Photo-graphies et un peu plus…

ça tiendra bien encore un an !

Vous le savez, au fond de vous et même en surface, qu’elles ou qu’ils – vos chaussures préférées que vous avez traînées absolument partout comme si vous leur forgiez leurs propres souvenirs ; ce pull que vous adorez, que vous avait tricoté votre tante et qui vous avait fait découvrir l’existence d’un point poétique à souhait, le « jour contrarié », nom qui, par chance, n’avait absolument aucune incidence sur le contenu de votre journée quand vous le portiez ; ou encore ce T-Shirt bleu azur et blanc qui vous rappelle tant vos vacances dorées à Bora-Bora – vivent leurs dernières heures.

En réalité, cette réflexion-là, vous l’avez déjà eue l’an passé, à peu près à la même période, et peut-être même l’année précédente encore. Les condamnés réussissent toujours à glaner un peu de sursis… Vous vous disiez, après inspection générale dudit bien sous toutes ses coutures : « Non mais là, ça tiendra bien encore un an ! ». Et voilà, alors même que vous étiez presque prêt/e à vous en débarrasser définitivement, la chaussure, le pull et le T-Shirt regagnaient placard et étagères en retenant leur souffle.

De votre côté, vous étiez déjà en pleine auto-justification : « C’est simple, je ne les mettrai pas quand il pleut ! ». Parce que vos chaussures préférées ont aussi la semelle trouée en plusieurs endroits, le cuir complètement poreux et le scratch irrémédiablement défaillant. Même raisonnement pour le pull aux coudes troués de les avoir trop frottés à votre bureau – tout ce qu’il y a autour de ces trous est en bon état, alors, pourquoi gâcher ? – ; ainsi que pour le T-Shirt si élimé que l’on peut discerner vos grains de beauté à travers – après tout, le léger est à la mode et ce T-Shirt coûtera  même plus cher qu’un neuf aujourd’hui, alors, à nouveau, pourquoi gâcher ?…

Sauf que voilà, un jour où, comme d’habitude, vous n’aviez pas vérifié la météo avant de vous extraire de votre douillet petit appartement, il s’est mis à pleuvoir. Pas cette ridicule pluie qui ne sert à rien d’autre qu’à vous énerver, non, une vraie pluie, qui mouille, vraiment. Or, à vos pieds, vous aviez vos chaussures préférées. Trouées, poreuses et ouvertes. Au début, vous avez tenté de les préserver en évitant flaques superficielles et autres gouttières éventrées. Soyons honnête, ces précautions ne vous ont pas du tout empêché d’avoir les pieds totalement trempés et les chaussettes affreusement recolorées. Ainsi, sur le chemin du retour, avez-vous dû vous rendre à l’évidence : c’était manifestement l’année de trop…

Share on Facebook

Why Detroit? invitation

Mon exposition « Why Detroit? », relatant en texte et images, ma brève mais intense rencontre avec cette ville captivante, commence ce jeudi 5 novembre à la Galerie Graphem pour s’achever le 15.

Elle s’appuie en grande partie sur le travail que j’avais publié il y a un an dans cet ebook.

En marge de ces photographies de Detroit, je présenterai également une sélection de Photonymes.

Au plaisir de vous y voir !

Share on Facebook

Le jour où la Terre s'arrêta

Sur ces pages virtuelles, je suis souvent partagée entre m’émerveiller de la beauté et de la diversité du monde, de ces petits riens de nos quotidiens qui font parfois l’essentiel dès lors que l’on sait, que l’on peut ou que l’on s’autorise à les saisir au vol, ou bien me désoler de l’évolution du monde dont la complexité – souvent liée à la coexistence d’extrêmes inconciliables – m’intimide, me désarçonne même chaque jour un peu plus. Car, si nous vivons tous sur la même planète – la seule habitée à des années-lumière à la ronde -, nous ne vivons clairement pas tous dans le même monde.

Aussi naïf, romantique et immature que cela puisse paraître, cette assertion, dont je ne conteste pas l’évidence, m’affecte. Et l’afflux d’informations auquel nous sommes exposés – au moins cinq fois plus qu’au mitan des années 1980 – et auquel nous nous exposons volontairement plus ou moins modérément, nous mettant, en temps réel et sans véritable hiérarchisation, face à tout ce qui se passe dans tous les domaines dans le monde, n’aide pas à atténuer ce double sentiment de sidération et d’impuissance. Suis-je simplement sujette à une forme très banale de culpabilité judéo-chrétienne malgré une éducation athée et laïque ? Cette empathie est-elle sincère ? Et quel traitement lui réserver ? Comment composer avec ce monde où se multiplient les pires horreurs, ignominies, cruautés, injustices, locales et globales, à effet immédiat et différé, proches et lointaines ? En faisant l’autruche car ce que nous ignorons ne peut nous faire de mal ? C’est déjà trop tard car nous saurions que ce filtre est artificiel. En luttant, mais contre qui, avec qui, contre quoi, avec quoi et, surtout, par où commencer pour que cela ait un effet autre que cosmétique ? Je n’en sais fichtre rien.

Ce que je sais en revanche est que, quoi qu’il advienne, les aiguilles du temps qui file ne s’arrêtent pas, et la Terre, elle-même, ne s’arrête pas de tourner. Elle reste impassible, imperturbable, ne ralentit pas son allure, ne change pas d’inclinaison, ne se renverse pas subitement, pour dire « Oh, hé, ça suffit là ! »… Comme si elle était insensible à ce qui se trame à sa surface – je sais que c’est faux : l’accélération de l’activité humaine depuis la révolution thermo-industrielle il y a 2 siècles est à elle seule responsable de la création d’une nouvelle ère géologique, le fameux anthropocène, et de la survenue de bouleversements climatiques sans précédent et dévastateurs pour les décennies à venir -. D’ailleurs, il se murmure également de l’homme qu’il est devenu insensible aux maux et malheurs du monde qui défilent pourtant sous ses yeux à un rythme effréné, trop vite assurément, de telle sorte que ces faits, souvent d’une violence extra-ordinaire, présentés comme une liste de courses de samedi matin entre deux friandises, en deviennent banals, donc faciles à oublier, à quelques extrasystoles près, justifiés ou pas, qui soulèvent l’indignation collective, parfois mondiale. Et je pense alors à Barjavel, à Ravage, en particulier, à la fin très précisément, quand, après une apocalypse qui pourrait permettre aux rescapés de tout recommencer sans répéter les erreurs qui les y ont conduits, un personnage né après la catastrophe invente une machine agricole pour s’épargner des efforts, augmenter sa production et faire gagner du temps à sa communauté…

Share on Facebook

Once again 1

Once again 2

Once again 3

Once again 4

Once again 5

Once again 6

Once again 7

Once again 8

Once again 9

Once again 10

Croiser une personne nous annonçant qu’elle en connaît une autre – de près, de loin – ayant exactement les mêmes nom et prénom que nous, ou que, pas plus tard qu’hier, elle en a  vu une nous ressemblant comme deux gouttes d’eau – expression propre aux pays non touchés par la désertification -, ou apprendre que nous avons au moins un homonyme dans notre propre ville et que nous partageons le même ophtalmologiste, ou pire encore, se retrouver face à lui – l’homonyme – provoque, assurément, une secousse tellurique très intime inversement proportionnelle à la fréquence de ce qui sert communément à nous nommer, et donc à nous désigner, depuis notre naissance. Sans doute, les Marie Martin, cumulant à la fois les prénom et nom les plus répandus en France depuis les années 60, réagissent-elles plus sobrement en effet qu’une hypothétique Noélyne Pourbaix-Lerebourg…

Tout d’un coup, nous réalisons, si la vie ne s’en est pas chargée plus tôt, que nous ne sommes pas uniques, que des gens, de parfaits inconnus aux mœurs peut-être, que dis-je ?, certainement, radicalement différentes des nôtres, répondent aux mêmes injonctions que nous, en dépit du sens commun et de ce qui s’échange sur la portée des prénoms choisis ; que des sosies se baladent librement sur Terre sans que nous ayons vraiment conscience de leur existence et de leur nombre, ni planifié de les rencontrer un jour… Pour autant, et nous le comprenons assez vite heureusement, ces doubles, fantasmés ou pas, n’en sont pas vraiment. Notre unicité est sauve ! Un peu comme avec les premières dix images de cette série à double fond, pur exercice de mathématique combinatoire à la difficulté croissant avec la pratique photographique, images souffrant de ce que nous pourrions appeler « photonymie », dont les formes les plus avancées conduisent inexorablement à des rencontres fusionnelles aussi étonnantes que foisonnantes entre des lieux, des moments, des personnes qui ne se sont évidemment jamais réellement croisés ailleurs que dans mon passé.

Share on Facebook

Myopie passagère

Inutile de vous frotter les yeux, cela ne vient pas de vous, même si vous n’êtes peut-être pas encore complètement réveillé ou si vous n’avez toujours pas chaussé votre paire de lunettes. Cela m’arrive parfois… De faire volontairement des photos floues – ce qui est différent que de savoir qu’une photo va être floue avant même de la faire comme j’ai pu l’exposer récemment dans Précis d’imprécision. Ces flous voulus, je ne les double pas systématiquement de leur version nette. Pourtant, rien de plus simple aujourd’hui avec les logiciels de retouche que de le faire a posteriori. Il s’agit donc là d’un vrai choix. Une simple illustration, à mes yeux, de la vie de myope non équipé (avant 1440 donc) et de la distorsion avec laquelle il perçoit alors son environnement.

Pourtant, cette fois-là, j’aurais peut-être mieux fait de céder à la netteté. J’aurais certainement fait des heureux… Quelques minutes après avoir pris la photo de cette jolie famille en train d’être photographiée, certainement après ce que l’on imagine sans peine être un mariage, tardif par ailleurs, un homme s’est en effet approché lentement mais sûrement du photographe officiel. Ils ont parlementé quelques minutes à l’issue desquelles j’ai vu le photographe, dépité, se pencher vers son boîtier pour effacer une à une toutes les photos qu’il venait de prendre, sans autorisation manifestement, devant le très populaire Musée de la Motown où l’on ne badine pas avec le droit d’auteur…

Share on Facebook

En bandes

Share on Facebook

Rêve de petite fille

Share on Facebook

Why Detroit?

Après le calme et la nature infinie dégagés par Chili-Bolivie : entre ciel et terre, je vous propose un voyage diamétralement opposé avec ce nouveau récit photographique. Direction la ville de Detroit, dans le Michigan aux Etats-Unis, ville souvent présentée comme l’incarnation de la faillite du rêve Américain. Prétendre le contraire serait une insulte à ses habitants. Réduire cette cité fascinante et ambiguë à cette image décadente en serait une autre.

Je ne suis pas restée longtemps à Detroit. D’un jeudi à un dimanche d’août 2013. Juste le temps de traverser ses différents quartiers. Je me suis posée mille questions avant d’y arriver, la première étant de comprendre ce qui m’attirait là. Si ma curiosité, qui a l’habitude de me conduire dans des endroits très divers, n’était pas, cette fois-ci, un peu malsaine… A priori non. Tout simplement parce que Detroit est bien plus que ce que l’on en montre généralement et que, heureusement, un certain espoir, une vraie énergie s’en dégagent.

Aussi était-il important pour moi de partager cette traversée, les émotions et les questionnements personnels qu’elle a générés, avant, pendant et après…

Why Detroit? est à découvrir en cliquant directement sur le livret ci-dessous…

Share on Facebook

On the edge

 

Share on Facebook

Résistance

Share on Facebook