Photo-graphies et un peu plus…

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Il fait nuit tôt à Wellington. 17h46 aujourd’hui. Quelques étoiles nageaient dans le ciel immense avant même que le soleil ne disparaisse totalement. Mais Vénus était la première reine de la nuit à faire sa sortie. Oui, je sais, c’est une planète… En France, vous pouvez aussi la voir en ce moment. Je trouve ça magique – bien sûr, ça ne l’est pas – qu’en étant si loin les uns des autres, nous puissions tout de même voir briller Vénus en même temps, ou presque ! Tout d’un coup, c’est comme si l’univers se recroquevillait sur lui-même pour nous rapprocher encore plus.

Le soir, à Wellington, on voit donc les étoiles dans le ciel. Beaucoup. J’ai même cru voir l’ombre de la voie lactée tout à l’heure, en rentrant de notre promenade, encore plus tardive qu’hier. Cela nous a permis de découvrir, d’en haut, la ville dans son costume de nuit. Il était temps ! Je ne sais s’il en est toujours ainsi ici, ou si c’est une conséquence heureuse de la baisse de pollution de l’air. Mais pouvoir voir les étoiles depuis une ville ne devrait pas être un privilège…

Sinon, le départ se prépare, lentement mais sûrement. Evidemment, c’est un peu ce qui occupe nos esprits en ce moment. Des choses très terre à terre – c’est donc d’autant plus important de pouvoir voir les étoiles le soir. Ranger, nettoyer, prévoir la suite. Par exemple, on nous suggère vivement de nous procurer des masques. Nous espérons en trouver demain dans une pharmacie où, a priori, ils en avaient encore la semaine passée. Et sinon, nous choisirons l’un des tutos transmis ces derniers jours pour transformer nos chaussettes ou foulard en masque de fortune !

Ce matin, en cherchant des précisions sur le déroulement de notre vol sur le groupe FB des Français en NZ – une vraie mine d’informations, plus complète que les canaux officiels ces dernières semaines –, j’ai appris que notre avion devrait s’arrêter à Perth (Australie) puis Doha (Qatar) pour deux escales techniques et de changement d’équipe. Escales pendant lesquelles nous ne pourrons pas sortir. D’un côté, c’est rassurant : personne d’autre ne montera dans cet espace ultra confiné où nous ne savons pas encore si nous serons les uns sur les autres, ou espacés d’un siège. Partir de Nouvelle Zélande, où la circulation du virus a donc été limitée, se révèle être un avantage dans ces circonstances : a priori, probabilité faible que quelqu’un soit contaminé… De l’autre, cela signifie aussi que nous nous apprêtons à passer 28h dans un avion. A ce stade, je ne compte même plus le vol intérieur du matin pour rejoindre Christchurch. Cela risque d’être un peu long… C’est sûr, les hublots, ça ne s’ouvre pas ?

Et puis, nous avons aussi décidé de rentrer chez nous. Et non d’aller finir le confinement en un lieu moins urbanisé comme nous l’avions envisagé pendant 36h. J’irai simplement coller des photos de paysages sur les immeubles ou les trottoirs pour avoir l’impression d’être un peu plus entourée de nature. Mais mon imprimante est cassée. Des dessins alors ? Une solution, je trouverai !

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Finalement, faute de chocolat avant le prochain ravitaillement, nous avons fait des crêpes ! La Bretagne est dans la place ! Sans drapeau. D’ailleurs, la Nouvelle Zélande a failli être le seul pays visité ces dernières années sans que nous ne tombions sur un Gwenn ha Du flottant au vent, accroché à une fenêtre, cousu à une tente, scotché à un pare-brise ou encore porté comme coupe-vent… C’est un peu une private joke entre nous, mais cette propension des Bretons à annoncer la couleur – noir et blanc hein – partout où ils passent me fait invariablement sourire.

Il nous a donc fallu aller jusqu’à Akaroa, à côté de Christchurch, sur l’île du sud, pour en voir un. Présence légèrement biaisée car Akaroa, village niché au creux d’un volcan érodé de la Péninsule de Banks, est le dernier et unique bastion français du pays – nous y avons même trouvé une vraie baguette, c’est dire ! Car, à l’instar de nombreux territoires et îles sur cette planète, la Nouvelle Zélande – Aotearoa – « Le pays au long nuage blanc » a été colonisée. Son histoire connue reste d’ailleurs étonnamment récente ! Les Māoris, arrivant de Polynésie (les historiens ne savent pas d’où précisément même s’ils ont des pistes) à bord de wakas (pirogues), grâce à une maîtrise de la navigation qui force l’admiration encore aujourd’hui, sont les premiers êtres humains à y poser le pied, a priori entre 1000 et 1200 après J.-C. Cela fait encore débat. Le premier contact avec les Européens, et plus précisément le néerlandais Abel Tasman – nom attribué aujourd’hui à un magnifique parc naturel au nord de l’île du Sud, que nous nous réservions pour la fin et que nous n’avons pas pu parcourir car il nous a fallu traverser le Detroit de Cook (un autre des grands explorateurs de ces temps anciens où la planète n’était pas cartographiée au millimètre près) en urgence pour rallier Wellington – date de 1642. Mais le gaillard repart dare dare avec ses deux navires, la rencontre avec les Māoris, pleine d’incompréhension mutuelle, ne se passant pas très bien (pour preuve, le nom de Murderers Bay que Tasman donne au lieu de rencontre). Plus personne ne s’aventure aussi loin avant 1769 et la mission scientifique de James Cook. Le débarquement des Européens ne s’arrête plus, la Nouvelle Zélande devient une colonie britannique en 1840, sur fond de traité – celui de Waitangi – signé par plus de 500 chef Māoris (et refusé par autant). Malheureusement, ce traité signe aussi leur déclin : la traduction en māori qui en est faite ne reflète en effet pas clairement le texte original, certains mots ou certaines notions en anglais – la propriété foncière, la souveraineté, la gouvernance entre autres… – n’ayant pas d’équivalent dans la culture Māori. En particulier, les Māoris – pour lesquels, dans la tradition ancestrale, tout est lié, les personnes, la nature, les objets animés comme inanimés – se perçoivent comme des gardiens de la Terre et en aucun cas des propriétaires. Une posture humble qui résonne étrangement aujourd’hui.

Et voilà une bien longue digression pour expliquer que les Français sont arrivés trop tard en Nouvelle Zélande et ont dû se contenter du port d’Akaroa ! En même temps, c’est important l’Histoire, et on l’oublie trop souvent… Dire que tout cela a commencé avec une histoire de pénurie de farine… Ce n’est pas ce que je pensais aborder aujourd’hui. Les pensées vont où elles veulent, les mots les suivent. Après mes réflexions d’hier, j’avais en tête quelque chose de plus léger, de factuel, sur le confinement à la mode Nouvelle-Zélande. Je ne citerai que cette initiative locale observée ces derniers jours au gré de nos pérégrinations circulaires dans le quartier : des ours en peluche, tous orientés vers la rue, ont fait leur apparition aux fenêtres des maisons et des appartements. Comme ça, sans un mot, sans une bulle, des petits, des grands, des blancs, des verts, des rayés… Chaque jour un peu plus, et rapidement rejoints par des poupées, des lapins, des ânes, des girafes, des lions, bref, l’arche de Noé, comme si les habitants avaient été remplacés par ces artefacts aux vies imaginées. Une rapide recherche sur les journaux du coin a apporté la réponse à ce déballage trop prématuré pour faire penser à Noël : il s’agit bien d’un appel à la population, pas d’un mimétisme collectif, l’intention étant d’occuper les enfants pendant leur balade quotidienne en leur proposant une chasse à l’ours pacifique. Mais, dans les faits, je n’ai vu que des adultes les prendre en photo… D’ailleurs, je ne sais pas où sont passés les enfants : nous n’entendons guère plus que l’horloge de la cuisine dont les secondes semblent plus pressées que d’habitude, la hache du voisin, la scie circulaire d’un autre, une sirène de police par ci par là et quelques tuis (des oiseaux d’ici ;-) ) a qui se demandent peut-être quelle mouche nous a piqués…

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Aujourd’hui, nous avons parcouru 222 km. A longer les belles, verdoyantes et sinueuses Buller Gorge, celles-là même qui nous ont fait basculer de la West Coast à Tasman. La fin de ce voyage-là se profile. Dans trois jours, nous rendrons notre Toyota Corolla, nous nous hisserons sur le pont supérieur de l’Interislander pour dire au-revoir à cette île du sud sauvage et enchanteresse qui nous a tant émerveillées, et traverserons le Détroit de Cook pour rejoindre Wellington, la capitale, où la suite devrait être fixée. Ceci dit, ne nous projetons pas trop, nous avons vu ces derniers jours que cela n’était pas toujours pertinent et que la réalité était, pour une fois, plus rapide que l’imagination…

D’ailleurs, et c’est certainement le cas pour beaucoup, entre deux randonnées en pleine nature, tous les scenarii de films et romans d’anticipation apocalyptiques, post-apocalyptiques, de virus, de zombies nous reviennent à l’esprit comme un boomerang bien maîtrisé. Nous en parlons avec détachement et amusement en plein jour, tant et si bien qu’au petit matin, nous oublions presque que tout cela est bien réel. L’update se fait rapidement, et avec lui, les questions en suspens remontent à la surface. Notre réalité pourrait-elle rejoindre ces fictions-là ? Et puis, à une échelle plus individuelle : qu’allons-nous pouvoir faire ? Géographiquement parlant, j’entends. Partir, rester ? Ce n’est toujours pas réglé. Ce n’est pas une angoisse non plus. Juste une incertitude parmi d’autres.

Quoi qu’il en soit, souvent, en sillonnant cette île, avant même que le virus ne vienne occuper une partie de nos pensées et discussions, nous avons eu le sentiment d’être au bout du monde, ou plutôt à la fin du monde, ou peut-être après le monde. Voyez un peu… L’île du Sud, c’est 1 135 500 personnes (chiffre 2018) vivant sur un territoire d’un peu moins d’un quart de la France soit 7,5 habitants au km2… Combien de kilomètres avons-nous parcouru sans apercevoir âme qui vive hormis des vaches et des moutons ? A n’entendre que le chant des oiseaux ? Combien de bâtisses effondrées sur les bas côtés ? De villages à moitié abandonnés ? D’habitats bricolés, rafistolés, rouillés, comme s’ils avaient été érigés après la grande vague, à partir de ce qui avait résisté… Comme si, sans le savoir, nous avions déjà traversé un futur potentiel.

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Je me sens...

Jamais je n’ai encore utilisé les indicateurs d’humeur proposés par le réseau social bleu que je vois parfois fleurir sur les statuts de mes contacts afin d’auto-commenter l’état d’esprit dans lequel ils sont à l’instant t par un émoticône doublé de sa traduction verbale au cas où cela ne serait pas très clair et, à terme, avec l’idée, peut-être, de résumer une émotion parfois subtile à un rond, des courbes et des traits diversement placés. Je ne suis d’ailleurs pas certaine d’avoir envie de le faire. Mais, comme les longueurs à la piscine, je changerai peut-être d’avis un jour (même si, d’une part, je ne vais plus à la piscine et, d’autre part, j’en doute). Il n’empêche que le spectre émotionnel proposé – je suis allée voir quand même – est extrêmement large et donne l’impression d’être au rayon sauce soja dans un supermarché taïwanais (j’ai bien conscience que l’analogie est inattendue mais c’est probablement parce que vous n’avez jamais eu à en choisir une dans ces circonstances) ou alors face à ces tests de psychologie où l’on vous pose plusieurs fois la même question différemment pour s’assurer que vous ne dissimulez rien…

Comme j’ai du temps à revendre (ah ah ah !), je les ai recopiés un à un. J’avoue avoir été un peu surprise de les découvrir tous accordés au féminin, non que je ne sois pas une femme, mais c’est une attention qui rappelle à quel point rien n’est laissé au hasard dans ce monde connecté. Alors, voilà comment je – vous également – suis susceptible de me sentir : très bien (ça m’arrive), merveilleusement bien (encore mieux, ça m’arrive aussi), amoureuse (aussi), aimée (bah oui), calme (plutôt oui), triste (oui bien sûr), amusée (oui parfois aussi), ravie (ok, on a compris), hyper bien (version plus jeune de « merveilleusement bien » ?), cool (encore plus jeune ? je croyais que « cool », c’était has been), a froid (je ne connais pas vraiment ce sentiment et je me demande surtout si c’est la proximité du mot « cool » qui est à l’origine de sa présence), en pleine forme (yes !), fière (ça m’arrive), folle (tout dépend de quelle folie on parle mais une personne qui s’autoproclamerait folle le serait-elle vraiment ?), festive (alors, je peux faire la fête, quant à être moi-même festive… c’est l’humeur qui l’est me murmure-t-on dans mon oreillette…), en pleine forme (soit ils l’ont mis deux fois, soit je l’ai retranscris deux fois), heureuse (oui, globalement), bien (oui aussi), fatiguée (ça peut arriver), détendue (je ne sais pas), motivée (très souvent), surexcitée (je connais ça), nostalgique (rarement), positive (plutôt oui), maladie (oups, la transition…), a le coeur brisé (un lien avec la précédente option ?), dégoutée (par plein de choses oui), perplexe (ça dépend), très en colère (rare mais possible), optimiste (autant que possible), reconnaissante (oui, oui et oui – pensée pour mes parents…), contente (forcément ça arrive), déterminée (sûrement), chanceuse (à fond), super bien (on ne l’a pas déjà vu celui-là ?), incroyablement bien (variante du « merveilleusement »… qu’est-ce qui vous ferait opter pour l’un plutôt que l’autre excepté le fait que celui-ci est en milieu de liste et qu’il faut déjà pas mal hésiter sur son émotion pour en arriver là et du coup, ce serait peut être plus « dubitative » qu’il faudrait indiquer), impressionnée (par certaines personnes oui), soulagée (parfois oui), inspirée (j’y aspire), stressée (dire non serait un travestissement de la réalité), inquiète (ouais ouais), impatiente (oui et non), pensive (trop), terriblement mal (rarement mais si je me concentre sur certaines informations, souvent), en a marre (non, on ne peut pas dire ça), confiante (ça dépend des jours), spéciale (oui), funky (non pas vraiment), sereine (là, c’est une question piège mais comme on ne peut pas cocher plusieurs cases à la fois, sauf là, ça va), impuissante (non), effondrée (non plus), désespérée (non non), choquée (non), déprimée (mais non… bon, là, c’est le volet négatif apparemment, en bout de liste comme si on n’était pas déjà au fond du trou, il faut scroller, scroller vers le bas, négatif qui occupe nettement moins de mots que ce que l’on pourrait ranger du côté « positif » donc deux options : soit le réseau bleu plébiscite les gens globalement heureux soit les émotions négatives sont moins variées), furieuse (on peut aussi utiliser cette liste comme dictionnaire des synonymes donc), exaspérée (non), satisfaite (j’ai déjà répondu), ok (ça valait vraiment le coup de le préciser), formidable (oui), motivée (très souvent… lui aussi, deux fois…), déçue (ça arrive), perdue (littéralement rarement sauf dans les jardins et forêts), émue (facilement), crevée (il est 1h01, oui), belle (rho, la question…), en paix (ça fait un peu morbide je trouve), sûre (on attend la suite), angoissée (pas là), aventureuse (pas assez), pas mal (selon quels critères ?), cassée (non), seule (non plus), endormie (pas encore), curieuse (mon ADN), gâtée (oui), affamée (non), sarcastique (ça arrive), incomplète (effectivement, il me manque une dent), en sécurité (oui), faible (non), bizarre (non), a le cafard (pff, non), a le mal du pays (non plus), découragée (c’est reparti, non, enfin si parfois, mais je ne vais pas non plus tout dévoiler), prête (à aller au lit), confortablement bien (assise dans mon canapé), a chaud (bientôt), pas à sa place (si si… où vont-ils chercher tout ça ?), drôle (pas tous les jours), forte (pour siffler, oui), libre (ah ah ah), a peur (un peu), malheureuse (non), pas terrible (non), ennuyée (non), mieux (est-ce que ça veut dire que précédemment, j’ai mis que ça n’allait pas ?), très fâchée (bah non) et enfin, merci (le réseau bleu sait que c’est le mot que j’écris le plus souvent sur mon mur). Donc voilà, oui, je me sens merci… Je me sens merci du fond du coeur même !

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The corner café

Typiquement, une nouvelle illustration de cet insoluble équation de la poule et de l’oeuf, bien qu’ici, il suffirait de compulser le cadastre de la ville pour en avoir le coeur net ! En l’état, ce café porte extrêmement bien son nom – The corner cafe – même s’il n’est pas d’une extravagante originalité – 339 000 occurrences en moins d’une seconde pour le mooteur de recherche quand même, ce qui ne signifie pas qu’il en existe autant mais cela donne une idée, que l’on est d’ailleurs en droit de relativiser dès lors que l’on découvre que « Le cheval blanc » par exemple – patronyme qui s’exporte difficilement hors des frontières de l’hexagone contrairement au Corner Café – dépasse le million de résultats, ramené à 200 000 si l’on ajoute un filtre… café…

Mais revenons à Londres. La position, centrale, quasiment insulaire, de ce bloc interroge – comme tout pitch digne de ce nom –  le quidam de passage pour qui n’existe que le présent. Ce presque cube esseulé l’a-t-il toujours été ou est-il le reliquat miraculeux d’une destruction périphérique ? Interrogation parallèle (et en réalité la première), ce café porte-t-il ce nom depuis toujours ou est-ce contextuel ? Dans le premier cas, au-delà de l’étrangeté urbanistique, le café occupe néanmoins deux coins et mérite donc bien son nom. Dans le second cas, on peut imaginer qu’une autre maison ou un autre immeuble était accolé(e) à la façade droite : le café perd un coin mais il lui en reste un. Et Corner Café lui sied toujours. Bref, si la question est légitime – je me promène, je suis là pour m’étonner de ce que je vois, en somme, pour m’interroger, ce qui comprend les détails insignifiants -, finalement, la réponse n’a pas beaucoup d’intérêt… Cela arrive, parfois.

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Le dos de la cuiller

Il est 17h, je suis sensée faire une sieste, mais je suis contre les siestes. Je n’ai bien sûr rien contre les siestes des autres, mais je suis contre le fait de faire moi-même des siestes, même si j’ai parfaitement conscience qu’elles pourraient me faire un grand bien dans un contexte de nuits de plus en plus courtes… Mais voilà, j’ai toujours assimilé la sieste à une pure perte de temps, ce qui est plutôt cohérent avec le fait d’estimer qu’il m’en manque toujours. Car le temps de cette hypothétique sieste est du temps pendant lequel je pourrais m’occuper, faire, fabriquer, créer… Bien sûr, c’est un calcul court-termiste puisque dormir nous permet de nous régénérer, de récupérer physiquement, psychologiquement et intellectuellement – bref, c’est plutôt utile (et même un enjeu de santé public pour les années à venir) -. Mais la raison ne l’emporte pas toujours…

Ceci dit, je reste ouverte aux nouvelles expériences susceptibles de me faire changer d’avis. Voilà donc qu’au coin d’une grande table en bois brut posée au coeur d’une maison chaleureuse, l’on me parle de la méthode de la petite cuiller, notamment utilisée par les pilotes. Intriguée, je questionne. La méthode de la petite cuiller se vit au premier degré et l’unique ustensile requis est donc… une petite cuiller. Nous verrons plus tard que nous pouvons élargir le champ sans perdre le fil. Le postulant à la micro-sieste place donc une petite cuiller entre son pouce et son index, et la laisse pendre dans le vide. C’est le moment de fermer les yeux et de s’autoriser à s’endormir.

Mécaniquement, au bout de quelque temps – je ne saurais vous dire exactement combien de minutes, mais cela n’altère pas la compréhension du phénomène -, notre cobaye entre dans un sommeil léger et ses muscles se relâchent. Suite à quoi, naturellement, la cuiller lui glisse des doigts, tombe dans un fracas métallique qui le réveille brutalement et signe le glas de sa sieste, certes courte mais réparatrice. CQFD. Je me permets simplement une petite suggestion qui paraîtra évidente à tous : pour limiter les risques de transformer cette sieste d’une dizaine de minutes en une nuit en avance, il est vivement conseillé de poser son coude sur une surface dure, du bois, du carrelage, du métal, du verre, et d’éviter tout lit, fauteuil, canapé qui amortiraient totalement le bruit de la chute de la cuiller. Bien évidemment, la méthode la cuiller fonctionne également avec un stylo, un livre, un portable, un verre, un pot de fleurs. Et j’oserais même dire, si vous n’avez rien de tout cela sous la main, avec la tête. Combien de fois, en effet, ultime trahison d’un terrible ennui ou d’une fatigue corsée, vous êtes-vous réveillé en sursaut suite à la chute inopinée de votre tête lourde et endormie ?

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… je ne lui avais pas attrapé le bras, que se serait-il passé ? Comment savoir quel aurait été le cours des choses si on n’était pas intervenu pour le réorienter ? Et pourquoi se poser des questions auxquelles il est impossible d’avoir de réponses ? Car si un fait n’a pas eu lieu, alors, tout simplement, il n’existe pas. Ce qui n’est pas tout à fait exact car notre intervention a justement été motivée par la potentielle conséquence de ce fait si on le laissait évoluer naturellement et donc, si on n’agissait pas. En d’autres termes, la situation a existé, de façon abstraite et purement intellectuelle, mais elle n’a pas eu lieu.

Maintenant, si j’adopte un raisonnement contrefactuel, souvent invoqué en mécanique quantique, alors, des événements qui auraient dû se produire mais qui ne se sont pas produits influent sur les résultats de l’expérience – l’une des sept merveilles du monde quantique selon le magazine New Scientist -. Evidemment, ce raisonnement ne s’applique pas réellement à l’échelle de notre petit quotidien, mais il n’en est pas à rejeter pour autant. Dans ce cas, quelle serait l’expérience ? D’étudier les réactions spontanées face à un danger imminent auquel est confronté un.e inconnu.e ? Ou les suites de cette réaction ?

Une femme allait traverser la route alors qu’une voiture arrivait à pleine vitesse, je lui ai attrapé le bras très calmement pour la stopper dans son mouvement, le temps qu’elle tourne la tête à droite et réalise qu’elle se mettait inutilement en grand danger. Elle s’est figée. Je me suis excusée – étrangement, cela a en effet été ma première réaction – de l’avoir agrippée ainsi même si ce n’est même pas ma tête qui lui a pris le bras, c’est ma main, c’est mon corps… Ils ont été plus rapides. Elle m’a répondu : « vous aviez raison, j’allais faire une bêtise. » Puis « Merci ! ». Nous avons continué nos routes. Cela a duré 2 secondes. Deux secondes, c’est rien. Un, deux. C’est fini. C’est fou tout ce qui se passe en deux secondes. C’est fou tout ce qui aurait pu se passer en deux secondes. C’est fou toutes les questions que l’on se pose après ces deux secondes. Si je n’avais pas tendu le bras, aurait-elle été renversée ? Si je n’avais pas été là, quelqu’un d’autre l’aurait-il fait ? Si je n’avais pas été là, aurait-elle cherché à traverser aussi imprudemment ?  Si je n’avais pas été là, aurait-elle été là, elle ?

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C'est la jungle !

Combien de temps, à votre avis, a-t-il fallu à la nature, aux lianes, au lierre rampant et pénétrant pour ensevelir littéralement et faire totalement disparaître cette incroyablement grande bâtisse située en plein coeur de ville, à deux pas de sa mairie, et sans l’intervention d’une quelconque apocalypse, fut-elle environnementale ou économique ? Et quel inextricable et indémêlable imbroglio explique qu’elle soit toujours là, debout, résistante, en cet état d’abandon avancé dont on s’étonnerait moins en pleine forêt, alors que l’on construit tout autour ?

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Rouler, traverser la campagne tunisienne en voiture, admirer le paysage fleuri, vert et printanier, se dire que ce pays est beau, et tout d’un coup, retomber sur ces deux yeux noirs encadrés de terre qui me regardent passer et se dire qu’ils l’ont déjà fait, dans le passé, 547 jours auparavant pour être précise. Je n’aurais jamais oublié ce regard. Exiger de s’arrêter pour en avoir le coeur net, s’extraire de la caisse métallique, faire 56 pas en arrière, 57 en fait, prendre une photo, recourir vers la voiture et se dire qu’on cherchera la première en arrivant… La retrouver. Louer sa mémoire. Automne Printemps. La vie défile…

547 jours

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Nombreuses sont les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à prendre quelque chose en photo. Certains d’entre vous s’interrogent sûrement déjà face à celle-ci. Des barrières, ok, des arbres, bien, une maison, pourquoi pas. Au final, visuellement, rien de réellement transcendant. J’en ai bien conscience et là n’est pas le plus important. Tout simplement parce que cela ne se joue pas à ce niveau. D’ailleurs, cinq ans après l’avoir prise, cette photo continue à me faire sourire. La faute à un bête jeu de mots comme j’en raffole. Et quand il se fait par l’intermédiaire d’une image, c’est le jackpot… Car voyez-vous, j’ai pris cette photo à Chicago, et cette maison rouge partiellement dissimulée par les arbres avec laquelle il convient de maintenir une certaine distance n’est autre que la … baraque d’Obama ! Oui, je sais, il m’en faut peu pour être heureuse vraiment très peu, je sais me satisfaire du nécessaire, mais citez moi un autre nom de président – même ex – avec lequel ça fonctionne aussi bien ! Bah voilà…

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