Photo-graphies et un peu plus…

Peak de rencontre 1

Si j’ai déjà envisagé de suivre photographiquement une personne choisie au hasard dans la rue, je ne suis encore jamais passée à l’acte. Ah si, sur 150 mètres à Montréal en janvier 2011, sous la neige et par -17 °C. Ce n’était manifestement pas le bon moment. Six ans, trois mois et deux jours plus tard, je déambule dans les rues de Hong Kong et capte, avec une certaine délectation, une énième séance d’égo-trip – vous savez, cette nouvelle façon de voyager qui consiste à collectionner les photos de soi partout où on a posé les pieds mais pas forcément le regard. Tendance à la fois fascinante – quelle maîtrise de son image et de l’auto mise en scène à chaque fois ! – et déconcertante – de quoi cet autocentrisme est-il le symptôme alors même que leurs adeptes font l’effort d’aller vers l’ailleurs, ce qui n’est pas rien ? -.

Je poursuis mon chemin, sillonne les rues pentues du quartier de Wan Chai avant de filer, après quelques heures d’errance, vers Central, le coeur commercial et financier de la RAS, et en particulier, vers le point de départ du funiculaire historique – il a été inauguré en 1888 ! – qui me conduira, après un exercice de patience non négligeable et quelques secousses, au sommet de Victoria Peak. Comme 17 000 personnes chaque jour. C’est le point de ralliement préféré des vagabonds temporaires, offrant une vue imprenable sur la ville et la baie, sur son indescriptible densité, sur ses buildings grattant le ciel… Et assurément, un spot idéal pour une énième plus une séance d’égo-trip ! Et même si la probabilité que j’y retrouve ma sylphide dans une posture qui semble être son empreinte iconographique n’est certainement pas nulle, la surprise est de taille… Une question demeure : où est passé son sac en papier kraft ?

Peak de rencontre 2

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Le crochet hongkongais

L’île de Hong Kong a un côté pile – la mégapole vibrionnante archi saturée que l’on imagine sans effort – et un côté face – un littoral globalement paisible avec des plages de sable blond très prisées le week-end, des promenades longeant l’eau, des pieds-à-terre avec vue sur mer et même un bout de montagne verte que l’urbanisation galopante et trébuchante effacera assurément d’ici quelques années. Il faut imaginer ici d’autres immeubles de 25 étages de part et d’autre de ceux-là, auxquels s’ajoutent des maisons accrochées aux collines… Dans cette espèce de non-sens architectural auto-destructeur – aveuglés, les promoteurs réduisent progressivement à néant ce qui faisait l’intérêt de ce côté face : la nature y était reine – et d’irrespect apparent à l’égard de la terre, surgit une étrangeté. Un trou. Une béance volontaire au coeur de l’un de ces géants de béton armé. Car, sans ce trou, figurez-vous que le dragon vivant pacifiquement dans la montagne ne peut plus aller se jeter à l’eau pour se rafraîchir ; sans ce trou, l’énergie vitale ne peut plus circuler entre les hauteurs et l’océan. Cet espace vide incarne à lui seul ce paradoxe incroyable, et difficilement assimilable, entre la persistance de cet art millénaire noble à l’approche holistique visant l’harmonie – les principes du Feng Shui – et cette propension contemporaine à vouloir dominer son environnement par la force. Comme si ce bout de rien suffisait à compenser cette envie de tout…

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La douceur d'une mer

Je m’interroge régulièrement sur le sens du voyage, des voyages, a fortiori des miens. J’évoquais récemment et ici-même, pour La dissonance cognitive du voyageur, cette rencontre avec l’altérité qui suffit amplement à attiser ma curiosité et à motiver mes migrations temporaires. Cette conscience de l’autre est essentielle, étant entendu que nous sommes chacun l’Autre de quelqu’un. Elle est le ciment du vivre ensemble. J’aime observer cette diversité offerte par notre planète. Me dire que nous la partageons avec toutes nos différences. Cette altérité me fascine.

Voyager, c’est aussi aller à la rencontre de l’universalité. De nos ressemblances malgré ces divergences, de ce Même qui est en l’Autre, de cette compréhension instantanée, de ces motifs qui se reproduisent d’un bout à l’autre du monde, de ces gestes interprétés sans ambiguïté et qui font vibrer les coeurs à l’unisson – comme peut l’être, je le pense, le regard fier, attendri, doux et aimant de cette mère pour son jeune fils saisi sur le ponton de Stanley Bay, au sud-est de l’île de Hong Kong et aux antipodes du perpétuel vacarme de son singulier centre. Voyager, c’est ainsi prendre conscience que malgré tout, nous sommes tous un, voire unis. C’est à la fois affreusement banal et incroyablement puissant. Et cette universalité me fascine tout autant.

L’une et l’autre, l’altérité et l’universalité, me disent que je fais partie d’un tout, tout en étant moi-même.

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Le crochet hongkongais

La ville est un corps. Aussi, lorsque, lassée des clignotements artificiellement séducteurs des néons des façades impeccables exhibant fièrement leur bien portance, j’ai bifurqué dans cette venelle sombre, peu reluisante, exposant à l’air moite sa machinerie alambiquée et d’ordinaire invisible, j’ai eu l’étrange sensation d’avoir trouvé le chemin vers les entrailles de cette fascinante Hong Kong et de la goûter, de l’intérieur.

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