des questions auxquelles il est impossible d’avoir de réponses ? Car si un fait n’a pas eu lieu, alors, tout simplement, il n’existe pas. Ce qui n’est pas tout à fait exact car notre intervention a justement été motivée par la potentielle conséquence de ce fait si on le laissait évoluer naturellement et donc, si on n’agissait pas. En d’autres termes, la situation a existé, de façon abstraite et purement intellectuelle, mais elle n’a pas eu lieu.

Maintenant, si j’adopte un raisonnement contrefactuel, souvent invoqué en mécanique quantique, alors, des événements qui auraient dû se produire mais qui ne se sont pas produits influent sur les résultats de l’expérience – l’une des sept merveilles du monde quantique selon le magazine New Scientist -. Evidemment, ce raisonnement ne s’applique pas réellement à l’échelle de notre petit quotidien, mais il n’en est pas à rejeter pour autant. Dans ce cas, quelle serait l’expérience ? D’étudier les réactions spontanées face à un danger imminent auquel est confronté un.e inconnu.e ? Ou les suites de cette réaction ?

Une femme allait traverser la route alors qu’une voiture arrivait à pleine vitesse, je lui ai attrapé le bras très calmement pour la stopper dans son mouvement, le temps qu’elle tourne la tête à droite et réalise qu’elle se mettait inutilement en grand danger. Elle s’est figée. Je me suis excusée – étrangement, cela a en effet été ma première réaction – de l’avoir agrippée ainsi même si ce n’est même pas ma tête qui lui a pris le bras, c’est ma main, c’est mon corps… Ils ont été plus rapides. Elle m’a répondu : « vous aviez raison, j’allais faire une bêtise. » Puis « Merci ! ». Nous avons continué nos routes. Cela a duré 2 secondes. Deux secondes, c’est rien. Un, deux. C’est fini. C’est fou tout ce qui se passe en deux secondes. C’est fou tout ce qui aurait pu se passer en deux secondes. C’est fou toutes les questions que l’on se pose après ces deux secondes. Si je n’avais pas tendu le bras, aurait-elle été renversée ? Si je n’avais pas été là, quelqu’un d’autre l’aurait-il fait ? Si je n’avais pas été là, aurait-elle cherché à traverser aussi imprudemment ?  Si je n’avais pas été là, aurait-elle été là, elle ?

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