Photo-graphies et un peu plus…

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Je me demandais pourquoi, soudainement, le tigre était aussi populaire… Tout comme les chamailleurs il y a quelques jours. Sachez donc que le tigre apparaît dès la deuxième séquence du Yangjia Michuan, une variante du tai chi chuan dont la transmission est secrète. Ou presque. Il y a quand même une page Wikipédia. Donc, pour notre culture à tous, voici la séquence complète en 44 mouvements :

Enfourcher le tigre et gravir la montagne, à droite puis à gauche
Se tourner, frapper trois fois avec la paume, saisir la queue du moineau, fermeture apparente, à droite puis à gauche
Avancer et cai à droite
Demi-fouet, à gauche
Pousser la montagne dans la mer, à gauche puis à droite
Coude horizontal, à gauche puis à droite
Frapper avec le poing par-dessous le coude, à gauche puis à droite
Le singe bat en retraite, à gauche puis à droite
Faire un pas, soulever un bras et frapper au cœur avec la paume, à gauche puis à droite
Poussée vers la droite
Simple balayage du bras, à droite
Zhou et kao vers la droite, cai, zhou et kao vers la gauche
Pas en avant, frapper au cœur avec la paume, à droite
Reculer, la grue blanche déploie ses ailes, à gauche
Attraper le genou en faisant un pas, à gauche
Soulever le rideau, à droite
Chercher l’aiguille au fond de la mer, à droite
Le dragon vert surgit des eaux, à droite
Se retourner, frapper avec le poing en le rabattant sur le côté, à droite
Peng, saisir la queue du moineau et fermeture apparente, à droite puis à gauche
Avancer et cai, à droite
Simple fouet, à gauche
Les mains ondulent comme les nuages – 1re série
Simple fouet, à gauche
Avancer et caresser l’encolure du cheval, à droite ; pousser vers la droite, cai et se baisser vers la gauche puis séparer les pieds vers la droite
Reculer et caresser l’encolure du cheval, à gauche ; pousser vers la gauche, cai et se baisser vers la droite puis séparer les pieds vers la gauche
Pivoter et donner un coup de talon, à gauche
Attraper le genou en faisant un pas, à gauche
Avancer, attraper le genou et frapper l’entrejambe avec le poing, à droite et à gauche
Se retourner, se baisser et faire levier à droite
Avancer et faire levier à gauche
Frapper avec le poing par-dessous le coude, à droite
Coup de talon, à droite
Se retourner et caresser le dos du cheval, à droite
Se baisser et frapper le tigre à gauche
Tourner et frapper le tigre à droite
Lu et donner un coup de talon à droite
Le double vent transperce les oreilles, à droite puis à gauche
Lu, tourner et donner un coup de talon à gauche
Tourner et terrasser le tigre, à droite
Avancer, cycle Yin-Yang de coups de pied
Peng et frapper avec le poing, fermeture apparente, à droite puis à gauche
Croiser les mains
Reporter le tigre à la montagne (2 fois)

A répéter tous les jours, aux aurores – pourquoi met-on « aurores » au pluriel d’ailleurs, nous lèverions-nous sur plusieurs planètes en même temps ? –, et le monde de la culture devrait bien se porter pour les six prochaines années !

Sinon, avant-hier, un titre d’article a attiré mon attention. Dans un contexte où chaque pays gère son sort en vase clos, frontières fermées à la clé pour une durée indéterminée, j’ai trouvé qu’il y avait là un bel espoir que certaines choses évoluent. Le titre ? « En mémoire de la Grande Famine, les Irlandais au secours des Amérindiens touchés par le Covid-19″ (1). J’apprends tout, ou presque, en lisant cet article relayant cette étonnante et heureuse solidarité qui défie le temps et l’oubli : la Grande Famine en Irlande en 1845, due au mildiou, qui a fait plus d’un million de morts entre 45 et 52 ; la migration de 2 millions d’irlandais vers des contrées moins hostiles ; l’élan de solidarité international face à « l’une des premières crises alimentaires médiatisées ». Elan auxquels ont participé les Choctaws, une tribu améridienne du sud-est des Etats-Unis en faisant un don de 170 $ à l’époque (l’équivalent de 5 000 $ aujourd’hui). Comme les Choctaws l’expliquent eux-mêmes sur leur site (2), ce don était en partie motivé par l’exode forcé que la Nation avait elle-même subi quelques années auparavant, obligeant, dans le contexte de l’Indian Removal Act, 20 000 personnes à abandonner le Mississipi pour rallier Oklahoma pendant que leurs terres étaient transmises à des colons européens. Cette transhumance de près de 1 000 km a été baptisée Piste des larmes (Trail of tears). Un geste que n’ont pas oublié les Irlandais et qui a scellé des liens indéfectibles entre les deux groupes… Et aujourd’hui, alors que les nations Navajo et Hopi sont parmi les populations les plus touchées aux Etats-Unis du fait de leur grande précarité et ont lancé une campagne de dons pour organiser leur prise en charge locale – les Amérindiens ne seraient par ailleurs pas tous comptabilisés dans les statistiques du covid-19 –, des Irlandais ont choisi de leur rendre la pareille, et ainsi de tendre la main comme l’avaient fait les Choctaws il y a 170 ans.

Cette histoire où aujourd’hui et hier se recroisent m’en rappelle une autre qui, il me semble, est un peu plus ancienne, même si elle fait écho à une histoire plus récente. D’ailleurs, sans cette dernière, je n’aurais peut-être pas prêté attention à celle que je viens d’évoquer. (…) Voilà, je l’ai retrouvée ! Début avril, de nombreux Taïwanais ont répondu à l’appel aux dons du Père Giusepe Didone pour aider son pays d’origine, l’Italie, qui, comme vous le savez, a été très durement touchée par le coronavirus. A priori, près de 4 millions d’euros ont été récoltés en très peu de temps à travers 20 000 dons. Pourquoi cet élan de générosité ? Tout simplement pour remercier le Père Didone, 81 ans aujourd’hui, installé à Taïwan depuis 1965, toujours en activité, de tout ce qu’il a fait pour le pays : créer des centres de santé destinés à accueillir des personnes en situation de handicap intellectuel, contribuer à créer des hôpitaux alors que le système de santé taiwanais était encore balbutiant, accompagner les pauvres… (3)

Voilà deux gestes incroyables de générosité et de solidarité, initiés par des groupes de personnes et non des Etats, qui défient à la fois les frontières et le temps, qui, d’une île à un continent et vice-versa, honorent l’Histoire – que l’on n’oublie pas systématiquement mais qui se répète souvent – et nos Ancêtres – toujours vivants, dont la mémoire et les actes nous accompagnent d’une manière ou d’une autre, et nous rappellent, à nouveau, que nous sommes tous liés par-delà l’espace et le temps.

Et je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour les 26 230 personnes décédées en France – assurément bien plus ; 269 068 à l’échelle mondiale – depuis le début de l’épidémie (4), presque réduites à des chiffres égrainés et scrutés chaque jour, parties seules, sans que leur famille ne puisse les accompagner, leur dire au-revoir, ni les voir une dernière fois, sans qu’ensuite, les rituels associés à certaines religions puissent être accomplis, qu’une cérémonie digne de leur vie puisse être organisée et que les rares présents puissent s’épauler, se prendre dans les bras, se soutenir, sans qu’ensuite, les familles puissent aller se recueillir au cimetière. Espérons que des célébrations posthumes et post-confinement pourront être organisées, pour faciliter le travail de deuil des familles mais aussi aider ces âmes à filer peut-être plus sereinement vers d’autres cieux.

  1. https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2020/05/06/apres-la-grande-famine-de-1847-les-irlandais-volent-au-secours-des-amerindiens-touches-par-le-coronavirus_6038881_4832693.html
  2. http://www.choctawnation.com/bond-remains-strong-between-choctaw-and-irish
  3. https://www.taiwannews.com.tw/en/news/3911883
  4. Chiffres au 8 mai 14h. https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/infection-au-nouveau-coronavirus-sars-cov-2-covid-19-france-et-monde

Mount Cook Village, South Island, NZ – Au pied d’un monument érigé en mémoire de celles et ceux qui ont péri dans ces montagnes…

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15 nouveaux cas hier dont 11 dans des clusters surveillés de près. Le plus important, de 92 personnes, est lié à un mariage organisé dans la ville la plus au sud de l’Ile du Sud. Autant dire, au bout du monde. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous sommes allées à Slope Point en mars, officiellement le point le plus méridional du pays, à quelques kilomètres de Bluff, la ville en question. Je suis en effet du genre à aller jusqu’à la bouée…

Nous avions d’ailleurs cheminé jusqu’à Cap Reinga, le point le plus au nord de l’Ile du Nord en janvier. Un endroit mythique, mystique, magique très important dans la culture Māori pour laquelle ce cap, d’où l’on peut être le témoin privilégié de la rencontre entre les eaux du Pacifique et celles de la Mer de Tasman, est le lieu de passage des âmes des morts pour rejoindre l’au-delà : Hawaiki, l’île légendaire où les peuples Polynésiens vivaient avant leurs grandes migrations vers l’est, et dont on ne sait précisément où elle se trouve. Il y a, sur une pointe rocheuse du cap, un Pohutukawa de 800 ans – arbre, sacré pour les Māoris, originaire de Nouvelle Zélande dont la floraison avec de splendides petites fleurs rouges est attendue chaque été austral comme sakura au Japon. Il se dit que les âmes des Māoris se glissent dans l’eau à travers ses racines…

A Bluff, plus classiquement, le virus a transité par un invité, venant de l’étranger. Les mariés s’en souviendront sûrement très longtemps. Je doute cependant qu’ils qualifient cette fête de « plus beau jour de leur vie ». En tout cas, pas avant quelques années.

A une semaine de la fin possible du confinement ici en Nouvelle Zélande, 15 nouveaux cas, est-ce suffisamment bas ou pas pour diminuer le niveau d’alerte ? Le flux de questions – souvent les mêmes – ne s’arrête pas, même si nous savons pertinemment que les réponses ne sont pas encore disponibles. Pourtant, il y a toujours des gens – notamment sur les réseaux sociaux – qui pensent en savoir plus que d’autres. Voilà qui nourrit potentiellement des angoisses inutiles chez les personnes bousculées et fragilisées par la situation.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement, dont l’objectif affiché est de débarrasser le territoire du covid-19, répète chaque jour qu’il ne prendra aucun risque. Dans ce souci de transparence et d’accompagnement, adopté depuis début mars avec une certaine réussite, voire même une réussite certaine, il a détaillé aujourd’hui ce à quoi ressembleraient les niveaux 3, 2, 1 d’alerte par lesquels le pays passera forcément avant de lever toutes les restrictions. Il n’a pas annoncé quand, ni combien de temps. Il faudra attendre lundi, selon l’évolution de la situation cette fin de semaine, pour savoir si le pays passera, le 22 avril, en niveau 3 ou pas, et si oui, pour combien de temps.

Dans le fond, le niveau 3, que nous espérons tous, demeure assez restrictif : les lieux collectifs (musées, bibliothèques, cinémas, salles de spectacles…) resteront fermés ; les bars, les restaurants et la plupart des magasins aussi, mais la livraison, la vente à emporter et les systèmes de « click and collect » (dont je ne trouve pas de traduction en français) seront possibles ; le télétravail reste conseillé ; les écoles rouvriront partiellement, et sur la base du volontariat, pour les élèves dès le grade 10 (des collégiens de 13-14 ans) ; nous devrons rester dans notre bubble, celle-ci pouvant être très légèrement étendue ; nous ne pourrons pas nous éclipser hors de la région où nous nous trouvons actuellement mais il sera à nouveau autorisé de nager, de surfer, de pêcher ; et enfin, les mariages – sans repas ni réceptions – et les funérailles seront autorisés sans pouvoir réunir plus de 10 personnes pour autant…

Patience, patience donc. Face à ce magma d’incertitudes, un texte que j’avais écrit il y a quelques mois, dans la foulée de mon long séjour à Taïwan, me revient à l’esprit. Je le retranscris ici, car ce qui se produit aujourd’hui dans le monde devrait rendre obsolète la fin de cette litanie (pour les questions liminaires, c’est toujours d’actualité !) et je crois que je m’en réjouis d’avance…

Comment être sûrs que nous existons vraiment ? Comment savoir que le monde qui nous entoure et dans lequel nous évoluons est réel ? Que la vie n’est pas qu’une monumentale performance ? Et que nous ne sommes pas que de simples personnages interprétant chacun nos rôles sans en avoir conscience et bien évidemment, sans en être les maîtres ? Questions récurrentes, sans réponse apparente et en tout cas, sans réponse supportable, qui vient, qui part, au gré des humeurs et des circonstances aggravantes. Par circonstances aggravantes, j’entends par exemple une extraction de son quotidien, de ses habitudes, de son train de vie, et le retour qui s’en suit plusieurs mois après. J’écris en connaissance de cause après 8 mois passés en Asie du sud-est, principalement Taïwan. Un autre monde assurément. Et si partir est un voyage en soi, revenir en est évidemment un autre.

Non qu’il soit particulièrement difficile de rentrer – même si objectivement, cela peut l’être pour de multiples raisons – simplement, ce retour aux conditions initiales, comme le mobile finalement stoppé par la résistance de l’air dans sa course faussement libératrice, est à chaque fois déconcertant. Déconcertant parce que tous les automatismes mis de côté pendant tous ces mois se réactivent instantanément ; déconcertant parce que rien, à l’échelle macroscopique bien sûr, ne semble avoir changé ; déconcertant parce que l’on re-rentre dans sa vie comme dans une bonne paire de charentaise au creux de l’hiver ; déconcertant parce que le corps se souvient parfaitement de la route à suivre et des obstacles à éviter pour atteindre telle destination ; déconcertant parce que tout le monde autour semble poursuivre exactement la même conversation que celle initiée il y a 8 mois ; déconcertant parce que tout cela semble tellement orchestré, tellement bien huilé que cela ne peut être le fruit du libre arbitre. Et de déconcertant, ce retour devient angoissant. Et voilà que l’on se dit alors, c’est vrai, je n’existe pas, rien de tout cela n’existe vraiment. Tout cela est faux. Pourtant, j’y ai cru. Tel un artefact sur un électrocardiogramme normal, le voyage au long cours est une discontinuité dans un parcours. Un électrochoc avec ses mini-révolutions intérieures, dont on perçoit avec effroi à la fois la puissance potentielle et l’incroyable fragilité car le pire ennemi du changement, on ne le sait que trop bien, c’est la force et le confort de l’habitude… Comment les faire vivre alors dans un milieu qui ne les appelle pas, telle est la question ?

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Finalement, faute de chocolat avant le prochain ravitaillement, nous avons fait des crêpes ! La Bretagne est dans la place ! Sans drapeau. D’ailleurs, la Nouvelle Zélande a failli être le seul pays visité ces dernières années sans que nous ne tombions sur un Gwenn ha Du flottant au vent, accroché à une fenêtre, cousu à une tente, scotché à un pare-brise ou encore porté comme coupe-vent… C’est un peu une private joke entre nous, mais cette propension des Bretons à annoncer la couleur – noir et blanc hein – partout où ils passent me fait invariablement sourire.

Il nous a donc fallu aller jusqu’à Akaroa, à côté de Christchurch, sur l’île du sud, pour en voir un. Présence légèrement biaisée car Akaroa, village niché au creux d’un volcan érodé de la Péninsule de Banks, est le dernier et unique bastion français du pays – nous y avons même trouvé une vraie baguette, c’est dire ! Car, à l’instar de nombreux territoires et îles sur cette planète, la Nouvelle Zélande – Aotearoa – « Le pays au long nuage blanc » a été colonisée. Son histoire connue reste d’ailleurs étonnamment récente ! Les Māoris, arrivant de Polynésie (les historiens ne savent pas d’où précisément même s’ils ont des pistes) à bord de wakas (pirogues), grâce à une maîtrise de la navigation qui force l’admiration encore aujourd’hui, sont les premiers êtres humains à y poser le pied, a priori entre 1000 et 1200 après J.-C. Cela fait encore débat. Le premier contact avec les Européens, et plus précisément le néerlandais Abel Tasman – nom attribué aujourd’hui à un magnifique parc naturel au nord de l’île du Sud, que nous nous réservions pour la fin et que nous n’avons pas pu parcourir car il nous a fallu traverser le Detroit de Cook (un autre des grands explorateurs de ces temps anciens où la planète n’était pas cartographiée au millimètre près) en urgence pour rallier Wellington – date de 1642. Mais le gaillard repart dare dare avec ses deux navires, la rencontre avec les Māoris, pleine d’incompréhension mutuelle, ne se passant pas très bien (pour preuve, le nom de Murderers Bay que Tasman donne au lieu de rencontre). Plus personne ne s’aventure aussi loin avant 1769 et la mission scientifique de James Cook. Le débarquement des Européens ne s’arrête plus, la Nouvelle Zélande devient une colonie britannique en 1840, sur fond de traité – celui de Waitangi – signé par plus de 500 chef Māoris (et refusé par autant). Malheureusement, ce traité signe aussi leur déclin : la traduction en māori qui en est faite ne reflète en effet pas clairement le texte original, certains mots ou certaines notions en anglais – la propriété foncière, la souveraineté, la gouvernance entre autres… – n’ayant pas d’équivalent dans la culture Māori. En particulier, les Māoris – pour lesquels, dans la tradition ancestrale, tout est lié, les personnes, la nature, les objets animés comme inanimés – se perçoivent comme des gardiens de la Terre et en aucun cas des propriétaires. Une posture humble qui résonne étrangement aujourd’hui.

Et voilà une bien longue digression pour expliquer que les Français sont arrivés trop tard en Nouvelle Zélande et ont dû se contenter du port d’Akaroa ! En même temps, c’est important l’Histoire, et on l’oublie trop souvent… Dire que tout cela a commencé avec une histoire de pénurie de farine… Ce n’est pas ce que je pensais aborder aujourd’hui. Les pensées vont où elles veulent, les mots les suivent. Après mes réflexions d’hier, j’avais en tête quelque chose de plus léger, de factuel, sur le confinement à la mode Nouvelle-Zélande. Je ne citerai que cette initiative locale observée ces derniers jours au gré de nos pérégrinations circulaires dans le quartier : des ours en peluche, tous orientés vers la rue, ont fait leur apparition aux fenêtres des maisons et des appartements. Comme ça, sans un mot, sans une bulle, des petits, des grands, des blancs, des verts, des rayés… Chaque jour un peu plus, et rapidement rejoints par des poupées, des lapins, des ânes, des girafes, des lions, bref, l’arche de Noé, comme si les habitants avaient été remplacés par ces artefacts aux vies imaginées. Une rapide recherche sur les journaux du coin a apporté la réponse à ce déballage trop prématuré pour faire penser à Noël : il s’agit bien d’un appel à la population, pas d’un mimétisme collectif, l’intention étant d’occuper les enfants pendant leur balade quotidienne en leur proposant une chasse à l’ours pacifique. Mais, dans les faits, je n’ai vu que des adultes les prendre en photo… D’ailleurs, je ne sais pas où sont passés les enfants : nous n’entendons guère plus que l’horloge de la cuisine dont les secondes semblent plus pressées que d’habitude, la hache du voisin, la scie circulaire d’un autre, une sirène de police par ci par là et quelques tuis (des oiseaux d’ici ;-) ) a qui se demandent peut-être quelle mouche nous a piqués…

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Barro, c’est fini ! Ma série Humberstone est au bout du rouleau mais bien au chaud !

Après avoir réalisé plusieurs expositions personnelles et collectives, BarrObjectif était finalement mon premier festival… Jusqu’à présent, je n’osais pas trop… C’est souvent bête les freins que l’on se met soi-même.

Je tenais à nouveau à remercier toute l’équipe bénévole du Festival BarrObjectif qui a fait un travail incroyable, à tous les niveaux, pour que ce 20e festival soit une réussite totale ! Et il ne laisse en effet personne indifférent tant les travaux présentés sont puissants et remuants. Un face à face avec la réalité qui n’est pas toujours facile à gérer, mais qui est plus que salutaire pour qui veut connaître un peu plus le pouls de la planète…

Quant à moi, j’ai déjà évoqué sur mon profil FB (que j’alimente plus que ce site depuis un an) mon bonheur en découvrant, tirée en grand grand, ma série Humberstone KNO3 E252, plantée dans une prairie, derrière un petit muret, le long d’un chemin faisant la transition entre deux espaces très forts, pouvant ainsi faire office de mini sas de décompression (ce que l’on m’a dit à plusieurs reprises). Je ne pouvais rêver mieux…

Contrairement à la plupart de mes expositions ayant eu lieu à Paris, donc, avec beaucoup de têtes connues parmi les visiteurs, à Barro, c’était l’inconnu total et c’est aussi une grande chance que de pouvoir s’exposer à de tout nouveaux regards. Je me suis donc plantée là, devant mon mur, pendant 3 jours, du matin au soir, pour rencontrer les visiteurs (ce qui inclut les scolaires du primaire au lycée, et une improbable interview sur ma perception de la folie – vous avez 5′ :-) ), leur raconter l’histoire de cette ville abandonnée, le contexte dans lequel elle s’inscrivait et la réflexion personnelle dont elle était une trace éphémère, et répondre à leur principale question sur la couleur de la série…

J’ai adoré répéter cette histoire des dizaines et des dizaines de fois, j’ai eu des échanges très émouvants avec beaucoup de personnes, je me suis sentie tellement chanceuse et gâtée lorsque, en m’écoutant, un beau et large sourire – celui des yeux, celui de la bouche – se dessinait progressivement sur leur visage. Quel bonheur ! Merci à vous, chers anonymes, de vous être ainsi arrêtés sur mon chemin et de m’avoir transmis, par vos émotions spontanées, une énergie incroyable pour la suite !

Bref, même si je n’ai jamais interprété Edith tout en imitant souvent le piaf, merci la vie :-)

Et bon début de semaine à tous !

Vous pouvez voir l’intégralité de la série ici et aussi me commander le livret qui reprend toutes les images en me contactant par mail. Bien évidemment, si vous aviez envie d’accrocher une de ces images sur un mur de votre salon, c’est aussi possible…

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Une fois n’est pas coutume, je vais me laisser aller à quelques confidences plutôt, assez, voire très personnelles ces prochains jours et en particulier reprendre le fil des dix derniers dont 6 passés dans la chambre 203 d’un hôpital planté en pleine campagne à quelques encablures de la Manche. Ce qui, a posteriori, a plutôt été une chance compte tenu du calme dans lequel j’ai été plongée, aux antipodes de ce que j’imagine être le quotidien du grand hôpital parisien où j’aurais naturellement atterri si je n’avais pas pris ce train pour la maison familiale vide et la mer lundi dernier à 13h42 plus 10 minutes de retard systématique. 

Je me sens déjà nauséeuse – le McDo du voyageur derrière moi n’arrange pas mon état – et une douleur sourde commence à envahir ma ceinture abdominale, un peu plus insistante sur la droite. A peine arrivée, je m’affale dans un fauteuil, puis dans un canapé, puis dans un lit sans en bouger jusqu’au lendemain. De manière générale, j’évite autant que possible les médicaments. J’accepte la douleur. Cela se discute. J’attends qu’elle passe. Ce qu’elle fait en général. C’est sûrement parce que je n’ai jamais vraiment eu très très mal. Bref, je ne m’inquiète pas plus que cela même si c’est bien la première fois que je suis clouée au lit aussi longtemps sans percevoir de quelconque amélioration. Mes parents arrivent mardi en début d’après-midi. C’est plus ou moins prévu. Ils sont importants dans cette histoire, essentiels même puisque c’est sûrement grâce à eux que j’ai pu être prise en charge à temps. Moi seule, j’aurais encore attendu. Pourtant, au moment où je me suis retrouvée dans cette posture de la petite fille – de 43 ans tout de même – lançant à sa mère que là, ça ne va vraiment pas, il n’y avait pas de doute possible quant à l’existence d’un réel problème, autre que toutes les raisons que j’avais jusqu’à présent listées pour m’expliquer mon état : une indigestion, un peu trop d’acrobaties le we, mes règles (oui, disons les choses comme elles sont, c’est toujours plus simple et ça va servir pour plus tard), la fatigue, le stress… Donc, oui, après coup, je me suis réellement demandé si j’aurais eu le réflexe d’appeler les Pompiers ou le Samu. Et si oui, au bout de combien de temps. Et encore, si ce délai m’aurait mise en danger. Evidemment, on ne peut pas savoir puisque l’histoire a bifurqué dans une autre direction. 

Direction les Urgences justement, pliée en deux, à l’issue d’un trajet en voiture où le paysage devient tout d’un coup très très blanc, voire invisible, où une voix – celle de ma mère – me répète de respirer tranquillement, de souffler fort, ce qui, au bout de quelques minutes, fait reprendre des couleurs et des formes aux arbres et maisons sur le bord de route. Les pommes, je suis tombée dans les pommes. Elle est étrange cette expression d’ailleurs, même si je suis en Normandie. George Sand en serait plus ou moins à l’origine : elle aurait en effet écrit à une amie qu’elle était « dans les pommes cuites » pour évoquer son extrême fatigue. Le temps a fait le reste pour transformer l’expression que l’on aurait aussi pu associer à Newton. Cela aurait eu du sens, la gravitation universelle, la pomme qui tombe, le corps aussi…

La porte des Urgences s’ouvre. Les personnes de la salle d’attente, en quête de nouvelles de leurs proches respectifs, tournent la tête et me dévisagent. Elles se demandent sûrement ce que j’ai en me voyant me tenir le ventre, ce qui, en soit, ne sert strictement à rien puisque mes mains ne sont pas magiques. La porte de l’accueil s’ouvre à son tour. Première distorsion du temps qui me passe un peu au-dessus de la tête. Aux Urgences, à l’arrivée, il faut être patient, chaque chose en son temps d’autant que je suis consciente : où avez-vous mal ? depuis quand ? comment ? votre nom ? votre prénom ? votre date de naissance ? votre adresse ? … Les papiers d’abord… Cela s’entend, mais avec le stress – pas forcément le mien d’ailleurs -, cet ordre des priorités peut agacer. Je finis par disparaître pour de premiers examens, la pose d’une perfusion pile poil au pli du coude, des prises de sang, un électrocardiogramme, d’autres questions pour comprendre, la délivrance d’un premier antidouleur… On me demande justement d’évaluer ma douleur sur une échelle de 0 à 10, 0 signifiant que je n’ai pas mal et 10 représentant la douleur maximale imaginable. Mieux vaut donc ne pas être trop créatif ! Trois jours auparavant, je suis allée voir le dernier volet de Jurrasic World. J’imagine qu’être croquée par un Carnataurus comme c’est le cas de l’un des personnages ayant retourné sa veste – sous-entendu, « il l’a bien cherché ! » – fait exploser les compteurs ! Ceci dit, la douleur, certes intense dans ce contexte fictionnel, est brève et s’accompagne d’une mort certaine et rapide. Dans le monde réel, sans 0 ni 1 ni écran vert, l’exercice n’est pas si simple : la douleur est subjective, son affirmation est culturelle, et se projeter sur une douleur que l’on n’a jamais ressentie est quasi impossible. J’estime néanmoins qu’il y a encore une marge de « progression » – une fracture ouverte, une balle dans un organe vital, une migraine à se taper la tête contre les murs… – et délivre un 7-8, même si, à l’échelle de ma courte et chanceuse histoire, on est à 10.

A partir de là et pendant presque 48h, je ne vois le monde que d’un seul point de vue : allongée sur des brancards et mon lit. La perspective est étrange. Les faux-plafonds défilent sous mes yeux, la lumière blanche et saccadée des néons avec, les personnes qui se penchent sur moi ont de grosses têtes, les sons m’arrivent de loin… On me balade d’un endroit à l’autre, à commencer par le Scanner, pour aller voir à « l’intérieur » sans aller à l’intérieur pour le moment, et qui me semble à l’autre bout des Urgences. J’ai à chaque fois l’impression d’être dans Pacman ; enfin, j’ai même l’impression d’être Pacman sur un brancard à chercher mon chemin dans un labyrinthe de couloirs identiques dont je ne vois pas le bout. Je pense à la conception des hôpitaux, au fait de devoir bien corréler la largeur des brancards à celle des couloirs, des portes d’entrée, des intersections ; au brancardier qui assure le transit d’un être humain d’un espace à l’autre et qui doit avoir un permis convoi spécial… Je me dis que les producteurs de dalles de faux plafond pourraient avoir un peu plus d’imagination et prévoir des motifs un peu plus affriolants pour ceux qui sont condamnés à les regarder, même ponctuellement… Le moindre passage sur un micro-relief, sur une barre de sol, sur les rainures de la porte d’entrée d’ascenseur, sur des surfaces anti-dérapantes m’envoie une décharge électrique dans le ventre… On est peu de chose quand on a mal. Ces petits détails passent logiquement totalement inaperçus en temps normal. Voilà pourquoi il est toujours instructif de changer de filtre de temps à autre…

Deux heures après mon arrivée, peut-être plus, peut-être moins, je ne porte plus de montre depuis exactement 20 ans, le verdict tombe : j’ai l’appendice perforé et une infection en cours, il faut opérer, on va m’intercaler dans le programme du chirurgien le lendemain matin, il n’opère pas la nuit mais bien sûr, s’il y a une urgence, on le fait venir ; en attendant, antibiotiques, antidouleurs et solution de glucose pour ralentir le mal, me mettre dans un état second et remplacer la sole meunière que j’aurais pu manger le soir, même si le coeur n’y est vraiment pas. C’est ma première hospitalisation, c’est ma première anesthésie générale, c’est ma première opération.

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La fourmigratrice

L’autre matin, à l’heure de pointe, sans vraiment l’avoir voulu, mon corps se retrouve coincé au coeur du magma humain épousant la forme du 3e wagon d’une rame de la ligne 13. Oui, aïe, je vois que certains compatissent ! La ligne 13, que j’ai déjà abordée ici entre autres, est un écosystème à elle toute seule où les lois de la physique, de la thermodynamique, de la nature, des gaz, des grands nombres, de la biologie, de la balistique, bref, où toutes les lois qui régissent notre vie sur Terre abandonnent leur train-train quotidien pour frôler le chaos. En somme, la ligne 13, c’est l’entropie par excellence. On a beau le savoir, c’est toujours un moment difficile à vivre, voire un peu gênant.

De fait, ma parade, c’est de simuler. Oui, je fais comme si j’étais ailleurs, j’essaye d’oublier que je suis collée contre des inconnus, que je n’ai pas encore compris où était passé mon bras gauche, je me jette visuellement dans la partie de Candy Crush de ma voisine (cela a toujours été mon unique façon d’y « jouer »), je suis vaguement les conversations électroniques de certains, je passe d’un visage à l’autre en quête d’une expression unique et forcément somptueuse même si c’est de l’exaspération qui s’en dégage, je me réjouis presque de cette expérience humaine si matinale (bien plus facilement depuis que je ne la vis plus quotidiennement évidemment). Et voilà que l’autre matin donc, quelque chose de mouvant et d’inattendu apparaît à la périphérie droite de mon champ visuel, sur un monsieur en chemise à rayures blanches et bleues, manifestement fatigué. Une toute petite fourmi. Enfin, juste une fourmi. Là, dans ce chaos insondable à la chaleur rappelant la soupe primordiale ayant donné naissance à l’univers, une fourmi. Sans sa colonie. Seule donc.

Qui se demande ce qu’elle fait là, arpente le haut de la chemise du jeune homme en long, en large et en travers, trace sur les chemins de crête avant de rebrousser chemin puis de disparaître quelques secondes hors de mon champ visuel pour revenir de plus belle car elle n’a trouvé aucune issue dans la pochette gauche de ladite chemise. A quoi pense-t-elle ? Comment est-elle arrivée là, sur la ligne 13, ainsi véhiculée par un être humain vers une destination inconnue ? J’imagine déjà que le gars a profité du beau temps de la veille pour faire une machine et laisser sécher son linge sur le balcon de son 2 pièces, sur lequel il a installé quelques plantes vertes dès son arrivée il y a 4 ans maintenant, histoire d’avoir une micro dose de nature à portée de main et aussi un peu de fraîcheur et d’intimité en été. La fourmi vient de passer la nuit sur la feuille la plus longue de son yucca géant, laquelle est posée en partie sur le fil à linge qu’il tend ponctuellement.

C’est ainsi que bon an mal an, elle a commencé par faire une séance d’équilibriste sur le fil avant d’atteindre le sommet du cintre en aluminium auquel est accrochée sa chemise, dès lors, très facile à atteindre puisque dans la continuité de sa progression. Il ne la voit évidemment pas quand il l’attrape après avoir pris sa douche et c’est ainsi que sa fourmi fugue involontairement et se retrouve à quelques centimètres de moi dans cette rame tropicale. J’avoue avoir pensé lui souffler dessus, je ne sais d’ailleurs pas vraiment dans quel but, mais je me ravise vite en anticipant le regard déconcerté que m’aurait lancé le monsieur après qu’il a senti mon souffle atteindre son cou… situation qui aurait pu être mal interprétée. Et puis, souffler sur la fourmi l’aurait sûrement envoyer au sol et par conséquent, à une mort certaine. Je décide donc de suivre ses pérégrinations du regard. Je retiens ma respiration quand elle s’engouffre dans le col de la chemise, redoutant qu’elle atteigne son cou et que, sentant quelque chose le chatouiller, il envoie un signal à son cerveau pour lever son bras et intimer l’ordre à sa main de gratter frénétiquement la zone concernée, augmentant les chances d’écraser la fourmi au passage. Heureusement, rien de tel ne se déroule et elle poursuit ses allers-retours incessants m’incitant à me demander si une fourmi est capable de s’arrêter ou si elle est naturellement hyperactive.

Oubliant totalement la raison pour laquelle je suis montée dans le métro, je suis le gars lorsqu’il en descend, sans quitter la fourmi des yeux ni savoir vraiment ce que j’espère. Correspondance. Je le suis toujours. Il monte tranquillement dans sa nouvelle rame et a, cette fois ci, l’opportunité de s’asseoir, ce qu’il ne manque pas de faire. Je préfère rester debout, pour avoir un peu plus de marge de manoeuvre vis-à-vis de la fourmi que je vois tout d’un coup prise d’une témérité incroyable puisqu’elle se met à dévaler toute la manche droite de la chemise et à passer sur la vitre contre laquelle il a posé son bras. La voilà à nouveau en expédition, hors de ma portée ! Elle monte, elle descend, elle sonde, cherche des repères, inexistants, elle avance et finit par plonger dans un pull à rayures jaunes et vertes porté par une jeune femme aux cheveux courts ! Décidément ! Là voilà qui descend à son tour du métro, je me jette dans son sillage, je perds la fourmi de vue mais je sais qu’elle est toujours là. Après quelques minutes de marche, la fille s’arrête devant un immeuble et pousse une épaisse porte noire derrière laquelle résonne une musique forte et sourde, je la suis sans regarder où j’entre. Une salle de concert blindée à l’ambiance déchaînée. En pleine matinée. Une autre forme de ligne 13. La fille est juste devant moi, elle s’agite déjà comme une damnée. Bientôt, elle va avoir trop chaud et retirer son pull qu’elle posera alors sur son siège. Je n’aurai plus qu’à tendre le bras et attendre que la fourmi saisisse son ultime chance de recouvrer la liberté… Ce qu’elle finit par faire. Je la place au creux de mes mains que je veille à bien clore, m’extrais de la salle obscure et pars en quête d’un tronc d’arbre où je finis par la relâcher. Elle file vers les sommets sans se retourner. Heureuse, je lève alors la tête, réalise où je suis, regarde l’heure, lance un « zut » faussement coupable et retourne au métro pour me reconnecter à mon plan initial nettement moins palpitant !

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The corner café

Typiquement, une nouvelle illustration de cet insoluble équation de la poule et de l’oeuf, bien qu’ici, il suffirait de compulser le cadastre de la ville pour en avoir le coeur net ! En l’état, ce café porte extrêmement bien son nom – The corner cafe – même s’il n’est pas d’une extravagante originalité – 339 000 occurrences en moins d’une seconde pour le mooteur de recherche quand même, ce qui ne signifie pas qu’il en existe autant mais cela donne une idée, que l’on est d’ailleurs en droit de relativiser dès lors que l’on découvre que « Le cheval blanc » par exemple – patronyme qui s’exporte difficilement hors des frontières de l’hexagone contrairement au Corner Café – dépasse le million de résultats, ramené à 200 000 si l’on ajoute un filtre… café…

Mais revenons à Londres. La position, centrale, quasiment insulaire, de ce bloc interroge – comme tout pitch digne de ce nom –  le quidam de passage pour qui n’existe que le présent. Ce presque cube esseulé l’a-t-il toujours été ou est-il le reliquat miraculeux d’une destruction périphérique ? Interrogation parallèle (et en réalité la première), ce café porte-t-il ce nom depuis toujours ou est-ce contextuel ? Dans le premier cas, au-delà de l’étrangeté urbanistique, le café occupe néanmoins deux coins et mérite donc bien son nom. Dans le second cas, on peut imaginer qu’une autre maison ou un autre immeuble était accolé(e) à la façade droite : le café perd un coin mais il lui en reste un. Et Corner Café lui sied toujours. Bref, si la question est légitime – je me promène, je suis là pour m’étonner de ce que je vois, en somme, pour m’interroger, ce qui comprend les détails insignifiants -, finalement, la réponse n’a pas beaucoup d’intérêt… Cela arrive, parfois.

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C'est la jungle !

Combien de temps, à votre avis, a-t-il fallu à la nature, aux lianes, au lierre rampant et pénétrant pour ensevelir littéralement et faire totalement disparaître cette incroyablement grande bâtisse située en plein coeur de ville, à deux pas de sa mairie, et sans l’intervention d’une quelconque apocalypse, fut-elle environnementale ou économique ? Et quel inextricable et indémêlable imbroglio explique qu’elle soit toujours là, debout, résistante, en cet état d’abandon avancé dont on s’étonnerait moins en pleine forêt, alors que l’on construit tout autour ?

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A un cheveu près

Voilà le genre de situation qui nous fait rire a posteriori mais qui nous plonge dans des abîmes de solitude au moment même où nous les vivons. Vous jugerez par vous-mêmes… Cela s’est passé en fin de journée, à l’heure où tout le monde rentre chez soi et converge vers le métro. Le wagon est d’ailleurs bondé. Et il est aussi difficile d’y entrer que d’en sortir. Je me retrouve coincée entre cinq personnes, chacune d’elles étant elle-même coincée entre cinq autres personnes… Impossible de bouger le moindre orteil ! Encore moins les bras. J’ai déjà vécu cette situation des centaines de fois, je sais qu’il suffit de prendre son mal en patience et de penser à autre chose. Sauf que ce jour-là, alors qu’il ne me reste plus que trois stations à parcourir avant d’atteindre ma destination, quelque chose commence à me chatouiller le bout du nez. Rapidement, cela devient littéralement insupportable et je n’ai une envie : me gratter frénétiquement le nez pour en faire disparaître ce cheveu blanc tombé du ciel ! Sauf que je ne peux toujours pas bouger et que nous sommes tous dans ce cas.

Je change alors de stratégie, optant pour la solution « moyens du bord » consistant tout simplement à me souffler dessus, en direction de mon nez. J’ai franchement l’air ridicule,  impression qui, malheureusement, ne s’atténue pas puisque ce petit cheveu tout fin ne scille même pas et continue à se jouer de moi… C’est un véritable supplice, j’ai l’impression que ce cheveu subtilement accroché à ma peau m’envoie des décharges électriques dans tout le corps. Et je comprends alors qu’il ne me reste plus qu’une chose à faire même si je repousse au maximum ce moment d’une grande incongruité : espérer que l’un ou l’autre de mes voisins inconnus accepte de me souffler dessus… Passé l’étonnement, ils sont trois à s’y mettre – deux jeunes femmes et un quadragénaire -. Autour de nous, les autres passagers incrédules observent la scène avec un certain amusement teinté de dégoût. Il faut alors 2 bonnes minutes à mes souffleurs pour me libérer du joug de ce fichu cheveu. Quel soulagement ! Au même moment, les portes du métro s’ouvrent et je suis éjectée du wagon sans ménagement et surtout, sans avoir l’opportunité de remercier mes sauveurs avec lesquels je viens de vivre une situation très intime…

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Octobre 2016. Je déambule dans Tunis comme je le fais partout ailleurs. En absorbant tout ce qui s’y passe, à l’affût de l’inattendu, de l’incongru, du décalé mais avant tout, curieuse de la vie qui s’y déploie, simplement. En réalité, je déambule dans Tunis comme nulle part ailleurs. Car je suis une sang mêlée, car je n’y ai pas mis les pieds depuis 8 ans, car je questionne mon identité. Et que la révolution est passée par là. C’est évident, j’erre dans Tunis avec une attention décuplée, en quête de signes, d’apaisement voire de réconciliation. Vite, je suis captivée par ce tramway couleur d’espoir serpentant dans la ville dans un raffut métallique trahissant son grand âge. Une scène mouvante et classique offrant aux compositeurs d’images des cadres à la fois naturels et contraignants, derrière lesquels défilent des vies singulières et artificiellement rapprochées. Je l’entends arriver. Je m’approche des voies, cadre et déclenche. Il me regarde, comme absent ; elle m’observe, je veux le croire, avec douceur. Une rencontre furtive, impromptue et étrangement calme, qui me renvoie à mes propres interrogations. Comment ça va ? Labess, labess…

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