Photo-graphies et un peu plus…

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Peut-être l’avez-vous remarqué mais j’ai beau être rentrée depuis bientôt deux semaines, j’ai finalement très peu illustré ces textes quotidiens par des images réalisées depuis. Pourtant, lors de mes sorties, qui, elles, se sont espacées – par deux fois, je n’ai pas ressenti le besoin de sortir pendant 2 jours de suite –, j’ai bien mon appareil photo en bandoulière, prête à déclencher le cas échéant. Je ne le fais que très rarement. Car, comme je l’ai écrit la semaine dernière, c’est le côté oppressant et contre nature de la ville que je continue à voir depuis mon retour. Et c’est ce qui finit par entrer dans ma boîte – encore que, finalement, je me suis aussi rapidement épargné ce genre d’images : des photos de chantiers d’immenses bâtiments aux façades éventrées laissant voir leurs entrailles climatiques, électriques, aqueuses en cours de greffe, des tubes, du métal, du béton et du verre partout, comme des corps malades et encore inertes, raccordées à une vie artificielle, alors qu’en Ile-de-France, il y avait, fin 2018, déjà 3,2 millions de mètres carrés de bureaux vides (1). Certes, depuis quelques années, face à cette ineptie, les programmes de transformation d’une partie de ces espaces vacants en logement se multiplient, mais le plus simple ne serait-il pas de s’interroger en amont sur la pertinence de lancer de tels chantiers ? Par conséquent, je ne veux pas utiliser ces photos. Ceci dit, peut-être serait-ce l’occasion de le faire aujourd’hui. Nous verrons à la fin de l’étape d’écriture, c’est en général à ce moment là que je réfléchis à la photo que je vais utiliser.

Dans la continuité de cette remarque, quand je lis que les plages sont toujours fermées et le seront peut-être jusqu’à cet été – on peut pourtant se sentir très très seul sur les immenses plages atlantiques –, que les chemins, sentiers, forêts, parcs, lacs, rivières le sont aussi, que des drones et des hélicoptères sont mobilisés pour traquer, en collaboration avec des motards au sol, les randonneurs en montagne – entre 816 et 1690 € de l’heure de vol d’un hélicoptère selon le Sénat soit a minima entre 6 et 13 contraventions par heure si l’on part du principe, faux, que là se limitent les coûts (2) –, j’ai l’impression que c’est la Nature elle-même qui est visée. La Nature, qui n’est pas unique loin s’en faut, dans ce qu’elle offre de liberté, de bien-être, de joie, de respiration, de fuite aussi, où l’on se promène, médite, se repose, contemple, se détend, se ressource, observe, ressens, se reconnecte à plus grand que soi, au sacré, se réfugie, aime, s’éveille, s’initie…

« Aucun homme n’a jamais imaginé à quel point le dialogue avec la nature environnante affectait sa santé ou ses maux » écrivait Henry David Thoreau (le revoilà !). Ces derniers mois, combien de livres, d’expositions, de conférences, sur les bienfaits de la Nature en général, des arbres en particulier ? Combien de recherches, sérieuses, se concluant par le fait que notre santé est intimement liée à notre rapport à la Nature, que ses bienfaits augmentent avec le temps passé à l’extérieur (à partir de 2h par semaine serait un minimum a priori) ? « Un rapport privilégié avec la Nature non seulement initie à une autre « façon » de la voir (Gould, 2001), mais surtout constitue une rencontre avec soi-même (Ormiston, 2003), un retour sur soi bénéfique. Il permet dans certains cas une véritable transformation de soi » écrivaient en 2011 les sociologues Stéphanie Chanvallon et Stéphane Héas (3). L’accès à la Nature, « responsable » bien sûr – c’est le nouveau mot à la mode –, alors que nous traversons une situation d’enfermement non naturelle, ne serait-ce pas un moyen de nous aider à mieux la vivre ? Sous prétexte qu’un éventuel accident mobiliserait des moyens logistiques plus utiles à la lutte contre le coronavirus, l’Etat percevrait donc cette Nature – pas plus dangereuse qu’une casserole d’eau bouillante renversée sur le visage ou qu’une malencontreuse rencontre avec un camion sur un passage piéton – vers laquelle nous tendons instinctivement, comme une menace. Pourquoi ? Est-ce « juste » de l’infantilisation, car les Français ne savent pas se tenir ? Y a-t-il une volonté calculée de ne laisser aucun répit aux citoyens en leur interdisant ces évasions salutaires ?

Je m’étais pourtant encouragée à essayer de ne pas chercher à comprendre ce qui, de mon point de vue, n’avait pas de sens… Mais pas de m’interroger, donc tout va bien ! Je cherche cependant des références historiques et solides allant dans le sens de l’hypothèse que cette conjonction d’interdictions me fait formuler, à savoir cette perception négative et quasi subversive de la Nature par l’Etat de droit. La Nature, par opposition – simpliste et rapide – à la ville, dans les fictions, c’est l’endroit où se réfugient les groupes de résistants, les rebelles qui veulent échapper au pouvoir autoritaire et dictatorial en place, à un système sans valeur à leurs yeux, d’où ils renaissent ou organisent la riposte. Des exemples de genres très variés ? Fahrenheit 451,Les fils de l’homme, The Lobster, Robin des bois, Captain Fantastic… En quête d’une référence sur Minority Report, l’adaptation faite par Spielberg d’une nouvelle de Philip K Dick, je relis des passages de mon mémoire rédigé il y a 15 ans sur la représentation des manipulations génétiques et du clonage dans le cinéma américain de 1986 à 2005, et la façon dont ils questionnent l’humanité. Un prétexte, presque, pour me pencher sur un tas de sujets satellites comme le profil des sociétés dans lesquelles ces histoires émergeaient, la montée des inégalités sociales, les rapports homme-femme, les relations entre science et religion, la virtualisation des rapports humains au service d’une manipulation collective, la désexualisation purificatrice et prophylactique de la société… et il me semble que je parcours un livre d’Histoire, tant tout ce que j’y décris – sur la base de mon corpus de films de l’époque donc – s’est vérifié depuis… Je connais la force et la puissance de l’anticipation mais c’est toujours surprenant de constater à quel point l’humanité semble suivre un scénario déjà écrit depuis longtemps.

Ah voilà une piste intéressante (merci Coralie !). Dans l’essai « Fugitif, où cours-tu ? », l’anthropologue Dénètem Touam Bona  écrivait en effet : « la forêt est un espace strié de toutes parts, mais ses stries sont celles du zèbre, celles d’une tenue de camouflage. Longtemps, les forêts européennes abriteront proscrits, brigands, outlaws (figure de Robin Hood), bandes et minorités en rupture de ban, de sorte qu’en Occident la lutte contre les illégalismes et jacqueries populaires prendra souvent la forme d’une déforestation » (4). En est-on toujours à raser les forêts pour y voir plus clair et traquer les hors-la-loi, comme tendrait à nous le faire penser la manière dont les pouvoirs publics appréhendent les ZAD ? La réponse est-elle dans la question ?

  1. http://www.driea.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/document_synthese_-_septembre_2019_-_web_.pdf
  2. https://www.lepoint.fr/societe/gilets-jaunes-les-helicopteres-ont-deja-coute-un-million-d-euros-22-03-2019-2303127_23.php
  3. https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2011-4-page-355.htm
  4. https://www.cairn.info/fugitif-ou-cours-tu–9782130735571-page-79.htm

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Hier soir, avant de me coucher, j’ai invité mon inconscient à retourner chercher la voiture que je n’ai pas (cette première phrase est bien moins étrange qu’il n’y paraît quand on a lu l’épisode 9). Figurez-vous que je l’ai trouvée, mais que deux nouveaux obstacles se sont intercalés entre elle et mon désir d’évasion : d’une part, la clé que j’avais ne semblait pas correspondre à la serrure et d’autre part, elle était tellement bien coincée entre deux autres voitures que je n’aurais jamais réussi à la sortir de sa place. Comme quoi, trouver ce que l’on croit chercher n’est pas forcément un gage de réussite ! J’en déduis donc qu’il me faut rester ici. Et appréhender l’attente autrement.

Savez-vous de combien de temps nous avons besoin au réveil pour savoir où, quel jour et qui nous sommes ? Certains – j’ai même des noms ! – me lanceront que cela dépend de ce que nous avons fait la veille ou pendant la nuit… Envisageons donc un comportement sans excès, une nuit simple ou une simple nuit. Je cherche la réponse depuis tout à l’heure et je ne trouve pas. Je ne trouve pas car je ne sais comment poser la question efficacement à mon moteur de recherche pour qu’il me propose autre chose que des articles sur le nombre d’heures de sommeil nécessaire pour être en forme, sur des méthodes pour me souvenir de mes rêves ou sur les troubles du sommeil… Bon, ai-je vraiment besoin d’avoir un chiffre précis pour continuer ? Non. Alors, je poursuis.

Disons qu’a priori, sauf si vous êtes sujet à des formes d’ivresse du réveil, cela se fait « rapidement ». « Rapidement », cela ne veut rien dire, c’est vrai. C’est du même acabit que lorsque le Ministre de la Culture a annoncé que les « petits » festivals pourront reprendre après le 11 mai. « Petits », c’est-à-dire ? Tout est relatif, tout est subjectif dans ce monde. D’ailleurs, je me demande pourquoi le mot « objectif » existe alors que l’objectivité n’existe pas. C’est un peu bête ce que j’écris, le dictionnaire est plein de chimères… Par exemple, le fait que Princesse Leia soit un personnage de fiction l’empêche-t-elle d’exister dans le réel ? Quid alors des personnes, réelles, qui endossent son costume pour aller voir Star Wars ou se rendre à une convention cosplay ? En les voyant, ne nous disons-nous pas : « Oh, c’est Princesse Leia ! ». Preuve qu’elle existe bel et bien… N’est-ce pas là un incroyable pouvoir de la création et de l’art ?

Bref. Sommé de préciser sa pensée, voilà ce qu’a répondu le monsieur au Sénat : « un petit festival rural, avec une scène, un musicien et 50 personnes qui sont à un mètre les unes des autres, sur des chaises, qui ont un masque et, en entrant sur le site, la possibilité de bien se laver les mains avec des produits spécifiques, on pourra tenir ces festivals-là » (1). Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ! Bon. Dans le « même » esprit, j’ai lu que les ciné-parcs – chacun dans sa voiture devant l’écran, pas sur un transat avec sa petite couverture comme chaque été à La Villette à Paris – ressuscitaient dans certains pays grâce au coronavirus. Ce qui, esprit d’escalier oblige, me fait penser à l’étonnante et très belle série d’un copain photographe, Cyril Abad, sur une église drive-in en Floride aux Etats-Unis, où les fidèles, sans sortir de leur voiture, écoutent le sermon du pasteur en se calant sur la station « Les disciples du Christ » de leur autoradio, le tout, depuis la pelouse d’un ancien … cinéma en plein air (2). Nous y sommes presque !

Oups, je crois que je me suis égarée… Le réveil donc, un réveil naturel, sans réveil strident, sans cri d’enfant, sans sirène de police, un réveil en douceur donc… Partons sur quelques microsecondes, au pire quelques secondes, avant de resituer correctement la pièce et l’espace dans laquelle elle se trouve, de comprendre que la main qui s’avance naturellement de votre visage pour le frotter est bien la vôtre, d’éventuellement reconnaître la personne à vos côtés ou plutôt de reconnaître la personne éventuellement à vos côtés… C’est un peu comme la ponctuation – on mange, les enfants ! / on mange les enfants ! –, l’ordre des mots est important. Donc, certains matins, pendant ce très court laps de temps, combien sommes-nous à avoir oublié que le monde est plongé dans cette CDI (Crise à Durée Indéterminée) ? Pendant ce laps de temps où je jouis d’une liberté totale (une illusion, ce dernier point, mais faisons comme si), je me surprends à penser à la toile que je pourrai aller voir le soir venu, avec des amis, dans mon cinéma de quartier, et le repas que nous partagerons après. J’ai 4 mois de retard, sachant que les sorties ne sortent plus depuis 1,5 mois et, que, sans doute, plus rien n’est d’ailleurs tourné (ce qui me fait penser à mes amis intermittents…)… Et puis, plouf, patatras, le répit s’achève et tout revient d’un coup : la pandémie, le fil à la patte, la cacophonie, le flou. Mais voilà qu’un grand sourire et des yeux rieurs s’approchent de moi. J’en oublie alors mon oubli pour ne me souvenir que de l’essentiel…

(1) https://www.ouest-france.fr/culture/coronavirus-franck-riester-evoque-la-tenue-de-petits-festivals-le-desarroi-des-professionnels-6809882
(2) http://www.cyrilabad.com/projects/projects/the-drive-in-christian-church-in-god-we-trust/

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Vous propose-t-on, à vous aussi, lorsque vous naviguez sur Internet, des publicités pour des masques en tous genres, chirurgicaux, à deux plis, ffp3, antipoussière avec soupape, à visière – même teintée, pour voir la vie en rose peut-être –, ffp2, à usage unique, en tissu lavable, afnor, en tissu homologué, en wax ? Je n’ai jamais été aussi au fait de l’étendue de l’offre de masques ! Et j’imagine bientôt la récupération : « Ce masque bien sous tout rapport vous a été offert par Seforhein ! » ou « Pour deux tablettes de chocolat Côte d’Argent achetées, un masque comestible offert ! ». Je vous l’accorde, cela ne vous protègerait pas réellement – ni les autres –, mais ce serait amusant. Un peu comme de manger une glace en plein été !
Qui a salivé en pensant au chocolat ? Je vérifie simplement un point sur les neurones miroirs que j’avais mentionné il y a quelques jours ou semaines, je ne sais plus, en évoquant le bon pâté du Périgord planqué au fond de la dernière étagère de mon placard que je me ferais un plaisir d’ouvrir en rentrant. Si vous voulez tout savoir, comme le lance Sally à Harry lors de leur trajet Chicago-New York, et bien, nous l’avons ouverte. D’ailleurs, je vais me chercher un morceau de chocolat.

Ah, et sinon, je viens de visualiser le masque que pourrait proposer la marque au swoosh, la virgule à la hauteur de la bouche – pour un sourire permanent, de biais, mais sincère… je suggère, de ce fait, une mutualisation des coûts avec UltraDark – et un nouveau slogan pour l’occasion : « Just keep it! ». A ne pas confondre avec « Just skip it » – « Passez votre chemin » –, en s’associant avec une marque de lessive, qui pourrait cependant avoir du sens dans une perspective de généralisation à long terme de distanciation sociale.

A ce propos, je m’étonnais l’autre jour que mon smartphone se soit aussi rapidement adapté à la situation en me proposant d’emblée, lorsque je compose mes messages, les mots pandémie, coronavirus, confinement, autorisation spéciale d’absence, télétravail, covid-19, apocalypse, chloroquine, rapatriement, dystopie, ambassade (pas de lien de causalité entre ce mot et le précédent), lockdown (parce que j’ai pris le tic de mélanger français et anglais dans certains de mes messages… non, c’est pas vrai), déconfinement, quarantaine, masque, attestation de déplacement dérogatoire, nouvel ordre, nouveau monde, l’après… D’ailleurs, j’attends avec impatience l’édition du Petit Robert 2021 dans lequel vont certainement débarquer d’autres nouveaux mots et néologismes – dans les faits, tous ne le sont pas, mais ils prenaient sérieusement la poussière en pages 264, 517 et 810, ou alors n’étaient utilisés que par une faible proportion de la population, une niche comme on dit – nés de l’imagination et de la créativité prolifique des confinés en temps de pandémie : comorbidité, Sars-coV-2, période d’incubation, gestes barrières, Whatsappero, clapping, coronabdos, lundimanche, confifi, confiner, covidéprimer, zoomer, covidiot, désinfox, cluster, quatorzaine, immunité collective, corona-sceptique… Je ne sais pas comment cela se passe dans le monde des mots, s’ils sont tous là, à vouloir se hisser sur la couverture solide du dictionnaire en levant la première lettre, car ils sont bien élevés : « Moi ! Moi ! Moi ! Je veux me rendre utile ! Je veux aider les humains à s’exprimer de façon juste en cette période si complexe ! » « Qui es-tu toi, j’ai du mal à te lire, tu es très grand ? » lui lance le Gardien des Mots, qui décide également des entrées et des sorties. « Asymptomatique Maître ! » « Ah ! Tu as bien raison, ils vont avoir besoin de toi ! Mais souviens-toi que tu rassureras autant que tu effraieras ! Bon, tu es prêt, je te déconfine ! Va, vis et deviens ! »… Quelques heures plus tard en lançant une recherche sur le mot libéré, rayon Actus. 22400 occurrences : « L’énigme des personnes asymptomatiques », « Environ 25% des personnes infectées seraient asymptomatiques », « Ces asymptomatiques qui vous entourent », « Les personnes asymptomatiques seraient aussi contagieuses que les autres », « Quatre infections sur 5 seraient asymptomatiques selon une étude »… Ce qui, je suis d’accord, n’est pas compatible avec un titre précédent tablant plutôt sur 1 cas sur 4. Mais sommes-nous réellement à une contradiction près ?

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J’ai commencé ma journée à essayer de comprendre d’abord, puis résoudre une énigme urssaf arrivée dans mes spams, imaginant rapidement que l’équation urssaf + confinement en Nouvelle Zélande risquait de m’entraîner dans un délire un peu kafkaïen ou Brazilesque m’épuisant d’avance – y a-t-il une formule plus officielle pour se référer au film culte de Terry Gilliam ? –. C’est fou d’être à l’autre bout du monde et d’être ainsi rattrapée par cette réalité administrativo-pratique, dont, évidemment, je suis totalement déconnectée. Ceci dit, conformément au 3eaccord toltèque, je me garderais de faire des suppositions quant à la suite ! Nous verrons.

En fait, non, j’ai commencé ma journée en allant sur le site d’Objectif3280 pour compter et admirer les échos postés pendant ma nuit sur cette 5eGénération qui s’achève demain mercredi à 10h – sirène du premier mercredi du mois : ceci est un message pas du tout subliminal destiné aux personnes situées à l’intersection du cercle des lecteurs de ces posts et de celui des participants au projet qui n’auraient pas encore posté leur écho –. Un peu comme si je croyais encore au Père Noël et que je me précipitais vers le sapin au matin du 25 décembre pour découvrir mes cadeaux. Quelle joie donc de constater, qu’à nouveau, les branches de l’arbre – avec Objectif3280, nous créons en effet un arbre écho-photographique – poussent vite et poétiquement, et que, grâce aux anciens qui se muent en ambassadeur de choc, de nouveaux participants y grimpent gaiement !

Mais ce matin, j’ai aussi lu que le confinement en France était prolongé jusqu’au 11 mai et cela me coupe un peu dans mon élan d’écriture légère. Cela a beau être une date précise – sûrement mieux psychologiquement que le flou –, c’est aussi une durée – longue, quasiment un mois supplémentaire, autant que ce qui est déjà derrière vous. Et je me dis que ces prochaines semaines risquent d’être difficiles pour certains, pour beaucoup même sans doute. Je pense d’abord à ma famille, à mes amis bien sûr, puis à mes connaissances et aux amis d’amis, et plus généralement, à tout le monde, un peu comme si je préparais une campagne de crowdfunding.

Comment sort-on de deux mois de confinement, que Boris Cyrulnik a qualifié de « situation d’agression psychologique » il y a quelques jours (1), et comment accepte-t-on, dès aujourd’hui, un déconfinement progressif qui, à nouveau, semble échapper à une certaine forme de cohérence et soulève déjà l’opposition et le rejet ? Je ne vais pas refaire, comme il y a 2 ou 3 jours, de liste à la Prévert version psycho de la foule de questions qui vont se poser prochainement, mais, depuis ma lointaine cabane à Wellington, je pense à vous, très sincèrement, et j’espère que chacun aura les ressources – morales, psychologiques, physiques, matérielles… – pour vivre le plus sereinement possible ces prochaines semaines.

C’est bête comme réflexe, car une négation vaine de la flèche du temps, mais je me demande, à la lumière de la stratégie adoptée par d’autres pays qui s’en sortent mieux aujourd’hui, si les choses auraient pu être différentes en France. Mais il ne sert à rien de refaire le monde à l’envers… En revanche, demain est toujours une page blanche, et même s’il peut être complexe, en ce moment, de penser global et d’avoir une approche holistique de la situation, je me permettrai, pour finir, de citer Edgar Morin : « Alors qu’aujourd’hui, du Nigeria à la Nouvelle-Zélande, nous nous retrouvons tous confinés, nous devrions prendre conscience que nos destins sont liés, que nous le voulions ou non. Ce serait le moment de rafraîchir notre humanisme, car tant que nous ne verrons pas l’humanité comme une communauté de destin, nous ne pourrons pas pousser les gouvernements à agir dans un sens novateur ». Par quoi commençons-nous ?

(1) https://www.franceculture.fr/emissions/confinement-votre/boris-cyrulnik-on-est-dans-la-resistance-pas-encore-dans-la-resilience
(2) https://lejournal.cnrs.fr/articles/edgar-morin-nous-devons-vivre-avec-lincertitude

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Voilà, cela fait une semaine que la Nouvelle Zélande est confinée sur les quatre prévues. Tous les jours à 13h, avec un souci extrême de transparence, un ou plusieurs membres du gouvernement donne(nt) une conférence de presse pour faire le point, très humblement et très factuellement, sur la situation sanitaire du pays ainsi que sur les nouvelles mesures prises depuis la veille concernant les aides aux entreprises et travailleurs, le soutien aux personnes en situation de précarité, les déplacements autorisés, les plaintes pour non respect du confinement (un site internet a été créé par la police pour les recueillir), l’approvisionnement des supermarchés, l’après lockdown…

L’avantage de la Nouvelle Zélande sur beaucoup d’autres pays est d’avoir été touchée par le coronavirus plus tardivement. D’une certaine manière, et indépendamment de sa singularité d’île qui appelle des contraintes spécifiques – ce matin, je me demandais d’ailleurs s’il existait d’autres pays à être ainsi coupés physiquement en deux parts égales et là, tout de suite, maintenant, alors que j’écris ces lignes, je réalise qu’en rendant ses frontières peureuses et non plus poreuses, chaque pays était en train de devenir une île sans le concours de la tectonique des plaques –, c’est comme si la Nouvelle Zélande était toujours dans le passé tandis que différents futurs potentiels avaient déjà émergé un peu partout ailleurs. Avoir un peu de temps devant soi permet souvent de réfléchir différemment, idéalement plus posément. Et ainsi, idéalement encore, de prendre des décisions plus sereinement, modulo le stress inhérent à cette situation extra-ordinaire. Grâce à vous, par exemple, il n’y a pas de pénurie de papier toilettes ici ! Grâce à vous, les quarantaines des nouveaux arrivants ont été décidées tôt, limitant très certainement la transmission communautaire ! Grâce à vous, le confinement a été décrété avant que la situation ne devienne incontrôlable sur une île de 5 millions d’habitants ! Grâce à vous, les tests se mettent en place plus rapidement ! Grâce à vous, les soignants, les personnels des supermarchés, ceux continuant à travailler bénéficient de mesures de protection (EPI, vitres de protection, produits désinfectants…). Grâce à vous, un soutien psychologique a été mis en place pour épauler les personnes vivant mal le confinement pour une raison ou une autre. Et il y a sûrement plein d’autres exemples (et puis, aussi, des manques, n’idéalisons pas trop non plus : plus de gel depuis des semaines, plus de masques non plus pour le grand public). Comme quoi, être dernier, ou presque, n’est pas toujours une tare…

Donc, hier, il y avait 797 cas confirmés dont 74 probables, 13 personnes à l’hôpital dans un état stable, un décès (survenu ce week-end). Plus de 80% des cas sont liés à un voyage à l’étranger ou à un contact avec une personne ayant voyagé à l’étranger, sachant que ces dernières étaient tenues de se mettre en quatorzaine depuis mi-mars, et que les deux tiers des cas (je n’ai pas le chiffre précis à disposition) ont été déclarés depuis l’instauration du confinement. Vous pensez sûrement que c’est peu au regard de ce que vous vivez. Je suis d’accord avec vous. Pourtant, nous guettons jour après jour les nouveaux chiffres, en essayant vainement de les interpréter, « c’est plus qu’hier mais ils font aussi plus de tests donc c’est logique », « c’est moins qu’hier, ça va se tasser, c’est bon signe »… Certes, cela ne sert pas à grand chose pour le moment de tirer des conclusions d’un système à plus d’inconnues que d’équations, mais difficile de se tenir éloigné des chiffres. A leur manière, et en partant du principe qu’ils ne sont pas truqués, déchargés de tout affect, ces chiffres aident à contenir son imagination. D’ailleurs, les chiffres du jour viennent tout juste d’être partagés (je mets du temps à écrire ces textes…) : 49 nouveaux cas confirmés et 22 probables. Contre 74 / 13 hier. Je n’en tirerai aucune conclusion.

Quid de ma vie de confinée ? Eh bien, tout va bien ! D’autant que tout se passe calmement ici à Wellington. Par ailleurs, en tant qu’indépendante travaillant à domicile depuis des années, je dispose d’un entraînement solide face à l’immobilité relative et à l’incertitude du lendemain ! Passer de mon bureau au salon à la cuisine à la salle de bains aux toilettes à la fenêtre au canapé au bureau à la chambre au bureau à la fenêtre, j’ai l’habitude ! Y rester des jours à travailler en ne sortant que pour aller remplir le frigo ou faire un petit tour, j’ai aussi l’habitude. Ces classes préparatoires ne m’ont pas empêchée d’être saisie par une irrationnelle et temporaire angoisse au 2e jour du confinement. Je l’ai sentie envahir mon esprit sans préavis et envoyer ses mauvaises ondes à mon corps : tout d’un coup, j’ai eu peur de l’enfermement, d’être coincée à l’intérieur, de ne pouvoir sortir, prendre l’air, m’aérer, respirer, me déplacer librement, j’ai pensé qu’après 2,5 mois en pleine nature, à flirter gaiement avec les grands espaces terrestres et célestes, la transition était trop rude, que je n’allais pas pouvoir passer du jour au lendemain des « confins des sphères étoilées »* au cocon de mon canapé déplié. Et puis, j’ai compris que je réagissais ainsi parce que cette décision était imposée par l’extérieur, par d’autres (comme tous ces gens qui se sont soudainement mis à faire du jogging au moment même où l’on demandait à chacun de limiter ses déplacements) alors même que, en pratique, cela ne bousculait pas fondamentalement la vie que je m’imposais personnellement par moments. Et, j’ai réalisé que j’avais une cour à disposition pour quelques pas, pour un café dehors (même si l’automne et l’hiver arrivent) et même un olivier au coin là. Et aussi que la forêt était à 5 minutes à pied et que, par chance, le gouvernement néo-zélandais n’empêchait pas les gens de sortir de chez eux, et demandait seulement de prendre des précautions et de rester dans son quartier. Alors, la tension est descendue, je m’étais fait peur toute seule. J’ai pensé à la marche que nous allions faire l’après-midi, après notre déjeuner comme un rituel vieux de mille ans où l’unique règle est de ne pas parler de la pandémie. J’ai pensé à l’odeur des pins et des eucalyptus que nous allions pouvoir humer, à ces grands géants protecteurs tapissant la colline, à ces sentiers que nous allions connaître par cœur à force de les parcourir, et l’angoisse s’est évanouie. Naturellement. Jamais, je n’ai été aussi heureuse et rassurée d’être aussi proche des arbres…

* Bout de vers du poème Elévation de Baudelaire que j’ai déjà cité il me semble

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Hier, après avoir lu ma prose d’il y a quelques jours, une très très très bonne amie m’a envoyé une recette de gâteau au chocolat sans farine… Comme quoi, tout problème a sa solution ! Maintenant, reste à trouver du chocolat de ménage ! Ah ah ah !

Hier, j’ai aussi reçu un mail d’EasyJet me disant : « Bonjour Lou, Et si ce n’était que partie remise ? » puis en corps 32 au moins : « Jusqu’en février 2021, toutes les destinations à 39,60 euros. Mais pas pour longtemps ». L’offre valant pour des vols à partir de fin octobre. Evidemment, « on » se dit qu’en octobre, donc dans 7 mois, – une éternité non ? – la vie aura repris son cours « normal ». Alors même que les épidémiologistes s’accordent à dire que rien n’est moins sûr, que de nouvelles vagues de contamination touchent des pays où la situation s’était un peu améliorée, et que l’épidémie se développe, avec un peu de délai, dans d’autres jusqu’alors plus ou moins épargnés ou surveillés. Mais surtout, que signifie « normal » ? Est-ce « comme avant » quand cette pandémie nous montre, par les faits et non plus par les mots puisque ce n’est qu’en étant touchés directement et maintenant que nous semblons saisir et comprendre, à quel point le « avant » était bancal et non viable à long terme, aussi bien pour la planète que pour ses habitants ? L’« après » sera assurément différent, non ? Je n’y ai pas encore suffisamment réfléchi pour aborder ce point ici… Et même s’il est important de penser à l’après, sans savoir dans quelle temporalité nous l’imaginons, je préfère me concentrer sur aujourd’hui.

Voilà qui me fait penser à l’une des nombreuses blagues qui circulent actuellement sur les réseaux, histoire de décompresser un peu… Il s’agit d’un tableau rempli de lettres mélangées comme on pouvait en voir en temps antépidémique avec une consigne du style : les 3 premiers mots que vous lirez résument votre année à venir etc. Sauf que, dans le tableau du jour, qui doit prédire où vous allez aller en avril, les seules lettres sont N O W H E R E, dans cet ordre et quelle que soit la combinaison de lecture testée. Et étrangement, je n’ai pas lu nowhere – « nulle part », comme beaucoup de personnes ayant commenté le post –, mais now here. Ce qui ne veut pas du tout dire la même chose et serait même, à nouveau, une injonction à vivre au présent. Tout est toujours une question de perspective, de regard que l’on porte sur les choses, même communes. Now Here, ici et maintenant, carpe diem… Cela me refait penser au film de Peter Weir, « Le cercle des poètes disparus », vu à l’époque de sa sortie et qui a assurément marqué mon adolescence et celle vers qui je suis allée. Je souhaitais le citer l’autre jour mais je l’ai finalement zappé. Par autocensure je crois. Parce que, l’appel à la liberté énoncé par John Keating, le professeur de lettres, à profiter de l’instant présent, à regarder la vie sous différents angles en prenant de la hauteur, à aller vers soi, appel qu’embrassent certains de ses élèves, leur permettant d’atteindre ainsi une certaine forme d’éveil et d’élever leur conscience, ne saurait faire oublier le suicide de l’un d’eux, car tout le monde n’est pas prêt à entendre que la vie peut être différente, a fortiori à changer… Qu’il me revienne à l’esprit n’est sûrement pas anodin, et cette fois-ci, je ne fais pas de rétention d’information.

Breaking news : la personne adorable qui nous loue son appartement à Wellington nous envoie tout à l’heure ce texto : « you can also use the flour and backing products in the cupboard for baking » Ce à quoi je réponds dare dare : « did you read my lockdown story?? :-) ».  « Yes :-) »… Bref, nous avons de la farine !! Le gâteau se rapproche de nous !

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L’automne s’installe à Wellington. Il a plu une bonne partie de la journée et ça continue. Encore et encore. Le monde tourne à l’envers, dans tous les sens du terme !

D’abord, pour ceux qui me lisent tous les jours, sachez qu’aujourd’hui, le gouvernement néo-zélandais a décidé de suspendre les vols liés aux « rapatriements » – officiels ou pas -, le temps de mettre en place une solution sécurisée pour acheminer les candidats au départ à l’aéroport. C’est louable de leur part. J’imagine que les vols commerciaux de Qatar Airways évoqués hier entrent dans cette catégorie. Je pense à ceux qui, malgré le prix, ont acheté leur billet en pensant tenir là une solution de retour assurée… Et au stress que cette nouvelle donnée doit générer. Parfois, il me semble plus sain et plus simple de ne pas lutter, mais d’accepter pour pouvoir s’adapter au mieux et plus vite, et ainsi rebondir sans secousse. Je crois que nous l’apprenons tous par l’exemple d’une manière ou d’une autre, et à des échelles variées.

Par ailleurs, les deux îles sont désormais coupées l’une de l’autre. Evidemment, elles l’étaient géographiquement. Mais désormais, plus de ferry, plus d’avion entre elles. (Comme nous avons bien fait de rentrer plus tôt !) Tant pis pour ceux qui n’ont pas regagné leur home sweet home dans les temps ! Tant pis pour ceux qui trekkent actuellement en pleine montagne, coupés du monde car sans réseau tout en lui étant intimement connecté – et ces zones sont loin d’être rares en NZ, même sans montagne –, et qui, en en sortant, vont découvrir le confinement et tout ce qui en découle. Un quatuor l’a vécu cette semaine même…

Depuis hier, chacun sur son île ! C’est singulier, une île. Par essence, n’est-ce pas déjà une forme de confinement, une île ? Je suis souvent allée à leur rencontre dans mes voyages, plus peut-être même que de continents. Pourquoi ? J’envisage cette question comme une énigme sérieuse et atemporelle à résoudre, même si, pour l’heure, je n’ai pas vraiment de piste ni d’idée. Enfin, si, j’en ai une, peut-être étais-je matelot sur une caravelle dans une vie antérieure, à l’époque des Grandes Découvertes ?

Mais revenons à des choses plus terre à terre pour l’instant ! Aujourd’hui, nous sommes allées nous ravitailler au Nouveau Monde. A 15-20 minutes de marche de notre appartement. Quasiment aucune voiture sur le trajet, une poignée de bus vides conduits par des chauffeurs masqués, des solos ou duos de piétons ici et là, – mais pas de quoi déclencher une crise d’ochlophobie ! -, allant / rentrant de leurs courses ou se promenant. Car, et c’est là notre salut : nous – le foyer – pouvons marcher, faire du vélo, aller à la plage, sortir le chien sans attestation papier à brandir, sans limite fixe de temps et, dans un rayon, certes local, mais non kilométré… Pour l’heure, le bon sens et la confiance sont de mise, la consigne étant : si vous croisez des gens, conservez une distance de 2 mètres entre vous. Ce qui est scrupuleusement respecté et se traduit par de drôles de ballets, des changements inopinés de trottoir, des arrêts intempestifs aux coins de rues – alaaarrrrmmmmeeee ! un autre être humain, que faire ? -, des changements de rythme, des déviations peu naturelles sur les sentiers… Que restera-t-il de ces stratégies d’évitement après tout cela ? En attendant, c’est surtout le silence qui domine lorsque l’on chemine dehors. A tel point qu’avant-hier, en allant faire notre marche quotidienne en forêt, nous chuchotions. De peur de gêner le silence…

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Les égarés

La tâche n’avait pas été facile, mais Damien avait fini par céder aux exhortations répétées de Nora. Après tout, que risquait-il ?  Un soir, elle était rentrée avec ce large sourire qui clamait qu’elle avait une idée derrière la tête. Souvent, c’était de bonnes idées ; aussi son appréhension avait-elle diminué avec le temps. Cette fois-ci, il s’agissait de les inscrire à une journée « mystère » ! C’était plutôt sec comme information, et annoncé ainsi, cela faisait même un peu pub des années 80 ayant mal vieilli. Comme certains films ou albums de musique adorés à l’époque de leur sortie dans lesquels l’on se replonge des années après sans être pourtant capable de les finir tant ils sont trop emprunts d’un passé qui a définitivement disparu et qui, désormais, apparaît ringardisé.

Bref, Virginie, une amie de Nora, venait de lui parler de la journée « mystère » à laquelle elle avait récemment participé et elle en était encore toute abasourdie ! Elle ne rêvait que d’une chose, en refaire une autre ! Sauf que le règlement intérieur l’interdisait. Tout participant devait en effet attendre 8 mois avant de pouvoir s’inscrire à nouveau. Toutefois, cette durée pouvait être réduite s’il parrainait de nouveaux entrants… Ce qu’elle était en train de faire. Nora s’était contentée de lancer des superlatifs et n’avait pas voulu dire de quoi avait été exactement composée cette journée si spéciale, arguant par ailleurs que cela ne servait à rien car chaque journée était différente et élaborée selon les profils de ceux qui allaient en faire partie. L’important était simplement de savoir que c’était ab-so-lu-ment gé-nial. Il n’en avait pas fallu beaucoup plus pour convaincre Nora.

Et ce mardi matin, alors qu’ils étaient réveillés depuis 32 minutes exactement, ils avaient tous deux reçu un texto énigmatique leur annonçant que c’était le grand jour – ils n’avaient qu’une vague idée de la période jusqu’à lors – et leur indiquant un premier lieu de rendez-vous, sachant qu’ils seraient ensuite conduits collectivement à leur destination finale par les organisateurs. Evidemment, tout moyen d’enregistrement était strictement prohibé. Et si Nora avait parfaitement respecté la consigne, Damien, lui, avait glissé un petit téléphone dans sa poche. Malheureusement, il avait été repéré très rapidement et son téléphone lui avait été confisqué… La seule image qu’il avait pu faire et envoyer à Virginie était celle-ci, alors que tous les participants à cette fameuse journée « mystère » – dont on ne voyait ici qu’une partie – avaient été emmenés en forêt et devaient, avant toute chose, se vêtir d’une combinaison d’un blanc immaculé. Elle n’en saurait de fait pas plus… Et ils n’avaient jamais voulu en reparler après.

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- Bon, Balisto, arrête de sauter comme ça ! Tu vas te faire repérer !

- Mais je veux voir !

- Que veux-tu donc voir ?

- Je veux voir comment c’est, la vie, quand on a évolué !

- Ah… Et bien, tu vois, ils veulent tous retourner à l’eau !

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Etat d'esprit

Il paraît que les gens peuvent être classés en trois catégories. Je déteste les cases. Mais passons. Dans cette tentative totalement décomplexée de simplification de la complexité de l’être humain, il y aurait donc les optimistes, les pessimistes et les fatalistes. Connaissez-vous l’oculométrie (eye tracking en anglais) ? C’est un petit appareil qui permet de suivre votre regard avec une très grande précision et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Je vous laisse quelques minutes pour vous mettre dans la peau d’un ingénieur en instrumentalisation, instrumentation pardon !

En tant que tel, vous avez sollicité un panel d’observateurs neutres (donc vous les connaissez tous) à qui vous souhaitez soumettre l’image ci-dessus pour challenger les hypothèses des chercheurs pour (ou avec, c’est selon) lesquels vous travaillez. En l’occurrence, que les optimistes liront l’image du coin bas gauche au coin haut droite, en suivant globalement la pente la plus forte car ils n’ont peur de rien et qu’ils se projettent déjà sur le spectacle magnifique qui les attend en arrivant au sommet de cette incroyable dune se jetant dans l’océan Atlantique plus vite qu’il y a 50 ans. Pour les pessimistes, il y a une double hypothèse – l’expérience permettra justement de les départager plus finement : d’une part, leur regard pourrait partir d’en haut pour être inéluctablement attiré vers les ténèbres en bas à gauche car ainsi va la vie dans l’esprit du pessimiste ; d’autre part, leur regard pourrait aussi partir du coin bas gauche, mais, contrairement aux optimistes, ils pourraient vouloir suivre une pente plus douce pour ménager leurs efforts et ainsi suivre la trace la plus basse. Malheureusement, ils s’épuiseraient en route – se ménager prend toujours plus de temps que se donner un coup de fouet -, jusqu’à se perdre en forêt. Ce qui ne ferait d’ailleurs qu’alimenter leur pessimisme… Quant aux fatalistes, ils feraient des allers retours visuels entre le bas et le haut, estimant que, dans tous les cas, s’il faut monter, c’est qu’il faut descendre ! Et inversement. Car c’est écrit, c’est le destin – ou une règle élémentaire de géométrie… mais tout est une question de point de vue finalement !

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