Photo-graphies et un peu plus…

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C’est étrange, l’optimisme. Quoi qu’il se passe, on trouve toujours un moyen d’y croire, de voir la lumière au fond du tunnel – même s’il est long, et haut, et large – et de chercher un moyen de la rejoindre – même s’il s’agrandit en chemin (hé bien, la route sera plus longue !), même si des esprits malins tentent de l’obstruer avec d’imposants rochers (hé bien, il faudra les escalader ou trouver une faille !)… Je me perçois donc comme une personne profondément optimiste. Entre autres. A tel point que j’arrive à penser certains jours que même les plus pessimistes d’entre nous sont, en fait, des optimistes en sommeil. Et que c’est cette trace d’optimisme tapie au fond d’eux qui, même si jamais ils ne l’admettront, les maintient en vie. Car comment vivre, comment vouloir continuer à vivre, surtout, en étant foncièrement persuadé que le jour prochain, la semaine prochaine, le mois prochain, l’année prochaine, la décennie prochaine, le siècle prochain sera pire qu’aujourd’hui ? A mes yeux, cela n’aurait pas de sens. Ce ne serait pas logique, pas cohérent. D’où mon raisonnement initial.

Bien sûr, notre regard est toujours biaisé par notre propre approche de la vie. Et me revient à l’esprit cette phrase, extraite du livre de Jérôme Ferrari, Le principe, que j’avais notée dans mon carnet du moment il y a quelques années : « On essaye de comprendre les choses à partir de sa propre expérience parce que c’est tout ce dont on dispose et c’est, bien sûr, très insuffisant ». Il parlait alors de physique, le principe du titre étant celui d’incertitude (ah ah !), ou d’indétermination, énoncé par Werner Heisenberg en 1927, qui stipule qu’il est impossible de connaître simultanément la position et la vitesse exactes d’une particule (quantique). Une vraie révolution scientifique par ailleurs. Mais, là encore, ce que je retiens de cette phrase sortie de son contexte tout à la fois fictionnel et épistémologique, est que pour être en mesure de comprendre les choses, il faut les vivre. Je choisis évidemment les citations qui résonnent et raisonnent en moi. Celle-ci m’invite, à sa manière, à avoir le plus d’expériences possibles si je veux comprendre le monde – même si j’ai récemment cité Patrick Viveret disant qu’il fallait accepter de ne pas tout vivre… et par conséquent, accepter de ne pas tout comprendre.

Ce qui tombe très bien car en ce moment, beaucoup de choses échappent à mon entendement, non pas dans les faits eux-mêmes – la pandémie, j’ai bien compris comment elle s’était propagée et c’est très logique – mais plutôt dans les processus de prises de décision à l’échelle des organisations qui en ont découlé pour la contenir, ou pas. Parfois, j’en viens d’ailleurs à penser que le covid-19 n’est pas responsable du chaos actuel et à venir, il en est simplement le détonateur, l’étincelle. Suivant cette logique, l’incendie qui a suivi dans de nombreux pays, et qui, parfois, n’est toujours pas éteint, serait, quant à lui, la conséquence des décisions prises, hier et aujourd’hui, par ce que l’on a pour habitude d’appeler « le sommet ». Volontairement, involontairement, je ne m’aventurerai pas sur ce terrain. Que des pays comme Taïwan, la Nouvelle Zélande, l’Islande, Singapour, la Finlande, l’Allemagne, le Danemark, la Norvège, Hong Kong – dont, soit dit en passant et comme cela a été relevé il y a quelques semaines, 7 sont dirigés par des femmes, même si concomitance n’est pas corrélation – aient été relativement épargnés par la crise, n’ayant, pour certains, même pas eu recours au confinement, en serait presque une preuve… En ce sens, accepter de ne pas tout comprendre me permet de garder mon calme, de ne pas perdre de temps à essayer de comprendre malgré tout car je ne suis pas câblée « comme il faut » et que l’irrationnel est aux commandes, et de concentrer mon énergie sur quelque chose dont je maîtrise les tenants et les aboutissants.

Les mots de Ferrari m’apprennent également qu’en tant qu’optimiste auto-proclamée, je ne peux pas me mettre dans la peau d’un pessimiste. Et donc, que mon raisonnement liminaire ne vaut rien. Parfois, je me dis que, par les temps qui courent, l’optimiste est indécent. Mais je me souviens alors que ce dernier n’a pas forcément chaussé des œillères pour le rester… Au contraire. Il sait, il s’informe, il voit, il intègre, il connecte, et pourtant, il croit en des jours meilleurs, il a confiance. Ne mélangeons pas tout, l’optimiste ne se dit pas forcément que tout va s’arranger. Non, non, non… Il a conscience que ce sera difficile, qu’il faudra revoir sa copie et que cela ne se fera pas sans lutte – car la résistance au changement est pire que le changement lui-même –, mais, il sent, qu’au final, cela ira. La vie sera la plus forte.

Je ne vous cache pas qu’il m’arrive de me demander d’où me vient cet optimisme inoxydable (teinté d’une indéniable mélancolie tout de même). Ces jours-là, je m’invective : « non, mais tu es sûre de vouloir rester optimiste ? Parce que là, ouvre les yeux, la situation est quand même assez catastrophique, désespérée même, je ne vois pas comment elle pourrait s’améliorer avec tout ce qui nous attend alors que tout s’est effondré, que l’imbécilité est au sommet, que la planète suffoque, que les êtres humains n’ont jamais été aussi discriminés et isolés… Tu veux vraiment la liste complète ? Elle est où ta lumière au bout du tunnel, hein ? Elle est où ? » « Oui, je sais, je sais tout cela, mais c’est plus fort que moi, j’y crois encore ! » Quand on y réfléchit un peu, c’est fou. Pour me l’expliquer, j’ose un raccourci comme je les affectionne – l’alternative m’amènerait à m’inscrire à une énième thèse, une par raccourci commis dans mes textes depuis des années –, l’optimisme vient du cœur, de l’âme, et non pas de la raison.

Il vient donc d’un endroit bien plus profond, bien plus intérieur, bien plus mystérieux, bien plus subtil, bien plus ancien que nos propres vies. Et évidemment, je lui fais confiance pour me montrer le chemin.

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C’est bien beau de philosopher sur le temps qui existe ou pas, le savoir et l’ignorance, les icebergs et les albatros, revenons-en aux faits ! 1106 cas de COVID-19 en tout en Nouvelle-Zélande, dont 39 nouveaux et 28 probables depuis hier. Sur ces 67 cas, 20 concernent des clusters déjà identifiés et surveillés de près. Rien depuis 2 jours dans la région Capital & Coast qui intègre Wellington, ladite capitale. Hier, la Première Ministre Jacinda Ardner, qui a des fans par-delà les frontières de son pays ;-), mentionnait qu’au début du confinement, les experts envisageaient 4 000 cas potentiels dès ce week-end. Ce chiffre dépassait à peine les 1000. Réalité +1 – Projection 0. De quoi se féliciter d’avoir instauré précocement le confinement (il y a 10 jours), même s’il ne faut pas vendre la peau du covid avant de l’avoir terrassé, et aussi féliciter les kiwis de leur observance malgré les contraintes et les effets collatéraux, ce qu’elle n’a pas manqué de faire.

Je me permets un aparté sur le terme kiwi – mais rien n’est réellement gratuit – et une anecdote culturelle linguistique. Dans le contexte de ma phrase, le kiwi est évidemment un habitant de Nouvelle-Zélande. Mais le kiwi est aussi un oiseau nocturne forestier endémique et symbolique de l’île-double (nom absolument pas officiel), dont l’absence de prédateurs pendant des siècles a progressivement atrophié les ailes. En fait, jusqu’à ce que les Européens ne débarquent (pour rappel, au 18e siècle, si vous ne vous souvenez plus des épisodes précédents), pratiquent une déforestation massive du pays (donc détruisent son habitat – un air de déjà vu non ?) et introduisent rats, furets, possums, chats, chiens and co (qui les tuent d’autant plus facilement que les kiwis ne peuvent plus voler, ce qui est plutôt lâche de leur part). Les kiwis, très timides, sont de fait menacés d’extinction et désormais protégés – en plus d’être présents sur le verso de toutes les pièces de 1 $NZ, même si vous vous demandez comment je peux savoir quelle face est le verso d’une pièce – grâce à un ambitieux et radical programme d’éradication : pièges et panneaux pédagogiques un peu partout dans le pays, dispersion (controversée) de poison, obligation de tenir son chien en laisse dans les zones où il y vivent, et d’enfermer son chat la nuit, chasse aux possums… Deuxième aparté – j’écris, je pense comme si je faisais des ricochets mais le caillou revient toujours au point de départ – : le possum (ou opossum), ramené d’Australie pour sa fourrure et exploité encore aujourd’hui pour cela (même si personnellement, je n’aimerais pas porter de la peau de nuisible sur moi), est l’ennemi public n°1 des kiwis (habitants et oiseaux confondus) et des arbres natifs dont ils aiment les feuilles et les bourgeons. Ils seraient encore 30 millions sur les deux îles (contre 5,5 côté homo sapiens) et certainement l’animal le plus volontairement écrasé sur les routes (ce qui fait aussi le bonheur des faucons de Nouvelle-Zélande – le karearea en Maori – n’ayant plus qu’à se servir sur l’asphalte chaude et ensanglantée). Fin du ricochet, retour au kiwi…

Le kiwi est enfin un fruit – l’un des rares à la chair verte – très riche en vitamine C – plus que l’orange dont le nom porte la couleur – que nous connaissons tous. En débarquant à Auckland en janvier, nous nous réjouissions à l’idée de pouvoir enfin manger des kiwis de Nouvelle-Zélande – deuxième producteur mondial – en Nouvelle-Zélande. Que nenni ! Les kiwis vendus en supermarché – le concept de marché est moins développé qu’en France – venaient d’Italie – premier producteur mondial… La NZ exporte 90% de sa production, l’Italie 70%. Pire, au Chili, c’est 95% a priori (chiffres tirés de planetscope.com). L’illustration parfaite du non-sens de la mondialisation et des traités d’échanges économiques internationaux nous disions-nous alors en faisant l’impasse sur ce fantasme frugivore (je ne suis ni économiste, ni marchande ni diplomate, mes guides seraient plutôt la logique et le bon sens dans ce contexte et ces dernières semaines et mois nous ont permis à tous de constater à quel point ces accords-là avaient leurs limites…). En creusant un peu, nous avons trouvé des kiwis locaux dans une enseigne bio, les avons précautionneusement et joyeusement déposé dans un sac en papier kraft puis tendu au caissier (dans ce temps-là, on pouvait encore s’échanger des choses sans prendre de gants) qui nous a alors demandé ce qu’il y avait dedans. « Kiwis » avons-nous répondu, « Sorry? », « Kiwis » (ce n’est pas un mot que l’on peut mal prononcer quand même, kiwi !), « Sorry again? », « Euh, kiwis »… Interdit, il a alors ouvert le paquet pour dire « Ah, kiwi fruits ! ». Bah oui, « kiwi fruits »… comme s’il était possible de rétrécir des néo-zélandais et de les mettre en sachet pour en faire une salade ! Bref… C’était drôle, quand même.

Voilà voilà… Sinon, pour finir sur l’update de la situation : 37 000 personnes cherchent actuellement à quitter la Nouvelle-Zélande pour retourner chez elles. Et la France organise un premier vol de rapatriement ce soir depuis Auckland vers Paris, à 850€ par personne, avec, à son bord, a priori, les cas prioritaires : personnes très âgées, mineurs, personnes malades, soignants appelés par leur direction, jeunes pvtistes en galère. Nous ne savons pas du tout s’il y en aura d’autres et quand, ni à quel horizon sont susceptibles de reprendre les vols commerciaux. Nous ne sommes pas pressées de rentrer dans ce que nous percevons comme un « petit » chaos mais si l’Ambassade nous appelle pour nous proposer un vol, il nous sera malgré tout difficile de le refuser. Mais chaque chose en son temps, n’est-ce-pas ?

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L'unité nationale

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Ceci est (encore) mon corps

Je ne suis pas épilée ! C’est bizarrement l’une des premières choses à laquelle je pense en comprenant que je vais être hospitalisée. Le poil, cet ennemi intime de la femme (et de plus en plus de l’homme). Comme si un corps lisse, imberbe était plus beau, plus propre, plus pur, moins… animal. Et qu’a fortiori, le poil – pourtant essentiel à bien des égards pour notre bonne santé – incarne la négligence, le laisser-aller. Ce rapport au poil est culturel, sociétal et évolue de façon cyclique même si, a priori, les yeti n’auront jamais la cote.

Ceci étant dit, une fois sur mon brancard et shootée, je zappe naturellement ce détail de mon anatomie. Ce n’est pas comme s’il y avait des alternatives. Je zappe donc quand une infirmière m’aide à me déshabiller pour revêtir ma blouse bleue fesses à l’air ; je zappe aussi quand, 1h30 avant l’opération, une aide soignante me rase le pubis – « vous pouvez écarter un peu s’il vous plaît ? » – ; je zappe encore quand, les trois premières nuits, des infirmières viennent, à ma demande car je ne peux me lever, placer la bassine urinaire sous mon bassin puis la récupérer ; je zappe à nouveau lorsqu’une autre infirmière me fait partiellement ma toilette le lendemain de l’opération et m’aide à m’habiller ; je zappe que des inconnues me touchent ; je finis par zapper le fait qu’à chaque fois, ayant mes règles cette semaine-là donc, toutes ces personnes défilant dans ma chambre – équipe de jour, équipe de nuit – sont aussi confrontées à une serviette hygiénique imprégnée de mon sang… En quelques heures, j’oublie que je suis aussi un corps et même un corps plutôt pudique. J’accepte que mon corps se mue en enveloppe universelle, deux bras – l’un pour la perfusion, l’autre pour les prises de sang un jour sur deux -, deux jambes, une tête, un tronc. J’accepte de ne pas savoir exactement ce qui s’est passé avec mon corps pendant l’opération : on m’incise en plusieurs points, on me gonfle le ventre avec du gaz carbonique, on fait passer une caméra, des ciseaux, des pinces, un système d’irrigation-lavage-aspiration, on me glisse deux drains de Redon dans les entrailles pour continuer à évacuer l’infection après l’opération, on m’agrafe, on me panse, on me « strippe », on me relie à des récipients, des antibiotiques, des antidouleurs… Bon, j’en sais déjà beaucoup finalement. 

J’accepte ainsi que mon corps soit abordé comme un « objet » même si tout le monde est très prévenant avec lui et très respectueux de mon intimité. Je repense aux deux fois où j’ai posé nue pour un photographe (le même) – dont une fois entièrement recouverte de maquillage – et où j’avais été très étonnée de me sentir aussi à l’aise. Je repense aussi à la fois où j’ai refusé de poser nue pour un peintre car je trouvais ambigu le regard qu’il posait sur mon corps alors habillé. Tout est une question de regard justement. Et celui que portent les soignants sur les corps des patients dont ils prennent soin est évidemment – et heureusement – distancié, « désentimentalisé ». Il n’empêche, cette sensation, même temporaire, que mon corps ne m’appartient plus totalement, que je n’en suis pas vraiment maître, est très étrange et un brin perturbante. 

Une autre sensation fait son apparition après l’opération, parallèlement à la réappropriation progressive de mon corps, et avec elle, le retour d’une certaine pudeur. Celle d’être un corps machine. Aujourd’hui, je dirais l’inverse, de machine corps, simplement pour une question de chronologie. Le corps ne précède-t-il pas la machine ? Bref. Dès le mercredi après-midi, encore dans la brume de mon cocktail anesthésique qui me réservera quelques surprises la nuit venue et alors qu’une infirmière me fait passer de la salle de réanimation à ma chambre, mon corps, soigné donc, doit se remettre en marche. Certaines étapes physiologiques sont à respecter avant de pouvoir passer aux suivantes. En l’occurrence, pour boire puis manger à nouveau – mon dernier vrai repas remonte à dimanche soir -, mon transit doit retrouver son chemin habituel. Concrètement, je dois expulser le reste d’air que l’on m’a injecté pendant l’opération. C’est pourquoi, dès lors, chaque passage d’infirmière se conclut par cette question devenue gimmick : « avez-vous eu des gaz ? ». Je comprends donc que mon salut « gastronomique » dépend désormais de ma capacité à péter. Que cette information-là est même précieuse. Et que, à l’instar des poils, je ne dois pas la cacher. J’attends donc avec une certaine fébrilité que mon corps estime qu’il est grand temps de se relâcher et fasse le nécessaire. Je chéris presque mes douleurs intestinales, signes qu’il se trame quelque chose en mon for intérieur. Et, en cette fin de jeudi, à 20h03, après de nombreuses fausses alertes-joies pendant la journée, alors que je suis seule dans ma chambre, enfin, je pète. Non pas une, ni deux, ni trois fois mais cinq fois ! Je suis allongée dans mon lit d’hôpital, je viens de péter, je me marre toute seule, je suis une femme heureuse. Tellement que j’en informe ma famille par pigeon voyageur et qu’en retour, l’on me félicite même. C’est de fait avec une certaine fierté que j’annonce à l’infirmière qui vient prendre mes constantes en début de soirée que j’ai eu des gaz, que je l’entends me confirmer que c’est une bonne nouvelle qu’elle va inscrire dans mon dossier – vous rendez vous compte : ces premiers pets libérateurs figurent dans mon dossier médical ! -. Imaginez ma satisfaction en en informant une autre, un peu plus tard, que je suis également allée à la selle (on ne dit évidemment pas « caca » entre adultes)… 

Récompense ultime de ce retour du transit : à 7h45 pétantes, au petit déjeuner, vendredi, j’ai droit à un thé ; à 11h45 pétantes, au déjeuner, vendredi, j’ai droit à un bouillon ; à 17h45 pétantes, au dîner, vendredi, j’ai droit à une tranche de jambon, une endive amère, deux biscottes, une confiture pomme-coings et un morceau de fromage. Bref, le luxe ! Nous sommes décidément bien peu de choses. Je le savais mais ne l’avais pas encore expérimenté de cette façon…

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L'illumination

Ce moment de la journée, cet endroit du monde, ce point sur le sentier, où tout d’un coup, on a l’impression que le soleil s’est mis à écrire avec ses (c)rayons… Se ferait-il photo-graphe ?

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ObjectifMars

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L'image latente

Le photographe est un chasseur-cueilleur pacifique. Nomade, il commence par sillonner un territoire en quête d’un site où trouver de quoi nourrir son inspiration. Il choisit alors de se poster à un endroit spécifique qu’il définit comme stratégique afin de capter et de capturer sa cible. Et il patiente. Il patiente même parfois très longtemps, sans ciller ni désarmer, car il ne sait pas toujours ce qui peut traverser son viseur ni si cela se reproduira. Ce dont il a parfaitement conscience en revanche, c’est que ce moment sera certainement fugace et qu’à ce titre, il requiert agilité et promptitude. A l’affût il est, donc. Fort heureusement, de temps en temps, son endurance est généreusement récompensée. Ce qu’il espérait s’infiltre subrepticement dans son champ visuel et le voilà qui se fait cueilleur…

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Dans la brume électrique

Cette nuit-là, j’ai cru que j’étais dans un rêve. Le mien qui plus est. Etaient réunis en une même unité de lieu une bonne partie des ingrédients qui captent mon regard et font chavirer mon âme à la fois instantanément et mystérieusement. Car on ne sait pas toujours pourquoi certains scènes nous attirent comme des aimants. Pour ma part, il y a donc la brume, les perspectives, la lumière diffuse, la silhouette – essentielle et même primordiale – qui, idéalement, s’éloigne de moi comme si j’assistais au départ de quelqu’un, sans réellement savoir si je connais cette personne ou pas. Cette nuit-là, à Jiufen, dans le nord de Taiwan, j’avais tout cela en même temps. Et j’aurais voulu que la nuit dure toujours…

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J’exposerai une quinzaine de photographies issues de cette série – « Dans la brume électrique » – avec mon collectif Les 4 Saisons, dans le cadre de l’édition 2018 de Photo Doc., la foire de la photographie documentaire, qui se tient du 4 au 6 mai à la Halle des Blancs Manteaux à Paris. Il s’agit d’une expo-vente, au cours de laquelle je proposerai également des livrets sur Hong Kong, sur Hoï An et sur Hiroshima (en plus de celui sur cette série là).

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Les tics

« Nous sommes malades de notre rapport au temps » annonçait récemment l’historien Jérôme Baschet dans un entretien accordé à la très recommandable revue Usbek&Rica. Je ne peux qu’abonder dans son sens et ces pages sont d’ailleurs remplies de symptômes relatifs aux diverses pathologies temporelles que je collectionne depuis des années (en plus des éléphants et des bouteilles d’air). L’autre jour par exemple, j’ai réussi à me convaincre de regarder une conférence retransmise en ligne et en direct sur le recours à la fiction comme facteur libérateur de l’innovation. La salle était complète, c’était l’alternative proposée par les organisateurs. Etrangement, je trouve qu’assister à une conférence physiquement est très différent de la suivre en live derrière son écran. C’est comme si le temps ne s’écoulait pas de la même manière selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre, selon que l’on est dans le même espace que les orateurs et le public ou pas, que le corps est impliqué ou pas. Et voilà donc qu’au bout de quelques minutes à les écouter, j’ai eu envie d’aller au sujet suivant, en somme, d’accélérer le réel… J’ai bien conscience que c’était en partie lié à cet écran écran (ce n’est pas une faute), inhabituel pour du temps réel, mais sur le moment, j’ai vraiment cru que c’était possible.

J’ai de fait décroché pour imaginer une vie au temps objectivement et réellement élastique. Indépendamment donc de toute subjectivité scotchée au temps qui passe et qui est propre à l’histoire de chacun. Une vie où l’on pourrait choisir d’accélérer le temps certes, mais aussi le ralentir, la journée devant toutefois toujours faire 24h. Evidemment, cela pose d’insondables questions et la première me venant à l’esprit concerne tout simplement le cours du temps car celui qui choisit de l’accélérer ne peut revenir en arrière comme on le fait avec une vieille VHS (ou une vidéo YouTube si vous préférez). Comment peut-il alors s’assurer qu’il n’a pas manqué quelque chose d’important dans sa vie, une rencontre qui changerait tout, un rayon de soleil qui illuminerait sa journée, le début d’une action qu’il prendrait alors en cours sans en connaître les tenants et les aboutissants ? Et de quoi est composé ce temps accéléré ? D’un futur condensé ? Cela signifierait-il alors que tout est écrit, que le futur existe déjà et que nous ne faisons qu’aller à sa rencontre seconde après seconde ? Et si quoi qu’il en soit, la journée doit toujours faire 24h et pas une minute de plus ou de moins, accélérer le temps à un moment suppose de le ralentir d’autant à un autre pour compenser… Cela devient sacrément compliqué tout d’un coup. Comment en effet choisir la période de temps à dilater sans savoir de quoi elle serait faite avec un temps s’écoulant « normalement » ?

Cet exercice de pensée un peu vain me convainc cependant qu’il est bien plus sain – voire simple – de vivre au présent… Ce qui n’est pas rien. Je me reconnecte au direct, encore quelques secondes et je réussirai à nouveau à discriminer chaque son. Voilà, je les entends distinctement. Et je réalise à cet instant qu’être sportif doit certainement être un critère clé pour participer à une conférence tant ils passent leur temps à rebondir les uns et les autres sur leurs propos respectifs… Où est le bouton stop déjà ?

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La bonne excuse

Malheureusement, et même si je m’améliore, je fais partie de ce groupe de personnes plus souvent en retard aux rendez-vous qu’on lui a donnés – voire à ceux que j’ai moi-même fixés – qu’à l’heure. Bien sûr, je suis ponctuelle dès lors qu’il s’agit d’un rendez-vous professionnel ou d’une séance de cinéma. Les retards, je les réserve aux personnes qui me sont proches. Ce qui, au même titre que la dualité onde-corpuscule en mécanique quantique, est à la fois logique et illogique, même si compréhensible. Le retardataire – jamais plus d’un quart d’heure me concernant, certains en parlent même comme du quart d’heure de politesse, ce qui me pousse à m’interroger sur l’intérêt de mon aveu liminaire – compte en effet inconsciemment sur la tolérance des seconds à l’égard de son forfait, ce qui ne signifie pas qu’elle les respecte moins que les premiers. Cela se joue à un autre niveau et ce n’est pas l’objet de ce duo. En revanche, tolérance ou pas, le retardataire de mauvaise foi cherchera toujours à se justifier et il trouvera toujours quelqu’un d’autre à incriminer. Car, par principe, le retardataire de mauvaise foi n’admettra pas qu’il est parti trop tard de chez lui, et, en tout cas, qu’il est le seul responsable de son décalage horaire. Il est plutôt drôle en fait car personne n’est dupe.

Ceci étant dit, les retardataires le sont parfois par erreur ou malgré eux. J’entends par là qu’ils mettent toutes les chances de leur côté pour partir à l’heure, ce qu’ils font en effet, mais, sur le chemin, ils tombent sur un hic qui contrecarre leurs bonnes intentions. Comme une photo par exemple. Il m’arrive régulièrement de tomber sur des photos lors de mes déplacements. Je ne croise pas littéralement le chemin de bouts de papier avec des images. A ce stade, elles n’existent même pas. Je ne fais que les visualiser, les imaginer et me projeter suffisamment sur ce qu’elles pourraient être pour décider de m’arrêter quelques instants et de les attendre malgré la forte contrainte temporelle. Comme ici, au pays du soleil levant, dans cet axe du soleil couchant, à coup sûr, quelqu’un allait passer et singulièrement donner vie à ce pan de mur banal. Oui, mais quand ? Cela, j’avais déjà oublié que c’était important…

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