Photo-graphies et un peu plus…

Urgence !

Je serai brève et j’espère efficace, comme un slogan que l’on mémorise en deux deux et pour la vie : je propose que le temps de lecture soit retranché de l’écoulement naturel de la journée, en somme, des maigres 24h dont nous disposons chaque jour. La quantité de livres à dévorer et de connaissances à intégrer n’est en effet pas compatible avec la durée de vie moyenne de l’homme, quand bien même l’espérance de vie augmente toujours encore un peu… Techniquement, j’imagine cela très simplement : dès que vous ouvrez un livre, le défilement des minutes s’arrête, juste pour vous. Comme s’il ne comptait pas. Vous entrez alors dans une espèce de bulle hors du temps au cœur de laquelle vous êtes évidemment injoignable, indisponible, imperturbable et même invisible. Enfin, dès lors que vous fermez le livre, l’horloge reprend sa course et vous, votre vie au moment où vous l’aviez mise sur pause, à ceci près que vous êtes plus éclairé qu’avant ! Brillant non ?

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Assister à des conférences est un moyen parmi d’autres d’approfondir des sujets qui nous intéressent, d’en découvrir de nouveaux, de stimuler notre cerveau, d’occuper notre temps… Il arrive parfois que nous n’en retenions rien (phrase assez difficile à dire sans accroc à voix haute : cela fait 6 fois que j’essaye, en vain… mais je la conserve pour l’exercice de diction). Cela peut venir des orateurs pas vraiment passionnants ; du sujet un peu trop abscons ou au contraire, bien plus maîtrisé qu’on ne le croyait ; et bien évidemment de soi aussi : pas concentré, fatigué, absent. Il arrive aussi parfois que nous ne retenions qu’une unique information, une sorte de pépite qui efface instantanément toutes celles que nous avions précédemment mises de côté dans un coin de notre tête avant que celle-ci ne s’extrait de la bouche d’un des invités. Exemple ! Il y a une poignée de jours, je me suis installée au dernier rang de la salle pour entendre parler de l’art comme moyen d’aborder et de présenter différemment des défis sociaux, économiques, environnementaux… auxquels notre monde est confronté. Histoire de les rendre plus abordables et appréhendables – en com’, on dirait « plus sexy » -, de sensibiliser un public plus large dans l’espoir d’amorcer un changement de société. Vaste programme, vous dites-vous. Et vous avez bien raison. Mais il faut bien espérer, sinon, à quoi bon ?

Quoi qu’il en soit, à un moment, proche de la fin, j’en entends un dire : « nous avons 70 000 pensées par jour dont 65 000 sont les mêmes que la veille ». Bingo ! Bic armé, je note sur mon carnet, j’oublie tout le reste, je reste focalisée sur cette nouvelle donnée. Sur CES nouvelles données. « 70 000 ! », je répète, en mimant inconsciemment Doc lorsqu’il apprend que la Dolorean de Marty devra être propulsée à 88 miles à l’heure pour retourner dans le futur ! Les questions se bousculent déjà à l’entrée, brandissant chacune leur petit ticket numéroté pour ne pas se faire doubler par les voisines. Comment a-t-on réussi à compter les pensées ? Mais avant tout, qu’est-ce qu’une pensée ? Et le fait de se demander ce qu’est une pensée, est-ce une pensée par exemple ? Tout le monde est-il traversé par un nombre de pensées identique ? Ou plutôt un nombre identique de pensées ? Ce qui n’empêche pas de partager certaines pensées par ailleurs. Et comment sait-on que 93% des pensées d’un jour lambda sont les mêmes que celles que nous avons eues la veille ? Cela signifie-t-il que ceux qui les ont comptées connaissent également leur contenu ? Et que penser de ces 5 000 nouvelles pensées quotidiennes ? Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Pourquoi n’y en a-t-il pas plus ? Est-il possible, non pas d’inverser la balance, mais d’équilibrer un peu tout cela ? Ou, sommes-nous à ce point condamnés à ressasser notre passé jour après jour ? D’autant plus que 70 à 80% de ces 70 000 pensées seraient négatives, résidu très encombrant de notre état d’homme primitif menacé par une foule de dangers qu’il a pourtant appris à maîtriser en évoluant. Revivre hier, s’inquiéter de demain chaque jour alors qu’a priori, la probabilité de tomber sur une baie mortelle est infinitésimale, sauf si vous êtes le personnage principal d’Into the wild, quel gâchis ! Dès lors, peut-on se forcer à avoir des pensées positives (si oui, comment ?), pour que, jour après jour, leur nombre croisse et celui des pensées négatives se réduise comme peau de chagrin ? Le positif alimente alors le positif, la donne change, nous allons de l’avant : le « bonheur » serait-il une simple question de perspective ? Le bonheur, serait-ce vivre au présent ? Inspiration, expiration, inspiration, expiration, inspi…

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Un jour, il y a quelques années, j’ai croisé un de mes amis Facebook dans un lieu public. Enfin, croisé… Je l’ai reconnu surtout, au loin. Enfin, il était juste devant moi. Dans une file à attendre son tour. Un photographe dont j’aimais assez la poésie et la démarche. Il sautait plutôt, ou s’élevait, c’est plus juste. Un pas de danse suspendu dans des endroits parfois incongrus. On ne s’était jamais vus. Cela arrive tout le temps de nos jours. On communiquait exclusivement par pouces levés, dans un sens plutôt que dans l’autre d’ailleurs (c’était avant les j’adore, je suis triste, je suis en colère, je suis waouh,  je me marre…). Et puis, il ne savait pas à quoi je ressemblais. De fait, la reconnaissance était-elle à sens unique. C’est bête, mais, sur le moment, je n’ai absolument pas eu envie d’émettre cette phrase ridicule : « Bonjour ! Nous sommes amis sur FB ! ». Ne trouvez-vous pas que cela n’a absolument aucun sens ? D’associer ainsi une notion qui sous-entend une grande proximité et même une certaine intimité entre deux personnes, a fortiori, une relation physique IRL – in real life comme on a fini par qualifier cet espace-temps solide dans lequel nous dormons, mangeons, déféquons, agissons, aimons, pensons, mourons – au plus virtuel des réseaux dont on dit – et expérimente chaque jour chacun à sa manière – qu’il a ruiné les relations humaines, les vraies.

« Ami Facebook », c’est un oxymore, éminemment stratégique, qui alimente cette douce illusion que nous ne sommes pas seuls, que des personnes ne nous connaissant pas réellement, et vivant parfois à des endroits que nous ne pourrions même pas pointer sur une carte, peuvent quand même s’intéresser à nous ou à ce que nous faisons, que les amis de nos amis sont nos amis et même que les amis des amis de nos amis sont aussi nos amis. Cette forme avancée de consanguinité numérique a secoué la théorie des 6 degrés de séparation émise pour la première fois en 1929 par Frigyes Karinthy, stipulant que « toute personne sur le globe [peut] être reliée à n’importe quelle autre, au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons » alors que 2,07 milliards de personnes vivaient sur Terre à cette époque. Grâce au réseau bleu et avec une population mondiale 3,5 fois supérieure, le 6 est tombé à 3,5 (chiffres 2016). Le monde rétrécit à vue d’œil mais là aussi, c’est une illusion : celle que nous connaissons les personnes qui évoluent dans nos univers virtuels car nous échangeons des informations, des commentaires, nous réagissons à ce qu’elles écrivent et réciproquement, nous « rions » ensemble, nous savons ce qu’elles font, ce qu’elles écoutent, ce qui les énervent, les rend heureuses, parfois même ce qu’elles mangent, si elles sont insomniaques, si elles ont des voisins bruyants… Tout un faisceau de données qui font que lorsque nous nous présentons devant une telle personne pour la première fois, nous savons une myriade de choses sur elle sans qu’elle nous les ai apprises personnellement. Rien de nouveau sous la neige, mais cette temporalité inversée – je sais avant que tu ne me dises – est à la fois stupéfiante et déstabilisante. Et incite encore plus à passer de l’autre côté du miroir pour en avoir le cœur net et remettre les choses dans l’ordre ! Je dois d’ailleurs concéder que de belles et réelles amitiés sont nées de relations initiées dans le monde virtuel… Reste à trouver la formule de présentation adéquate… « Bonjour ! Je vous suis sur FB ! » Non, non, pas vraiment mieux sauf si vous voulez passer pour un psychopathe…

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J’ai appris un nouveau mot il y a deux jours : la version adulte de « pédagogie » – du grec paid qui signifie enfant et agogos, guide -. C’est « andragogie ». Lever de bouclier féminin voire légèrement féministe… Comment ça, andra- ? Andra de andros – pas la compote de fruits, mais l’homme – par opposition à la femme ? Voici un mot bien misogyne qui reflète une pensée qui l’est tout autant : à quoi cela servirait-il aux femmes d’apprendre et de savoir ? Ce qui nous amène logiquement à un autre point : l’apprentissage.

J’ai appris ce même jour – très faste donc pour les connexions synaptiques – qu’il se décomposait en cinq étapes, aux noms heureusement assez limpides. La première ? L’incompétence inconsciente. Jolie formule pour signifier que vous ne savez pas que vous ne savez pas, tout simplement parce que vous ne connaissez pas l’existence de ce que vous ne connaissez pas. Ce qui tombe sous le sens, et, entre nous, nous aide à supporter notre ignorance. Autrement dit, vous n’avez absolument aucune conscience de ce que vous manquez. Arrive alors la douloureuse deuxième étape : vous apprenez d’une manière ou d’une autre (lecture, discussion, formation, démonstration, ablution…) l’existence d’une chose – une pratique, une méthode, une connaissance… – que vous ignoriez jusqu’à présent. Vous quittez alors la ouateuse incompétence inconsciente pour entrer dans la phase d’incompétence consciente : vous savez que vous ne savez pas ! Un moment absolument terrible pour votre ego car il vous met face à vos lacunes, à vos faiblesses, à votre état embryonnaire. Moment véritablement délicieux par ailleurs puisqu’il vous invite à optimiser vos connaissances, vos capacités, et donc à vous améliorer. Reste à choisir si vous avez besoin puis envie d’apprendre ce qui vient d’être porté à votre jeune conscience… Les deux termes étant très relatifs car nous pouvons avoir envie d’apprendre quelque chose dont nous n’avons pas besoin, et inversement, besoin d’apprendre une chose dont nous n’avons pas envie.

Vous choisissez la connaissance et atteignez alors le troisième palier, probablement le plus long et le plus énergivore. Jusqu’à présent, vous n’avez en effet fait que soupirer face à votre insondable insuffisance puis respirer en réalisant que vous pouviez combler ces défauts. A quel prix ? De la pratique ! Il vous faut donc suer, vous entraîner, vous appliquer, bousculer vos habitudes qui sont devenues des réflexes, puis transpirer à nouveau pour que ce nouveau savoir que l’on vous a gracieusement mis entre les mains vous pénètre, se fasse sa place dans votre cerveau – hémisphère droit, hémisphère gauche, peu importe – et surtout parmi ces innombrables choses – si, si, ne vous sous-estimez pas ! – que vous maîtrisez déjà… Je n’ai d’ailleurs pas encore résolu l’épineuse question découlant de cette dernière hypothèse : les connaissances s’accumulent-elles indéfiniment ou oublions-nous celles que nous utilisons le moins pour en accueillir de nouvelles ? Quoi qu’il en soit, cette troisième étape d’entraînement consciencieux – qui peut d’ailleurs, pour plus d’efficacité et moins de découragement, être découpée en phases, comme les chantiers, gros œuvre, second œuvre… – vous conduit, lentement mais sûrement à la quatrième marche : la compétence consciente.

Vous savez désormais que vous savez quelque chose de nouveau – ce qui vous transporte de joie car vous vous sentez soudainement bien plus intelligent – mais vous devez encore y penser pour la mettre en pratique. En fait, vous tâtonnez, mais, vous êtes discipliné donc vous persistez même si, par simplicité, vous aimeriez pouvoir oublier ce nouvel acquis et revenir à ce moment d’autosatisfaction que réserve l’incompétence inconsciente… Jusqu’au jour où, miracle, vous faites sans y penser. Vous avez atteint le nirvana de l’apprentissage, le cinquième niveau : la compétence inconsciente. Vous n’avez plus conscience que vous savez ! Ce qui est, au final, bien dommage après tous les efforts que vous avez fournis pour en arriver là !

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Cette image n’est absolument pas le fruit de savants calculs à l’issue desquels j’aurais réussi à déterminer à quelle heure précisément, l’ombre d’un clocher allait venir se loger exactement au milieu de la façade lui étant opposée. Cette image est le fruit parfait du hasard. Une conjonction de coordinations… Le soleil au diapason, l’église fidèle au rendez-vous, l’ombre suffisamment capricieuse pour demeurer isolée, la façade accueillante, mes pas errants, mon regard scrutateur invité à mâter les hauteurs que la nuit n’a pas encore enveloppées, mes sens en éveil…

Un peu comme à Stonehenge ou dans un Indiana Jones, au moment clé, on s’attend à voir s’ouvrir une monumentale porte de pierre se détachant du mur oriental et conduisant directement à une caverne aux mille trésors… Combien de fois cet instant se reproduit-il dans une année ? Ce n’est peut-être pas un hasard, en revanche, si le Musée Nobel s’est installé en ces lieux, témoin privilégié de ce manège silencieux entre l’ombre et la lumière, le chemin emprunté par la recherche qui mène parfois au savoir.

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