Photo-graphies et un peu plus…

Le crochet hongkongais

La ville est un corps. Aussi, lorsque, lassée des clignotements artificiellement séducteurs des néons des façades impeccables exhibant fièrement leur bien portance, j’ai bifurqué dans cette venelle sombre, peu reluisante, exposant à l’air moite sa machinerie alambiquée et d’ordinaire invisible, j’ai eu l’étrange sensation d’avoir trouvé le chemin vers les entrailles de cette fascinante Hong Kong et de la goûter, de l’intérieur.

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Précis d'imprécision

Avant même de prendre cette photo, je savais pertinemment qu’il y avait 99,9 % de chance qu’elle soit floue. Doublement floue même. Du fait du mouvement respectif et asynchrone de ces deux femmes d’une part, et de ma précipitation à déclencher d’autre part, en partie liée à ma surprise. Pas de surprise en revanche sur mon petit écran, l’image était bien floue. Or, le sort réservé à une photo floue est loin d’être une science exacte. Il existe une marge de tolérance, un seuil, une frontière qui dicte la marche à suivre. Effacer, conserver. Frontière qui n’est d’ailleurs pas réellement une ligne comme pourraient le laisser penser nos atlas, planisphères et autres globes terrestres, mais bien « un espace d’épaisseur variable ». Entre 5 et 30 mètres paraît-il. C’est dans cette intervalle, dans ce territoire non revendiqué, dans cette zone de non-choix pacifique que tout se joue. De part et d’autre, nous sommes ailleurs, avec des règles strictes. Mais là, dans cet interstice, s’ouvre le champ des possibles…

C’est un peu comme avec le flou. Un flou acceptable n’est ni « trop flou » – car on ne comprendrait rien à l’image – ni « pas assez flou » – le flou serait alors perçu comme la manifestation d’une photo ratée. Un flou acceptable est, en quelque sorte, un flou « juste ». C’est totalement subjectif évidemment et intimement lié à notre degré d’acceptation – et d’appréciation – de l’incertitude. Qui lui-même évolue dans le temps, au fil des saisons et de nos histoires personnelles. Cette image aurait donc disparu sans l’existence de cet équilibre aussi subtil que précaire, et de fait logiquement vaporeux, entre ces deux silhouettes définies et indéfinies à la fois, et que tout oppose, l’une bringuebalante et banale, l’autre droite, distinguée et tout en retenue… Cette image aurait disparu si je n’avais décidé, au moment où je l’ai vue pour la première fois, que le flou dont elle était parée ne se trouvait pas dans la frontière… Cela tient parfois à un fil !

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La petite fille

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Mysterious Lane

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… au bout du couloir… Suffit de trouver l’interrupteur…

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La réponse est oui, tous ces points de couleur sont des chewing-gum ! Et oui encore, ils sont bien collés sur des pans de murs entiers… Et oui enfin, c’est totalement dégoûtant ! On ne peut s’empêcher néanmoins d’être, beurk, fasciné par ces gommes mâchouillées par des centaines de milliers de dents appartenant à des bouches baveuses de visiteurs d’un jour ou de toujours, et collées les unes sur les autres, les unes à côté des autres, les unes dans les autres… Beurk bis repetita. Le Gum Wall, c’est son nom, est ainsi l’une des curiosités touristiques les plus pathogènes de Seattle. Et probablement du monde. J’étais prévenue. Même si sceptique. J’avais des instructions pour le trouver. Encore qu’un odorat un peu fin aurait probablement permis de repérer d’assez loin l’odeur artificielle si caractéristique de ces machines à produire de l’air…

On s’en doute à voir, ou plutôt, à ne plus voir le mur, la tradition ne date pas d’hier. Les petites boules s’entassent ainsi depuis 18 ans ! Nous allons bientôt pouvoir lancer des recherches archéologiques d’un nouveau genre ! Et une carotte de chewing-gum, s’il-vous-plaît, une ! « Hum, celui-ci remonte à 2002. En analysant ces poussières trouvées au milieu, je peux même affirmer qu’il a été collé sur le mur le 12 novembre… Quant à l’analyse ADN, elle nous révèle que le mâcheur était blond et qu’il n’avait probablement plus sa 2e prémolaire droite (déduction de la trace des dents laissée sur la gomme, aucun rapport avec l’ADN). » Pour la petite histoire, car on n’accroche pas son chewing-gum sur un mur, comme ça, sans raison, le dit mur appartient à un théâtre, dont on voit, beurk ter, encore, le guichet… Attention où vous posez vos affaires quand vous prenez une place ! Un jour d’attente un peu longue, un futur spectateur a eu une idée de génie (Seattle, c’est écrit noir sur blanc dans les guides, est une ville d’inventeurs de génie… Microsoft est né là, Starbucks aussi… je cite leurs exemples… reste à définir le génie… bref…)… L’idée de génie donc : « J’en ai marre d’attendre. Et si je créais un mur de chewing-gum, tiens ! Ce serait beau et tellement absurde et insensé que tout le monde me suivrait ! » Il avait raison sur la 2e partie de l’assertion… Pour la première, il faut simplement faire abstraction de la réalité, ce qui n’est pas tous les jours facile, il faut bien l’admettre. Voilà, des gens ont ainsi commencé à coller leur chewing-gum, en y coinçant une petite pièce jaune (pas d’opération de récupération pour l’instant), alors qu’ils faisaient (im)patiemment la queue devant le théâtre. Théâtre qui a nettoyé le mur à deux reprises, avant de laisser la nature masticatoire de l’homme faire son travail devant le succès grandissant de l’œuvre d’art collaborative. Et même de l’encourager en vendant lui-même des boules de gomme à mâcher bigarrées… Hé, on est en Amérique !

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C’est une lapalissade, mais prendre un peu de hauteur nous permet souvent de voir les choses de la vie d’une autre manière. Au sens strict, comme au figuré. D’en bas, perdus dans d’étroites ruelles au charme pittoresque, on ne réalise pas vraiment à quel point les toits strasbourgeois sont pentus et percés d’autant de lucarnes, ni comment ces immeubles réussissent à s’enchevêtrer les uns dans les autres. D’en haut, cette fois-ci, d’étranges phénomènes se dessinent et se détachent de l’horizon. Ainsi en est-il de cette procession impromptue d’une colonie de fourmis noires, les phéromones en effervescence,  bouchant quasiment cette grosse artère centrale. Quelqu’un a dû faire tomber le pot de miel !

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