Photo-graphies et un peu plus…

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Cela a beau être le surnom des Iles Kerguelen, je ne les ai jamais perçues sous cet angle un peu triste. Le seul moyen d’y parvenir ? Onze jours à fendre l’océan Indien à bord du Marion-Dufresne depuis l’île de La Réunion, la terre habitée la plus proche. A 3250 km. Le navire ravitailleur y dépose les hivernants puis repart, pour ne revenir qu’un mois après (en été seulement, moins ensuite), avec victuailles, courrier, matériel… Savez-vous qui lui a attribué ce surnom ? James Cook ! Oui, celui-là même qui, le premier, a cartographié la Nouvelle-Zélande. Un peu plus et Kerguelen – du nom du navigateur Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec qui y a accosté en 1772, quatre ans avant Cook (oui, un Breton, rangez vos drapeaux s’il vous plaît !) – passait du côté de la couronne britannique ! Pour honorer son passage malgré tout, la calotte glaciaire, qui couvre une grande partie du centre ouest de cette île plus petite que la Corse, porte le nom de Cook. C’est fou, cette manie de donner son patronyme à ce que l’on découvre ! Lorsque, avec mon camarade de manip éthologue, nous avons décidé de baptiser la grotte où nous nous étions installés quelques jours pour étudier un groupe de manchots – ma main gauche se souvient encore d’un coup d’aile bien musclé de l’un d’eux pendant que nous pesions l’œuf qu’il couvait –, l’idée de choisir nos prénoms ne nous a pas effleuré l’esprit. Pour nous, c’était « la grotte de Melchior ». Je ne me souviens toutefois plus de nos motivations d’alors. Cela remonte à plus de 20 ans. Et je ne sais si le nom a perduré depuis, bien que nous l’ayons partagé avec les autres hivernants en retournant à la base de Port aux Français et que, comme dans certaines sociétés, la transmission orale est de mise sur ces îles…

J’ai beaucoup pensé à cette année passée sur cette île déserte avec une cinquantaine d’autres personnes au cours de ce voyage en Nouvelle-Zélande. En particulier, sur l’île du Sud, plus sauvage, plus montagneuse, plus originelle, plus minérale… Et, assurément, d’une autre manière, depuis que le mouvement s’est arrêté et que le confinement a commencé. Parce que cette expérience incroyable, inoubliable comme vous pouvez l’imaginer, inscrivant un avant / après sur ma ligne de vie, en était déjà un. Confinement. Il y a mille façons de s’isoler du monde, de se révéler à lui et de le voir se révéler à nous. Et même si tout n’a pas été facile pendant cette mise à l’écart exceptionnelle de 13 mois, cette vie au contact de la nature – pas un seul arbre cependant sur l’île, hormis celui, planté dans le prolongement du bâtiment médical et résistant héroïquement au vent en veillant à ne jamais laisser ses branches s’aventurer plus haut que son toit – a plus été un révélateur, une ouverture, une découverte de l’autre, de soi, une grande histoire d’amitiés qu’un enfermement.

Mais voilà que mon esprit dérive à nouveau… Je voulais parler du Grand Albatros. Le plus grand oiseau au monde aujourd’hui, dont l’envergure peut atteindre 3m70. Ce grand voyageur, qui passe 95% de sa vie à voler au sud des océans Indien, Austral, Atlantique, Pacifique, n’est pas facile à croiser dans une vie… Il faut naviguer sur ces eaux tumultueuses ou se trouver sur l’une des rares îles où il se pose pour se reproduire. J’ai eu le bonheur et la chance de le rencontrer et de l’étudier un peu avec les ornithologues à Kerguelen pendant cette période de nidification. Quelle beauté, quelle merveille ! Et puis, il a totalement disparu de mon champ visuel. Jusqu’à il y a trois semaines… Car se trouve en effet, près de Dunedin, au sud de l’Ile du sud, une petite colonie d’Albatros Royal choyée par les scientifiques. Pour l’experte que je ne suis pas, ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Il s’agit là de l’unique colonie « continentale » au monde – c’est amusant que les néo-zélandais utilisent ce terme pour qualifier leur île, et en tout cas, la distinguer des îles confettis qui ont généralement la faveur de ces vagabonds ailés. Ce n’était pas une madeleine mais le retour à Kerguelen, lorsqu’ils ont glissé dans l’air au dessus de nos têtes, a été immédiat. C’est étonnant comme parfois, le passé refait surface et fait écho au présent, comme si ces réminiscences devaient nous aider à comprendre le présent ; comme si, malgré les nombreuses années entre les deux moments, le temps n’avait finalement pas existé.

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Suite à l’ascenseur émotionnel d’hier, bien géré cependant, et une arrivée nocturne mais réconfortante à Wellington, aujourd’hui dimanche, c’est relâche ! Après avoir bavardé avec quelques voyageurs plus ou moins anxieux à l’auberge, nous décidons de ne pas nous poser de questions – ce qui est plutôt une bonne chose et un vrai défi – et de laisser passer la journée tranquillement. D’autant que, de toute évidence, elle ne nous apportera pas plus de réponses. Pour l’heure, le seul fait d’être sur l’Ile du Nord, et en particulier à Wellington, la capitale, nous suffit et nous rassure (non que nous soyons inquiètes). Cela peut en effet être utile de n’être plus qu’à quelques minutes de marche de l’Ambassade, du Service d’immigration, des bureaux de compagnies aériennes, versus de vaines heures d’attente au téléphone, des dizaines de kilomètres et un Détroit à passer.

Voici donc les faits : nous sommes le 22 mars et en Nouvelle Zélande depuis le 10 janvier ; notre vol pour Paris via Singapour, initialement prévu le 30 mars après un premier changement, est annulé ; les alternatives n’existent quasiment plus – l’Australie accepte encore 2 jours les transits de moins de 8h dans sa zone internationale et ensuite, ferme tout – ; les cas augmentent en Nouvelle Zélande – 67 désormais ; il est recommandé aux Français en voyage de rentrer au pays – vos récits et les prévisions pour les prochains jours / semaines ne donnent pas vraiment envie d’insister et puis, techniquement, l’étau se resserre – mais à ceux qui le peuvent de rester ici – on parle d’interruption des vols jusqu’au 30 juin a minima. Tout cela sera encore d’actualité demain car, pour une fois depuis plusieurs jours, nous avons la sensation que le temps s’est arrêté et nous offre un peu de répit pour respirer. A moins que cela ne soit notre posture vis-à-vis des événements qui évolue…

Ceci dit, nous nous extrayons quand même de notre chambre dans l’après-midi pour tâter le pouls de la ville et récupérer la clé de l’appartement où, peut-être, nous devrons séjourner plus longtemps que prévu. Le soleil est au rendez-vous, nous avançons de façon presque insouciante. En février, lorsque nous avions découvert Wellington, les rues étaient très animées. Enfin, au moins jusqu’à 18h, heure à laquelle presque tous les commerces ferment en Nouvelle-Zélande. Voilà qui nous a décontenancées plus d’une fois d’ailleurs mais garantit, a priori, une vie extra-professionnelle plus riche et équilibrée. Aujourd’hui, les rues sont quasi désertes, tout comme les quais, nombre bars et restaurants sont fermés, les musées aussi… Le confinement n’a pourtant pas été proclamé. Seulement, les gens semblent avoir bien intégré le conseil simple donné par le gouvernement : « rester chez vous ». Nous nous disons, naïvement croyez-vous ?, que, même si le virus continue à se développer ici – ce qu’il fera assurément -, la gestion de la crise sera peut-être plus proche de ce qui a été mis en œuvre, avec succès, à Taïwan, Hong Kong ou en Corée du sud, que dans les pays latins…

En fin de journée, avant de regagner notre chambre à l’auberge de jeunesse, nous faisons une incursion dans la forêt toute proche de notre futur refuge. Histoire de prendre le vert et de humer les essences purificatrices des eucalyptus qui nous accompagnent discrètement depuis notre arrivée sur ces îles. Chaque chose en son temps. Demain arrivera bien assez vite !

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Hokitika ! Le nom de certains sites et villes néo-zélandaises résonne comme des gouttes de pluie sur un tambour… Je suis à Hokitika, petite ville de la côte ouest de l’île du sud quand le confinement débute en France. A admirer le coucher de soleil sur la Mer de Tasman. J’ai beau être sur une île, je n’en ai pas vu tant que cela depuis mon arrivée et cela me manquait.

Je dois admettre que celui-ci a une saveur particulière.  Impossible de ne pas penser à tous ceux – en particulier, famille et amis – qui, en quelques heures, ont perdu la possibilité de se déplacer librement. Je pense à eux, je pense à vous, en nous regardant, nous, de ce côté du monde, libres, face à l’immensité de la mer, observer, sans oser tourner la tête une seconde de peur d’en rater un bout, la descente inéluctable et imperturbable de l’astre du jour sur l’horizon. J’ai l’impression que, ce soir, nous le regardons différemment, ce petit cercle jaune. Avec une joie, un émerveillement, une gratitude décuplés, mais aussi une pointe de nostalgie, de mélancolie – beaucoup de ces silhouettes anonymes sont des voyageurs de passage. Avec cette conscience aiguë et peut-être nouvelle que tout peut basculer du jour au lendemain. Que tout a déjà basculé, ailleurs. Qu’ici, ce n’est peut-être qu’une question de temps. Ou pas. On ne sait pas. On  ne peut pas savoir. On ne peut pas pré-voir. Reste que, dans ce nouveau monde plein d’incertitudes, il est rassurant de savoir que, quoi qu’il se passe, le soleil se couche et se lève, même si on ne le voit pas toujours…

Sinon, la Nouvelle Zélande vient de fermer ses frontières à tous les étrangers.

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Les tics

« Nous sommes malades de notre rapport au temps » annonçait récemment l’historien Jérôme Baschet dans un entretien accordé à la très recommandable revue Usbek&Rica. Je ne peux qu’abonder dans son sens et ces pages sont d’ailleurs remplies de symptômes relatifs aux diverses pathologies temporelles que je collectionne depuis des années (en plus des éléphants et des bouteilles d’air). L’autre jour par exemple, j’ai réussi à me convaincre de regarder une conférence retransmise en ligne et en direct sur le recours à la fiction comme facteur libérateur de l’innovation. La salle était complète, c’était l’alternative proposée par les organisateurs. Etrangement, je trouve qu’assister à une conférence physiquement est très différent de la suivre en live derrière son écran. C’est comme si le temps ne s’écoulait pas de la même manière selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre, selon que l’on est dans le même espace que les orateurs et le public ou pas, que le corps est impliqué ou pas. Et voilà donc qu’au bout de quelques minutes à les écouter, j’ai eu envie d’aller au sujet suivant, en somme, d’accélérer le réel… J’ai bien conscience que c’était en partie lié à cet écran écran (ce n’est pas une faute), inhabituel pour du temps réel, mais sur le moment, j’ai vraiment cru que c’était possible.

J’ai de fait décroché pour imaginer une vie au temps objectivement et réellement élastique. Indépendamment donc de toute subjectivité scotchée au temps qui passe et qui est propre à l’histoire de chacun. Une vie où l’on pourrait choisir d’accélérer le temps certes, mais aussi le ralentir, la journée devant toutefois toujours faire 24h. Evidemment, cela pose d’insondables questions et la première me venant à l’esprit concerne tout simplement le cours du temps car celui qui choisit de l’accélérer ne peut revenir en arrière comme on le fait avec une vieille VHS (ou une vidéo YouTube si vous préférez). Comment peut-il alors s’assurer qu’il n’a pas manqué quelque chose d’important dans sa vie, une rencontre qui changerait tout, un rayon de soleil qui illuminerait sa journée, le début d’une action qu’il prendrait alors en cours sans en connaître les tenants et les aboutissants ? Et de quoi est composé ce temps accéléré ? D’un futur condensé ? Cela signifierait-il alors que tout est écrit, que le futur existe déjà et que nous ne faisons qu’aller à sa rencontre seconde après seconde ? Et si quoi qu’il en soit, la journée doit toujours faire 24h et pas une minute de plus ou de moins, accélérer le temps à un moment suppose de le ralentir d’autant à un autre pour compenser… Cela devient sacrément compliqué tout d’un coup. Comment en effet choisir la période de temps à dilater sans savoir de quoi elle serait faite avec un temps s’écoulant « normalement » ?

Cet exercice de pensée un peu vain me convainc cependant qu’il est bien plus sain – voire simple – de vivre au présent… Ce qui n’est pas rien. Je me reconnecte au direct, encore quelques secondes et je réussirai à nouveau à discriminer chaque son. Voilà, je les entends distinctement. Et je réalise à cet instant qu’être sportif doit certainement être un critère clé pour participer à une conférence tant ils passent leur temps à rebondir les uns et les autres sur leurs propos respectifs… Où est le bouton stop déjà ?

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Je suis sûre que cela vous est déjà arrivé à maintes reprises… Vous venez de passer une super soirée chez des amis, au théâtre, dans un parc, au ciné, sur la plage, au concert, autour d’un feu… Bref, hors de chez vous. Ceci dit, ce qui suit fonctionne aussi si ladite soirée s’est révélée désagréable, mais je préfère l’hypothèse optimiste. Poursuivons donc. Il fait nuit, il fait froid, vous êtes fatigué, vous n’avez pas vraiment envie de vous frotter aux transports en commun à cette heure tardive, vous lâchez à voix haute : « Si la téléportation existait, je me jetterais directement dans mon lit ». Fantasme auquel a minima une personne répond toujours : « Moi aussi ! ». Comme si, ce saut de puce, c’était la panacée. Personnellement, je me dois de vous dire que si la téléportation existait, même au faîte de ma fatigue post-bonne soirée, ce n’est pas dans mon lit que j’irais mais bien plus loin… Par exemple, là, sur les bords du Salar de Uyuni, en Bolivie, à l’aube, à admirer le lever de rideau bleu du jour naissant se reflétant dans l’eau du lac et, aux antipodes, l’arrivée solennelle de notre soleil éclairant de ses rais quelques monticules de sel aux allures d’iceberg… Je ne serais assurément pas reposée mais ce serait bien plus beau !

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Assister à des conférences est un moyen parmi d’autres d’approfondir des sujets qui nous intéressent, d’en découvrir de nouveaux, de stimuler notre cerveau, d’occuper notre temps… Il arrive parfois que nous n’en retenions rien (phrase assez difficile à dire sans accroc à voix haute : cela fait 6 fois que j’essaye, en vain… mais je la conserve pour l’exercice de diction). Cela peut venir des orateurs pas vraiment passionnants ; du sujet un peu trop abscons ou au contraire, bien plus maîtrisé qu’on ne le croyait ; et bien évidemment de soi aussi : pas concentré, fatigué, absent. Il arrive aussi parfois que nous ne retenions qu’une unique information, une sorte de pépite qui efface instantanément toutes celles que nous avions précédemment mises de côté dans un coin de notre tête avant que celle-ci ne s’extrait de la bouche d’un des invités. Exemple ! Il y a une poignée de jours, je me suis installée au dernier rang de la salle pour entendre parler de l’art comme moyen d’aborder et de présenter différemment des défis sociaux, économiques, environnementaux… auxquels notre monde est confronté. Histoire de les rendre plus abordables et appréhendables – en com’, on dirait « plus sexy » -, de sensibiliser un public plus large dans l’espoir d’amorcer un changement de société. Vaste programme, vous dites-vous. Et vous avez bien raison. Mais il faut bien espérer, sinon, à quoi bon ?

Quoi qu’il en soit, à un moment, proche de la fin, j’en entends un dire : « nous avons 70 000 pensées par jour dont 65 000 sont les mêmes que la veille ». Bingo ! Bic armé, je note sur mon carnet, j’oublie tout le reste, je reste focalisée sur cette nouvelle donnée. Sur CES nouvelles données. « 70 000 ! », je répète, en mimant inconsciemment Doc lorsqu’il apprend que la Dolorean de Marty devra être propulsée à 88 miles à l’heure pour retourner dans le futur ! Les questions se bousculent déjà à l’entrée, brandissant chacune leur petit ticket numéroté pour ne pas se faire doubler par les voisines. Comment a-t-on réussi à compter les pensées ? Mais avant tout, qu’est-ce qu’une pensée ? Et le fait de se demander ce qu’est une pensée, est-ce une pensée par exemple ? Tout le monde est-il traversé par un nombre de pensées identique ? Ou plutôt un nombre identique de pensées ? Ce qui n’empêche pas de partager certaines pensées par ailleurs. Et comment sait-on que 93% des pensées d’un jour lambda sont les mêmes que celles que nous avons eues la veille ? Cela signifie-t-il que ceux qui les ont comptées connaissent également leur contenu ? Et que penser de ces 5 000 nouvelles pensées quotidiennes ? Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Pourquoi n’y en a-t-il pas plus ? Est-il possible, non pas d’inverser la balance, mais d’équilibrer un peu tout cela ? Ou, sommes-nous à ce point condamnés à ressasser notre passé jour après jour ? D’autant plus que 70 à 80% de ces 70 000 pensées seraient négatives, résidu très encombrant de notre état d’homme primitif menacé par une foule de dangers qu’il a pourtant appris à maîtriser en évoluant. Revivre hier, s’inquiéter de demain chaque jour alors qu’a priori, la probabilité de tomber sur une baie mortelle est infinitésimale, sauf si vous êtes le personnage principal d’Into the wild, quel gâchis ! Dès lors, peut-on se forcer à avoir des pensées positives (si oui, comment ?), pour que, jour après jour, leur nombre croisse et celui des pensées négatives se réduise comme peau de chagrin ? Le positif alimente alors le positif, la donne change, nous allons de l’avant : le « bonheur » serait-il une simple question de perspective ? Le bonheur, serait-ce vivre au présent ? Inspiration, expiration, inspiration, expiration, inspi…

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Tout feu tout flamme

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Danger substanciel

Un nouveau venu du côté des néophotologismes… Comme son nom l’indique, le danger substanciel est un danger venu du ciel – par avion par exemple – sous forme d’une substance – ici, un spray d’ADN – qui menace substantiellement notre intégrité d’être humain et qu’il faut donc fuir en courant avant qu’il ne nous atteigne et ne nous change à jamais. Evidemment, cela suscite un certain nombre d’interrogations à la fois scientifique, technique, philosophique, physiologique, biologique, génétique et tous les autres mots en -ique…

Tout d’abord, comment a-t-on réussi à transformer l’ADN en un liquide pulvérisable ? Quelle couleur ou quelle odeur a un spray d’ADN ou en tout cas, comment le repérer quand on se promène nonchalamment, l’air de rien ? Et à qui cet ADN appartient-il exactement ? Personnellement, si on me pulvérise de l’ADN de génie, genre Einstein par exemple, si tant est que l’on puisse corréler personnalité et ADN, je ne bouge absolument pas : j’absorbe, j’encaisse, je m’offre entièrement à lui ! Le fait que l’on nous exhorte à fuir n’est de fait pas très bon signe… et invite à se poser une autre question : qui envoie cet ADN là ? A quelles fins ? Et qui nous prévient du danger ?

Enfin, une fois touché par cet ADN alien, que devient-on ? Un mutant ? Comment réussit-il à s’intégrer à notre propre génome ? Ce dernier est-il en mesure de résister ? Au bout de combien de temps des modifications apparaissent-elles ? Sont-elles uniquement comportementales ? Ou peuvent-elles être physiques ? Et, surtout, sont-elles irréversibles ? Redevenons-nous nous-même après avoir essuyé les assauts abêtissants d’un spray d’ADN ? Etre ou ne plus être soi-même, telle est la question !

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Le rêve postmonitoire

Oui, je sais, généralement, nous faisons plutôt des rêves prémonitoires : un phénomène toutefois très inhabituel, souvent dérangeant pour ceux qui les font car rarement positif, encore difficilement compréhensible scientifiquement et suggérant presque que le voyage dans le temps existe… Mais il ne s’agit pas de cela. Aujourd’hui, j’ai bien fait un rêve postmonitoire. Qui plus est, en plein jour. Là, je marchais tranquillement en pleine campagne quand, tout d’un coup, flash ! Je vous vois cogiter…

Si un rêve prémonitoire consiste à rêver de quelque chose qui va réellement se produire dans le futur sans que cela puisse être le fruit d’une quelconque anticipation, un rêve postmonitoire porte, en toute logique, sur un événement du passé – comme la grande majorité des rêves me lancerez-vous, et à raison – dont nous n’avions, jusqu’à lors, absolument aucune connaissance.

Bref, j’ai donc rêvé que la femme avait déjà posé le pied sur Mars il y a 39 ans, seulement une poignée d’années après les premiers pas de l’homme sur la Lune (petits joueurs…), et que cela ne s’était jamais ébruité pour plusieurs raisons, dont la concomitance semble tout bonnement invraisemblable : compte tenu du coût de l’opération et des énormes risques encourus – que d’aucuns auraient jugé inutiles -, tout avait été organisé dans le plus grand secret ; l’entièreté de l’équipe impliquée avait ensuite été victime d’un étrange virus, un microbe de charbon probablement, avant même de pouvoir annoncer au monde, forcément entier, l’exploit intragalactique fraîchement accompli ; enfin, un incendie – combustion spontanée manifestement – avait mystérieusement ravagé leurs locaux ne laissant aucune trace de cette aventure, assurément la plus extraordinaire de l’humanité depuis la nuit des temps ! Il ne me reste plus qu’à le prouver maintenant !

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Souffle au coeur

Rien de plus banal, en apparence, que des ballons de baudruche… Quel drôle de nom d’ailleurs, quand on y pense, non ? A voix haute, c’est même pire : « bal-lon de bau-dru-che »… A en douter de l’exactitude de l’expression ! La baudruche étant originellement une membrane fine du gros intestin de boeuf ou de mouton, on comprend mieux son extension au ballon en caoutchouc. Mot à la musicalité singulière sur lequel je pourrais également m’étendre, à défaut de me détendre.

Revenons à nos moutons… Un ballon de baudruche donc. La banalité très finement incarnée soit. Belle et festive qui plus est. Ce qui n’est déjà plus si banal. En réalité, contrairement aux apparences donc, un ballon de baudruche, c’est extrêmement sérieux. J’en veux pour preuve la récente étude que leur ont consacré deux chercheurs du CNRS (si, si), qui se sont plus particulièrement penchés – mais de loin tout de même – sur leurs mécanismes d’explosion : il n’y en aurait d’ailleurs que deux, mais je vous laisse lire l’article pour que vous les découvriez par vous même. J’imagine parfaitement les journées d’expérience de ces deux-là : d’abord se faire livrer des centaines de ballons de baudruche, puis les gonfler (on espère, avec une mini-pompe), puis les faire éclater les uns après les autres soit en ne s’arrêtant pas de les gonfler soit en plantant une aiguille à leur surface. Le tout, bien sûr, devant des dizaines d’enfants retranchés dans une salle dotée d’une vitre teintée pensant, à tort, que tous ces ballons leur sont destinés. Ces derniers sont bien évidemment filmés pour les besoins d’une expérience sociologique portant sur l’attente forcée, le phénomène d’anticipation d’une joie et la gestion de la déception face à un objet convoité qui s’envole sous nos yeux chez les moins de 7 ans n’ayant ni frère ni soeur et idéalement monolingues francophones. Je suis d’accord avec vous, quel monde cruel que celui de la recherche ! Au bout de la 247e explosion, leurs collègues, fatigués de sursauter à chaque bang, leur ont aussi demandé d’emménager dans une chambre sourde. Ce qu’ils ont fini par faire (même si c’était quand même bien moins drôle…).

Mais revenons à nos boeufs… Un ballon de baudruche donc. Enfin, juste ceux-là, accrochés à cette maison en adobe hybride. On sent bien qu’ils sont fatigués et qu’ils ne pourront plus exploser dignement. Ce que l’on ne sent absolument pas en revanche, c’est l’effort qu’il a fallu pour les gonfler. Car, et c’est là où je voulais en venir, nous sommes à plus de 4 000 mètres d’altitude… Et à cette hauteur, souffler dans un ballon de baudruche est tout sauf un acte insignifiant…

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