Photo-graphies et un peu plus…

_DSC1207-72

« L’échelle ! » me lance-t-elle, légèrement agacée. « Si tu ne mets pas un élément de comparaison ordinaire dans ton cadre, impossible de se représenter la dimension exacte de ce que tu montres, a fortiori, de comprendre ton message. » « Mon message, mon message, comme tu y vas. Je voulais simplement dire qu’à Taichung, on ne badine pas avec la pub… »

Share on Facebook

La statue-surveillance

Comme vous vous en doutez, l’ancêtre de la vidéo-surveillance… Nettement moins discrète, beaucoup plus lourde et complexe à produire que celle actuellement déployée un peu partout dans le monde à tous les coins de rue, même si mille fois plus belle. La récupération des données, nécessitant par ailleurs des traducteurs langue des statues / espéranto – autant vous dire, une niche ! -, était également problématique : elle prenait un temps fou – 6 jours environ par journée d’observation – incompatible avec les délais imposés pour ce genre de mission de surveillance. La mutation électronique amorcée il y a 2 décennies après des siècles de bons et loyaux services de la statue-surveillance, en plus de banaliser les façades et les carrefours à l’extrême, a bousculé une génération de sculpteurs, même si une part non négligeable d’entre eux est étonnamment restée de marbre…

Share on Facebook

L'illumination

Ce moment de la journée, cet endroit du monde, ce point sur le sentier, où tout d’un coup, on a l’impression que le soleil s’est mis à écrire avec ses (c)rayons… Se ferait-il photo-graphe ?

Share on Facebook

Je me sens...

Jamais je n’ai encore utilisé les indicateurs d’humeur proposés par le réseau social bleu que je vois parfois fleurir sur les statuts de mes contacts afin d’auto-commenter l’état d’esprit dans lequel ils sont à l’instant t par un émoticône doublé de sa traduction verbale au cas où cela ne serait pas très clair et, à terme, avec l’idée, peut-être, de résumer une émotion parfois subtile à un rond, des courbes et des traits diversement placés. Je ne suis d’ailleurs pas certaine d’avoir envie de le faire. Mais, comme les longueurs à la piscine, je changerai peut-être d’avis un jour (même si, d’une part, je ne vais plus à la piscine et, d’autre part, j’en doute). Il n’empêche que le spectre émotionnel proposé – je suis allée voir quand même – est extrêmement large et donne l’impression d’être au rayon sauce soja dans un supermarché taïwanais (j’ai bien conscience que l’analogie est inattendue mais c’est probablement parce que vous n’avez jamais eu à en choisir une dans ces circonstances) ou alors face à ces tests de psychologie où l’on vous pose plusieurs fois la même question différemment pour s’assurer que vous ne dissimulez rien…

Comme j’ai du temps à revendre (ah ah ah !), je les ai recopiés un à un. J’avoue avoir été un peu surprise de les découvrir tous accordés au féminin, non que je ne sois pas une femme, mais c’est une attention qui rappelle à quel point rien n’est laissé au hasard dans ce monde connecté. Alors, voilà comment je – vous également – suis susceptible de me sentir : très bien (ça m’arrive), merveilleusement bien (encore mieux, ça m’arrive aussi), amoureuse (aussi), aimée (bah oui), calme (plutôt oui), triste (oui bien sûr), amusée (oui parfois aussi), ravie (ok, on a compris), hyper bien (version plus jeune de « merveilleusement bien » ?), cool (encore plus jeune ? je croyais que « cool », c’était has been), a froid (je ne connais pas vraiment ce sentiment et je me demande surtout si c’est la proximité du mot « cool » qui est à l’origine de sa présence), en pleine forme (yes !), fière (ça m’arrive), folle (tout dépend de quelle folie on parle mais une personne qui s’autoproclamerait folle le serait-elle vraiment ?), festive (alors, je peux faire la fête, quant à être moi-même festive… c’est l’humeur qui l’est me murmure-t-on dans mon oreillette…), en pleine forme (soit ils l’ont mis deux fois, soit je l’ai retranscris deux fois), heureuse (oui, globalement), bien (oui aussi), fatiguée (ça peut arriver), détendue (je ne sais pas), motivée (très souvent), surexcitée (je connais ça), nostalgique (rarement), positive (plutôt oui), maladie (oups, la transition…), a le coeur brisé (un lien avec la précédente option ?), dégoutée (par plein de choses oui), perplexe (ça dépend), très en colère (rare mais possible), optimiste (autant que possible), reconnaissante (oui, oui et oui – pensée pour mes parents…), contente (forcément ça arrive), déterminée (sûrement), chanceuse (à fond), super bien (on ne l’a pas déjà vu celui-là ?), incroyablement bien (variante du « merveilleusement »… qu’est-ce qui vous ferait opter pour l’un plutôt que l’autre excepté le fait que celui-ci est en milieu de liste et qu’il faut déjà pas mal hésiter sur son émotion pour en arriver là et du coup, ce serait peut être plus « dubitative » qu’il faudrait indiquer), impressionnée (par certaines personnes oui), soulagée (parfois oui), inspirée (j’y aspire), stressée (dire non serait un travestissement de la réalité), inquiète (ouais ouais), impatiente (oui et non), pensive (trop), terriblement mal (rarement mais si je me concentre sur certaines informations, souvent), en a marre (non, on ne peut pas dire ça), confiante (ça dépend des jours), spéciale (oui), funky (non pas vraiment), sereine (là, c’est une question piège mais comme on ne peut pas cocher plusieurs cases à la fois, sauf là, ça va), impuissante (non), effondrée (non plus), désespérée (non non), choquée (non), déprimée (mais non… bon, là, c’est le volet négatif apparemment, en bout de liste comme si on n’était pas déjà au fond du trou, il faut scroller, scroller vers le bas, négatif qui occupe nettement moins de mots que ce que l’on pourrait ranger du côté « positif » donc deux options : soit le réseau bleu plébiscite les gens globalement heureux soit les émotions négatives sont moins variées), furieuse (on peut aussi utiliser cette liste comme dictionnaire des synonymes donc), exaspérée (non), satisfaite (j’ai déjà répondu), ok (ça valait vraiment le coup de le préciser), formidable (oui), motivée (très souvent… lui aussi, deux fois…), déçue (ça arrive), perdue (littéralement rarement sauf dans les jardins et forêts), émue (facilement), crevée (il est 1h01, oui), belle (rho, la question…), en paix (ça fait un peu morbide je trouve), sûre (on attend la suite), angoissée (pas là), aventureuse (pas assez), pas mal (selon quels critères ?), cassée (non), seule (non plus), endormie (pas encore), curieuse (mon ADN), gâtée (oui), affamée (non), sarcastique (ça arrive), incomplète (effectivement, il me manque une dent), en sécurité (oui), faible (non), bizarre (non), a le cafard (pff, non), a le mal du pays (non plus), découragée (c’est reparti, non, enfin si parfois, mais je ne vais pas non plus tout dévoiler), prête (à aller au lit), confortablement bien (assise dans mon canapé), a chaud (bientôt), pas à sa place (si si… où vont-ils chercher tout ça ?), drôle (pas tous les jours), forte (pour siffler, oui), libre (ah ah ah), a peur (un peu), malheureuse (non), pas terrible (non), ennuyée (non), mieux (est-ce que ça veut dire que précédemment, j’ai mis que ça n’allait pas ?), très fâchée (bah non) et enfin, merci (le réseau bleu sait que c’est le mot que j’écris le plus souvent sur mon mur). Donc voilà, oui, je me sens merci… Je me sens merci du fond du coeur même !

Share on Facebook

L'injustice visuelle

L’autre jour, une étrange pensée m’a traversé l’esprit : sauf pathologie ophtalmique particulière, les êtres humains ont tous – modulo quelques degrés – le même champ visuel horizontal. 180 degrés au maximum en vision binoculaire. Presque rien ne devrait nous échapper… Enfin, si, tout ce qui se passe derrière… Bref, à cet égard, ce champ de vision fait donc partie des constantes intrinsèques du corps humain, avec, dans le meilleur des cas, deux bras, deux jambes, une tête, deux yeux, deux oreilles, un nez, une bouche… vous voyez le topo !

Une autre pensée étrange est alors venue s’immiscer dans mon fil interrogatif : pourquoi le champ visuel ne serait-il pas corrélé à l’ouverture d’esprit des gens ? Cela pose évidemment une troisième question : comment se mesure objectivement l’ouverture d’esprit de quelqu’un ? Car, en l’espèce, il n’y a pas réellement de référentiel universel. Nous naviguons dans le subjectif, à comparer des ODE relativement à la nôtre ou à celles de personnes que nous connaissons, et que nous avons de toute manière tendance à comparer à la nôtre. Mais, mettons cette question d’échelle d’objectivité de côté pour le moment. Elle n’empêche en effet pas de continuer à s’interroger théoriquement. Aussi, si je vais au bout de l’idée sous-jacente de cette deuxième question, pourquoi donc une personne étroite d’esprit voit-elle à 180 degrés alors que, manifestement, cela ne lui sert pas à grand chose ? Pourquoi n’a-t-elle pas physiquement un champ visuel restreint, l’obligeant à tourner la tête pour embrasser le reste du panorama ? Parce qu’il y a toujours de l’espoir ? Parce qu’un champ visuel réduit la conforterait assurément dans sa vision partielle du monde (ce qui est finalement assez logique) ? Ou tout simplement parce que le cahier des charges était déjà suffisamment complexe pour, en plus, introduire ce genre de paramètres ? Evidemment, aucune réponse sensée à ces questions spéculatives… Quoiqu’il en soit, cela reste toujours moins désagréable et moins frustrant de ne pas avoir de réponses à des questions qui n’ont pas à se poser !

Share on Facebook

Bad girl

Je suis fascinée par la capacité des jeunes d’aujourd’hui à se mettre aussi facilement et efficacement en scène usant de codes que je qualifierais d’adulte sans trop savoir si ma remarque est rétrograde ou pas. Ok, elle l’est, un peu… Ces deux-là, en rouge et noir, sont complètement dans leur bulle. Et, dans ce monde à part, elles sont totalement hermétiques au ballet qui s’affaire autour d’elles et en particulier aux regards masculins qui se posent puis s’accrochent à elles, de bas en haut, de haut en bas, alors même que celles qui les accompagnent parfois leur lancent, à leur tour, à eux, et malgré leur T-shirt Bad Girl au singulier, un autre type de regard : « Ne fais pas semblant, je t’ai vu, c’est amusant, c’est tellement cliché. » (un autre type de cliché que celui d’hier) Et lui, « Je vois bien qu’elle me regarde. Fais comme si de rien était, ça va passer… » Evidemment, je ne suis pas dans leurs têtes. Ceci étant dit, c’est fou comme une simple image peut parfois être un concentré de la nature humaine.

Share on Facebook

_DSC2882-72

Ce soir, j’avais envie de me reposer sur un cliché. Ces photographies déjà vues mille fois sur le net, qui se ressemblent toutes plus ou moins, plus plus que moins, et qui ont peut-être même été à l’origine de votre voyage. Cette photo là, j’avais envie de la prendre moi aussi. De fait, en arrivant à Manarola, l’un des cinq villages du parc national des Cinque Terre, enfer estival autant que paradis hivernal (celui que j’avais choisi), j’étais tout de suite partie à sa recherche : la croix au sol indiquant où se mettre pour prendre ledit cliché. Et à vrai dire, la mission n’avait pas été si complexe : un attroupement signalait sa présence d’assez loin.

J’avais juste attendu que le soleil ne se couche, puis dore les falaises et les maisons colorées de ce village escarpé, et qu’un petit bateau sorte du port pour déclencher. D’ailleurs, même cette image-là, on la trouve par dizaines… Peu importe, le cliché, on ne se met pas de pression en le prenant, on n’a même pas à l’imaginer – d’autres l’ont fait avant soi -, on n’a pas non plus à courir bêtement derrière un monsieur sur une plage enveloppée dans la brume en croisant les doigts pour ne pas le perdre de vue ni rater la photographie que l’on vient de prévisualiser où tout est évidemment parfaitement à sa place… Ce n’est pas que l’on n’attende rien d’un cliché non plus, bien au contraire : le cliché est une respiration. Essayez donc de ne pas respirer et vous verrez que vous ne tiendrez pas longtemps…

Share on Facebook

Insondable

Il est tombé dans la soirée et au petit-matin, il est encore là. Le brouillard. Il faut y aller. Voir. Quitte à ne rien voir. En l’occurrence, en arrivant sur la digue, la mer a disparu, les maisons ont disparu, les rochers ont disparu, le monde a disparu. Je vais le chercher. Sur la plage. Mes pieds atteignent le sable. Il est encore là, je le vois. Il n’y a guère que lui que je voie d’ailleurs. Il est mouillé. Je file droit, vers le néant. Vers ce qui est censé être le bord de l’eau. Invisible. La plage est immense, je le sais car c’est marée basse, mais je n’en vois ni le début ni la fin. Je guette les aventuriers qui sortiraient de la brume sans prévenir. De simples silhouettes. Ce sont elles que je viens cueillir. Seules ou en groupe, au pas ou au galop, sur terre ou dans l’eau. Ces âmes faussement perdues qui, comme moi, viennent éprouver la perte de repère, le flou terrestre, la brume énigmatique. Je les enveloppe de cette immensité blanche faisant plisser les paupières, je les perds dans le décor. Les cale dans un coin ou tout en bas. L’homme, si petit dans l’univers, et pourtant là, unique. Fragile et puissant. Insignifiant et précieux.

J’atteins le bord de l’eau, le brouillard y est accroché. Je me retourne, laissant la mer gentiment chahuter dans mon dos, je ne vois rien, strictement rien. Il est rare de ne rien voir en plein jour. C’est magnifique. C’est paradoxal. Je me tourne à nouveau vers la mer, pour que mon regard puisse accrocher quelque chose, une vague, une algue, un amateur de longe côte. Je me tends et puis commence à remonter. Tranquillement, car je cueille toujours. J’arrive à un point où tout est vide autour de moi. Je ne vois plus la mer que j’entends à peine, je ne vois pas encore la digue et la rangée de maisons sur lesquelles tout le monde fantasme. Un peu plus et je serais prise de vertige. Pas celui qui peut nous saisir en altitude. Non, celui du flottement, impalpable, indéfinissable, insondable. Là, à perte de vue, rien. Une peur irrationnelle pourrait très bien s’infiltrer dans les gouttelettes d’eau qui bloquent le champ visuel. Je me dis d’ailleurs que je vais fermer les yeux, faire cinq tours sur moi-même et repartir tout droit. Je pourrais alors errer des heures sans retrouver mon chemin. Mais non, la Lune ferait son travail, l’eau remonterait et m’indiquerait la direction à ne pas suivre. De toute manière, je n’ai pas le temps de me perdre. Alors, je continue vers ce que j’estime être la bonne direction, celle de la terre ferme, des lampadaires et des maisons bien définis. Un gros rocher se découpe grossièrement à l’horizon. Une simple masse plus sombre. Je le reconnais, il sera mon guide. Je me retourne, une sylphide en maillot fend l’air. Et regagne le monde visible. Le rocher grandit, s’affirme, une mère et sa fille progressent d’un pas prudent, la petite trace une marque dans le sable avec son talon droit – la Petite Poucette -, la mère s’assure que le reste de la famille suit bien, je poursuis mon chemin, remonte la plage, atteins le rocher, puis la digue. L’air s’allège, on voit de plus en plus loin. Le rêve se dissipe. La réalité revient. C’est fou comme l’absence de tout peut rendre heureuse.

_DSC0133-72

Share on Facebook

_DSC3411-72

Quel que soit l’endroit dans le monde – ici, Tokyo où tout semble parfois optimisé, parfois jusqu’à l’absurde -, il semblerait que ce soit toujours la même chose : pour une personne qui travaille réellement, il y en a 5, 6, 7 autres qui font les inspecteurs des travaux en cours et l’observent faire, tout en maintenant bien les bras croisés dans le dos. Il ne faudrait pas donner l’impression que leurs mains puissent être utiles…

Share on Facebook

_DSC5155-72

J’ai beau savoir que je suis l’auteur de cette photographie, et donc que cette scène a vraiment existé, je ne me fais absolument pas à ce tableau ! On dirait même un mauvais montage de deux bouts de photographies prises à des endroits diamétralement opposés du monde. Enfin, pas totalement opposés… D’un côté, le bateau à roues à aubes, que l’on imagine plutôt naviguer sur le Mississippi, crachant sa vapeur blanche dans un ciel bien bleu, Mark Twain, Tom Sawyer et une nature luxuriante compris. De l’autre, une micro-portion de l’immense Port de Hambourg, le troisième européen par la taille, au charme industriel intrinsèque indéniable, ne se mariant malheureusement absolument pas à l’univers dans lequel l’on se projette en voyant l’embarcation… Esthétiquement, c’est une faute de goût difficilement rattrapable !

Share on Facebook