Photo-graphies et un peu plus…

D'amour et d'eau fraîche

L’un d’entre vous aurait-il l’adresse postale du BED ? Pardon, le Bureau des Expressions Dépassées. Parce que je voudrais en soumettre une : Vivre d’amour et d’eau fraîche. On l’emploie habituellement – et parfois ironiquement – pour dire qu’il suffit de peu – d’amour et d’eau fraîche en l’occurrence – pour vivre, sans se rendre vraiment compte que l’un comme l’autre sont, de nos jours, des denrées potentiellement rares, donc convoitées, jalousées et que certains se font même la guerre pour avoir l’un et/ou l’autre.

L’amour d’abord. Croyez-vous vraiment que l’amour soit si facile à trouver ? Pourquoi, dans ce cas, le célibat augmente-t-il partout dans le monde ? Certains passent ainsi leur vie à le chercher, en vain ; d’autres, sans spécialement faire d’effort, le rencontrent toujours. Entre ces deux extrêmes, ça va, ça vient, à un rythme plus ou moins régulier. Quant à l’eau fraîche ! Là aussi, vraiment ? Alors que l’on parle désormais de l’eau douce comme de l’or bleu, que l’accès à l’eau est un enjeu majeur de notre siècle, et que près d’un tiers de la population mondiale n’a pas cette chance inouïe de pouvoir faire ce geste totalement anodin pour nous, tourner un robinet, pour voir s’en écouler de l’eau potable ? Bref, vivre d’amour et d’eau fraîche, c’est bien poétique, mais, même cela, en pratique, ça n’est déjà plus une évidence…

Share on Facebook

_DSC7124-72

 Au beau milieu de la nuit, hier, j’ai subitement été réveillée par des secousses. J’ai cru vivre le deuxième séisme de ma vie après un nano-baptême l’an dernier à Taiwan*. J’étais à mon bureau et tout d’un coup, j’ai senti un étrange et bref mouvement latéral. Rien du tout en fait à l’échelle des séismes, ce qui n’ôte rien à ma perception, inédite, d’avoir senti bouger la Terre sous mes pieds. Mais en réalité, la nuit dernière, ça n’était pas un séisme. Mais mes voisins du dessous. Voyez-vous, mes voisins du dessous s’aiment beaucoup, à toutes les heures du jour et de la nuit. Ils s’aiment longtemps aussi. Monsieur est un athlète. Je pense même qu’il pourrait s’inscrire à un prochain Ironman ! Et ils s’aiment bruyamment surtout. Madame est chanteuse lyrique. Ou aspirante. Tant d’amour est évidemment une excellente nouvelle alors que partout sur ce globe, les gens s’entretuent pour un rien. Mais fallait-il vraiment que cette débauche d’émotions s’exhibe sous mon lit ? A des heures où je préférerais dormir et consolider mes souvenirs du jour pour qu’ils durent toujours ? Non, je ne le crois pas. Ces deux-là n’ont-ils pas lu tous ces articles sérieux et angoissés annonçant, statistiques à l’appui et la mort dans l’âme (genre, ces jeunes ne savent plus vivre), que les jeunes générations se désintéressent de plus en plus du sexe, allant jusqu’à préférer se passer de lui plutôt que de leurs smartphones ? Pourquoi fallait-il que mes voisins du dessous soient justement ceux qui fassent mentir les chiffres ?

Au début, c’était amusant – « oh dis donc, ils sont en forme ! », « ce ne serait pas des adeptes du sexe post dispute ? » -, on en parlait avec humour – « il faudrait peut-être qu’ils changent de sommier ? » ou « qu’ils décollent le lit du mur ? » ou « qu’ils mettent des patins sous les pieds du lit ? », on notait les exploits – « hum, 6 aujourd’hui non ? », « ça doit être un 9 ça ? », on dissertait architecture – « c’est quand même très mal insonorisé ces vieux immeubles ! » -, on évoquait même le dilemme en public restreint, confidence qui se soldait systématiquement par la même réponse : « ça doit donner des idées ! ». Alors, oui, en effet, ça donne des idées. Mais pas forcément celles auxquelles les autres pensent… A cette fréquence là – ce qui pousse nécessairement à s’interroger sur sa propre sexualité, passée, présente et future -, les idées ne sont malheureusement pas très bienveillantes. La plus simple, taper un bon coup sur le parquet, histoire de rappeler qu’il est 3h du matin, que ça fait déjà 4 fois cette semaine alors que nous ne sommes que mardi (je fais débuter la semaine à lundi). Sonner à leur porte et disparaître ? Leur suggérer d’acheter une maison où ils seraient libres de faire tout ce qu’ils veulent sans risque de perturber leurs voisins. Celle où a été tourné Basic Instinct est justement à vendre. Une belle opportunité à saisir ! Cette nuit, passablement énervée, j’ai même imaginé scotcher un mot sur la porte à l’attention du triathlète de la part d’une amante imaginaire qui le réclamerait à corps et à cri parce qu’elle avait eu l’orgasme du siècle. 4 fois. Genre Marie qui s’envoie des fleurs dans Quand Harry rencontre Sally pour rendre son amant marié jaloux. Zizanie assurée à l’étage, des cris, des pleurs, des affaires jetées par la fenêtre, dans l’escalier, des « puisque c’est comme ça, je pars ! »… Sauf que ce plan est stupide : primo, les jeunes ne collent pas de messages écrits à la main sur les portes, ils s’écrivent en MP ; deuzio, ils seraient capables de retourner ça en se réconciliant sur l’oreiller ; tertio, je n’en serais pas capable ! Reste donc une ultime solution puisqu’il est impensable que cela dure éternellement : aller les voir, leur demander un peu de respect pour leurs aînés et leur offrir de nouveaux smartphones ET un abonnement à Netflix !

* En écrivant ces lignes, j’apprends que la côte est de Taïwan a été secouée par un séisme de magnitude 6,4 et qu’un hôtel s’est effondré… Deux étrangetés se télescopent : celle d’avoir pensé, dès ce matin, à commencer ce texte par « mon » séisme et apprendre que l’île en a vécu un le jour même ; celle de connaître précisément l’endroit qu’il a frappé voire des personnes qui y vivent…

Share on Facebook

Paris ville lumière en crue _DSC2200-1_72 _DSC2207-1_72 _DSC2225-1_72

Share on Facebook

Les flambeurs

La nuit venue, insensible au tumulte environnant, la jeunesse amoureuse parade nonchalemment et se pose sur les bords très animés et illuminés du Lac Hoan Kiem, situé à la lisière du vieux Hanoï et de son ancien quartier colonial…

Share on Facebook

Coup de foudre au carré

Par nuit douce et tempérée, la lumineuse esplanade de la Pyramide du Louvre se peuple d’une faune copurchic, distinguée et radieuse valsant, par grappe de quatre personnes dont deux toujours tapies dans l’ombre, d’un point remarquable à l’autre de la place avec une telle agilité que jamais elles ne se croisent. De telle sorte que, toujours, elles s’imaginent seules au monde.

Share on Facebook

La belle échappée

S’il est des questions extrêmement ardues auxquelles l’humanité trouvera forcément des réponses, même au bout de plusieurs siècles de recherches acharnées et ininterrompues menées simultanément par des milliards d’individus inconsciemment connectés les uns aux autres – d’où venons-nous ? ; notre existence a-t-elle un sens ? ; au fond, qui sommes-nous ? -, celle-ci, pourtant bien plus simple, n’en aura jamais de précise, quels que soient les experts convoqués : que diantre font ces deux-là sur leur kayak biplace surchargé au beau milieu de l’océan pacifique ?

Je n’exagère que partiellement : si l’archipel hawaïen est en effet au centre du plus vaste océan terrestre, nous pouvons facilement observer un bout de plage en premier plan qui indique naturellement la présence d’une terre ferme à proximité, en l’occurrence une île, Kauai, celle-là même sur laquelle reposent mes pieds et d’où j’ai pu prendre cette photo sans courir le moindre danger. Permettez-moi d’élargir ce champ carré serré pour que vous puissiez prendre la mesure de ma stupéfaction en les voyant s’approcher : très logiquement face à un océan, il n’y a que de l’eau à perte de vue – notez sa magnifique couleur au passage. Ils ne viennent donc a priori pas de derrière l’horizon – depuis la hauteur de mes yeux, pas très hauts, grosso modo à 5 kilomètres. Ce n’est pas impossible, mais qui sait vraiment ce qu’il y a de l’autre côté ?

« Et de l’autre côté justement », me lancerez-vous ! Dans mon dos donc, une mégalopole de plusieurs millions d’habitants stressés pourrait certes se déployer et s’étendre sur des hectares, mais ce n’est pas le cas. En lieu et place, une forêt dense et des montagnes escarpées auxquelles on accède par un étroit chemin de randonnée de terre rouge dont le début se trouve à une quinzaine de kilomètres, lui-même à une trentaine du premier village, et qui se poursuit sur plusieurs dizaines de kilomètres dans l’autre sens… Mais le plus étonnant, pour la fille un peu classique que je suis, réside sans doute dans la composition de ce couple improbable : un vieux monsieur qui ne s’est pas rasé depuis Noël dernier (oh, oh, oh !) et une jeune femme enceinte jusqu’au cou, jusqu’aux yeux, jusqu’aux dents. Sont-ils ensemble ? Vivent-ils d’amour et d’eau fraîche – et peut-être de poissons pêchés à la lance comme le fait Tom Hanks dans Seul au monde, sur les criques désertes de la Napali Coast ? Où va-t-elle donner naissance à sa sirène ? Evidemment, si leur sacoche rouge, lasse de cette vie sans cadre ni structure fixe, ne s’était pas jetée à l’eau, jamais ils ne se seraient autant approchés de la terre, jamais un valeureux gaillard ne se serait jeté à l’eau – chaude je précise – pour la leur rapporter, jamais, enfin, je ne me serais posé toutes ces profondes questions !

Share on Facebook

La bénédiction

Je chéris les rencontres heureuses et fortuites comme celles-ci : ce jeune couple complice avançant, sans le savoir, vers la déesse maya de la fertilité, qu’ils ne verront certainement pas, à moins de se retourner, ce qui est peu probable. J’ai tout d’un coup la sensation d’être dans la confidence, d’avoir accès à un futur dont ils n’ont pas encore conscience…

Share on Facebook

Les amoureux

Regarder le va-et-vient infatigable des vagues a toujours fait chavirer les cœurs des amoureux… Ceux-là ne dérogent pas à la sacro-sainte règle. Mais ce n’est pas cela qui me chiffonne, tout étant évidemment relatif. Je ne saisis tout simplement pas la fonction du parapluie rouge à pois blancs à cet instant précis. Il ne pleut pas – croyez -moi sur parole, j’y étais – et vous n’aurez aucun mal à admettre que les rayons du soleil – caché derrière cet épais manteau de brume si caractéristique de la capitale péruvienne – ne mettaient personne en danger. Or, ce sont bien là les deux rôles principaux du para-pluie/soleil. Ceci dit, s’il ne l’avait pas tenu si fièrement, s’il avait été refermé et accroché à son bras gauche par exemple, pire, s’il l’avait mis dans sa poche arrière, le parapluie, je ne me serais pas attardée. J’aurais poursuivi ma route. Car il aurait manqué « quelque chose ». C’est donc bel et bien ce parapluie inutile – et non pas le questionnement qui précède – qui a servi de catalyseur à cette courageuse prise de vue, devenant, à certains égards, joliment et poétiquement utile… Moralité : ne jamais présumer de l’utilité vs de l’inutilité de ces petits objets du quotidien à la lumière de leur utilisation.

Share on Facebook

L'adage est vrai

Et l’adage dit : « Qui se ressemble s’assemble »… En l’occurrence, dans le cas présent, je serais plutôt tentée de l’inverser pour le transformer en : « Qui s’assemble se ressemble ». Dans certaines cirsconstances, en particulier, de représentation publique, je plébiscite l’harmonie vestimentaire au sein du couple, notamment colorimétrique, en optant, entre autres possibilités, pour des couleurs complémentaires. C’est symbolique bien sûr (peut-être même un cliché pour les rabat-joie). C’est beau aussi. Et le beau est toujours un ravissement pour l’esprit.

Ce quatuor, dont les paires bleue et jaune ne se connaissent a priori pas, semble plutôt atteint du « syndrome du jumeau », ce qui est totalement différent ! Ne cherchez pas dans Wikipédia, il n’existe pas, je viens de l’inventer. Mais je suis certaine que cela ne vous empêche pas de deviner ce dont il s’agit car vous vous êtes forcément retrouvés face à des jumeaux-melles habillé-es à l’identique (c’est assurément bien plus pratique pour les parents devant déjà se dédoubler pour assurer la maintenance de base). Un face à face soulevant deux types de réaction : « Oh, c’est mignon, ils sont habillés pareil ! » versus « C’est malin ! Je n’arrivais déjà pas à les distinguer, c’est pire maintenant ! ». Le culte du même poussé à son paroxysme.
Est-ce le même critère de « praticité » qui préside chez ces couples ? Achètent-ils tout en double ? Se concertent-ils le matin pour décider de la tenue du jour ? Ou, pire, n’ont-ils pas conscience que d’une certaine manière, ils se diluent l’un dans l’autre, et donc s’effacent en tant qu’individu pour former un tout indivisible, une cellule en somme ? Ce qui soulève une question majeure à laquelle je ne répondrai pas ici : qu’est-ce que le couple ? Où commence le « nous », où s’arrête le « je » ?
Evidemment, lorsque j’ai pris cette photo, je n’ai pas pensé une seule seconde à toutes ces implications sociales et personnelles. J’ai trivialement été attirée par le comique de l’effet miroir à peine rompu par la femme de droite, subtil intrus car la seule à ne pas tenir d’appareil photo… Mais on ne sait jamais vraiment où l’analyse a posteriori d’une image peut nous conduire.

Share on Facebook

La note rouge

Share on Facebook