Photo-graphies et un peu plus…

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Je me demandais pourquoi, soudainement, le tigre était aussi populaire… Tout comme les chamailleurs il y a quelques jours. Sachez donc que le tigre apparaît dès la deuxième séquence du Yangjia Michuan, une variante du tai chi chuan dont la transmission est secrète. Ou presque. Il y a quand même une page Wikipédia. Donc, pour notre culture à tous, voici la séquence complète en 44 mouvements :

Enfourcher le tigre et gravir la montagne, à droite puis à gauche
Se tourner, frapper trois fois avec la paume, saisir la queue du moineau, fermeture apparente, à droite puis à gauche
Avancer et cai à droite
Demi-fouet, à gauche
Pousser la montagne dans la mer, à gauche puis à droite
Coude horizontal, à gauche puis à droite
Frapper avec le poing par-dessous le coude, à gauche puis à droite
Le singe bat en retraite, à gauche puis à droite
Faire un pas, soulever un bras et frapper au cœur avec la paume, à gauche puis à droite
Poussée vers la droite
Simple balayage du bras, à droite
Zhou et kao vers la droite, cai, zhou et kao vers la gauche
Pas en avant, frapper au cœur avec la paume, à droite
Reculer, la grue blanche déploie ses ailes, à gauche
Attraper le genou en faisant un pas, à gauche
Soulever le rideau, à droite
Chercher l’aiguille au fond de la mer, à droite
Le dragon vert surgit des eaux, à droite
Se retourner, frapper avec le poing en le rabattant sur le côté, à droite
Peng, saisir la queue du moineau et fermeture apparente, à droite puis à gauche
Avancer et cai, à droite
Simple fouet, à gauche
Les mains ondulent comme les nuages – 1re série
Simple fouet, à gauche
Avancer et caresser l’encolure du cheval, à droite ; pousser vers la droite, cai et se baisser vers la gauche puis séparer les pieds vers la droite
Reculer et caresser l’encolure du cheval, à gauche ; pousser vers la gauche, cai et se baisser vers la droite puis séparer les pieds vers la gauche
Pivoter et donner un coup de talon, à gauche
Attraper le genou en faisant un pas, à gauche
Avancer, attraper le genou et frapper l’entrejambe avec le poing, à droite et à gauche
Se retourner, se baisser et faire levier à droite
Avancer et faire levier à gauche
Frapper avec le poing par-dessous le coude, à droite
Coup de talon, à droite
Se retourner et caresser le dos du cheval, à droite
Se baisser et frapper le tigre à gauche
Tourner et frapper le tigre à droite
Lu et donner un coup de talon à droite
Le double vent transperce les oreilles, à droite puis à gauche
Lu, tourner et donner un coup de talon à gauche
Tourner et terrasser le tigre, à droite
Avancer, cycle Yin-Yang de coups de pied
Peng et frapper avec le poing, fermeture apparente, à droite puis à gauche
Croiser les mains
Reporter le tigre à la montagne (2 fois)

A répéter tous les jours, aux aurores – pourquoi met-on « aurores » au pluriel d’ailleurs, nous lèverions-nous sur plusieurs planètes en même temps ? –, et le monde de la culture devrait bien se porter pour les six prochaines années !

Sinon, avant-hier, un titre d’article a attiré mon attention. Dans un contexte où chaque pays gère son sort en vase clos, frontières fermées à la clé pour une durée indéterminée, j’ai trouvé qu’il y avait là un bel espoir que certaines choses évoluent. Le titre ? « En mémoire de la Grande Famine, les Irlandais au secours des Amérindiens touchés par le Covid-19″ (1). J’apprends tout, ou presque, en lisant cet article relayant cette étonnante et heureuse solidarité qui défie le temps et l’oubli : la Grande Famine en Irlande en 1845, due au mildiou, qui a fait plus d’un million de morts entre 45 et 52 ; la migration de 2 millions d’irlandais vers des contrées moins hostiles ; l’élan de solidarité international face à « l’une des premières crises alimentaires médiatisées ». Elan auxquels ont participé les Choctaws, une tribu améridienne du sud-est des Etats-Unis en faisant un don de 170 $ à l’époque (l’équivalent de 5 000 $ aujourd’hui). Comme les Choctaws l’expliquent eux-mêmes sur leur site (2), ce don était en partie motivé par l’exode forcé que la Nation avait elle-même subi quelques années auparavant, obligeant, dans le contexte de l’Indian Removal Act, 20 000 personnes à abandonner le Mississipi pour rallier Oklahoma pendant que leurs terres étaient transmises à des colons européens. Cette transhumance de près de 1 000 km a été baptisée Piste des larmes (Trail of tears). Un geste que n’ont pas oublié les Irlandais et qui a scellé des liens indéfectibles entre les deux groupes… Et aujourd’hui, alors que les nations Navajo et Hopi sont parmi les populations les plus touchées aux Etats-Unis du fait de leur grande précarité et ont lancé une campagne de dons pour organiser leur prise en charge locale – les Amérindiens ne seraient par ailleurs pas tous comptabilisés dans les statistiques du covid-19 –, des Irlandais ont choisi de leur rendre la pareille, et ainsi de tendre la main comme l’avaient fait les Choctaws il y a 170 ans.

Cette histoire où aujourd’hui et hier se recroisent m’en rappelle une autre qui, il me semble, est un peu plus ancienne, même si elle fait écho à une histoire plus récente. D’ailleurs, sans cette dernière, je n’aurais peut-être pas prêté attention à celle que je viens d’évoquer. (…) Voilà, je l’ai retrouvée ! Début avril, de nombreux Taïwanais ont répondu à l’appel aux dons du Père Giusepe Didone pour aider son pays d’origine, l’Italie, qui, comme vous le savez, a été très durement touchée par le coronavirus. A priori, près de 4 millions d’euros ont été récoltés en très peu de temps à travers 20 000 dons. Pourquoi cet élan de générosité ? Tout simplement pour remercier le Père Didone, 81 ans aujourd’hui, installé à Taïwan depuis 1965, toujours en activité, de tout ce qu’il a fait pour le pays : créer des centres de santé destinés à accueillir des personnes en situation de handicap intellectuel, contribuer à créer des hôpitaux alors que le système de santé taiwanais était encore balbutiant, accompagner les pauvres… (3)

Voilà deux gestes incroyables de générosité et de solidarité, initiés par des groupes de personnes et non des Etats, qui défient à la fois les frontières et le temps, qui, d’une île à un continent et vice-versa, honorent l’Histoire – que l’on n’oublie pas systématiquement mais qui se répète souvent – et nos Ancêtres – toujours vivants, dont la mémoire et les actes nous accompagnent d’une manière ou d’une autre, et nous rappellent, à nouveau, que nous sommes tous liés par-delà l’espace et le temps.

Et je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour les 26 230 personnes décédées en France – assurément bien plus ; 269 068 à l’échelle mondiale – depuis le début de l’épidémie (4), presque réduites à des chiffres égrainés et scrutés chaque jour, parties seules, sans que leur famille ne puisse les accompagner, leur dire au-revoir, ni les voir une dernière fois, sans qu’ensuite, les rituels associés à certaines religions puissent être accomplis, qu’une cérémonie digne de leur vie puisse être organisée et que les rares présents puissent s’épauler, se prendre dans les bras, se soutenir, sans qu’ensuite, les familles puissent aller se recueillir au cimetière. Espérons que des célébrations posthumes et post-confinement pourront être organisées, pour faciliter le travail de deuil des familles mais aussi aider ces âmes à filer peut-être plus sereinement vers d’autres cieux.

  1. https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2020/05/06/apres-la-grande-famine-de-1847-les-irlandais-volent-au-secours-des-amerindiens-touches-par-le-coronavirus_6038881_4832693.html
  2. http://www.choctawnation.com/bond-remains-strong-between-choctaw-and-irish
  3. https://www.taiwannews.com.tw/en/news/3911883
  4. Chiffres au 8 mai 14h. https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/infection-au-nouveau-coronavirus-sars-cov-2-covid-19-france-et-monde

Mount Cook Village, South Island, NZ – Au pied d’un monument érigé en mémoire de celles et ceux qui ont péri dans ces montagnes…

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Face à face avec l'histoire

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Lorsque vous faites la queue à la caisse d’un super/hyper/méga-marché, où que vous soyez dans le monde, on continue à essayer de vous vendre des choses… La queue, c’est du temps, le temps, c’est de l’argent. CQFD. Donc, selon l’endroit, on vous met des friandises, des livres, des bons d’achats, des médicaments, des cigarettes, des revues sous les yeux et surtout, à portée de main… Il suffit de la tendre et hop, c’est dans le caddy, ni vu ni connu… Des magazines donc que certains ouvrent le samedi matin pour lire leur horoscope de la semaine suivante avant de les reposer aussitôt sur le présentoir. Vous n’y trouverez jamais Le Monde Diplomatique, Polka Magazine ou le National Geographic. En revanche, pour les derniers potins, la file d’attente est the place to be.

Vous voilà donc au premier rang d’un one mag’ show improvisé et jouissif où le ridicule ne tue pas. A l’instar de ces deux couvertures se faisant face de part et d’autre de la queue-salle de spectacle. Vous regardez à droite : « oulala, ça va mal entre Brad et Angie ! Ah bon, elle l’a trompé avec des filles ? de toute manière, un couple comme ça, ça ne peut pas durer éternellement, il n’y a que les étoiles qui ont ce privilège et encore, certaines implosent, d’autres explosent et puis, l’éternité, c’est long à la fin » et là, subrepticement, un ricanement vous incite à regarder à gauche : « Brad et Angie se marient secrètement en France, tout va bien alors, et puis, ils sourient sur la photo, c’est dire s’ils sont heureux, mais, quand même, qu’est-ce que c’est que cette histoire, je croyais qu’ils se séparaient ! ils le disent là, juste de l’autre côté… »

Là, le spectateur en train de faire la queue – n’oublions pas que c’est pour cette unique raison qu’il se trouve entre ces deux allées de magazines – ne sait plus où donner de la tête – il balaye à gauche à droite comme s’il assistait à un Match de tennis -, il ne sait plus qui croire – est-ce vraiment important ? -, il est perdu et se réconforte en attrapant une petite barre chocolatée sur le côté… Tout devient alors très subjectif et dépendant de l’humeur du jour. C’est un peu comme le verre à moitié vide ou à moitié plein. Au final, il y a la même quantité de liquide, mais tout est toujours une question de Point de vue… « Si vous préférez la version romantique, tapez 1 ; si vous préférez la version trash, tapez 2 ; sinon, avancez d’un mètre, des caissières attendent ! » Bon, évidemment, là, la presse people, ses énormités et ses paradoxes, ça saute aux yeux, car tout et son contraire existent dans le même temps, rappelant que la vérité importe bien moins que le divertissement que l’imagination ou la surinterprétation peuvent faire naître chez le lecteur-voyeur.

Mais il suffirait de se plonger dans des magazines un peu plus sérieux et de recenser, par exemple, les articles sur une période de 3, 4 ans parlant de vin – alternativement bon et mauvais pour la santé -, de régimes – manger des fruits, arrêtez les fruits ! -, des téléphones portables – dangereux, mais non pas du tout… ! – pour réaliser que les contradictions ne sont pas l’apanage de la presse à 4 sous. La comparaison est excessive, mais le résultat est le même : comment se faire une opinion juste sur les choses de la vie quand tout fluctue en permanence pour des raisons obscures ? Moralité, ne jamais tourner la tête quand vous faites la queue à la caisse ! Cela conduit beaucoup trop loin !

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Le Musée d’Art Moderne de Paris accueille, jusqu’au 2 mai, une exposition de photographies de Jan Dibbets. Et plus précisément, sa série Horizons. Une variation, assurément mathématique même si c’est transparent, sur la ligne, sur le dépouillement, et, d’une certaine manière, sur l’invention d’un autre monde. On peut lire, dans le petit fascicule livré à l’entrée des salles : « Intimement lié à l’histoire de l’art néerlandais, le motif de l’horizon a activement participé à son développement « abstrait ». Aussi, l’abstraction telle que la conçoit Dibbets doit-elle être envisagée dans la continuité de Mondrian, mais aussi des peintres du XVIIe siècle, selon des procédures qui visent à accentuer un processus de « représentation ». Elle ne témoigne de facto jamais d’un renoncement au monde et privilégie, au contraire, une approche transformatrice et recréatrice de la réalité. »

Evidemment, dans le cadre de cette démarche, l’artiste du pays plat et aux moulins à vent, n’aurait jamais posté son appareil face à cette éolienne, qui vient casser l’horizontalité parfaite de ses images. Mais la roue tourne et le clin d’oeil était trop tentant.

Tout comme l’envie de faire se rencontrer virtuellement les eaux de Santa Cruz et celles de Carmel, CA… Le pacifique océan semble animé par la même énergie à plusieurs mois et quelques dizaines de miles d’intervalle.

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Hoooo !

MJ ciréHistoire d’histoire de photos… L’interrogation : une photo a-t-elle une histoire intrinsèque, ou est-ce le contexte dans lequel la photo a été prise qui constitue son histoire ? Les deux mon capitaine me répond Kloklo. Kloklo a raison.

La preuve avec Michael Jackson. Sur les Grands Boulevards. Samedi soir. Le 29 août. Il aurait eu 51 ans s’il n’était pas mort. Ce sont des choses qui arrivent. Tout un tas de gens se sont ainsi retrouvés pour fêter son non-anniversaire. Je passais par là un peu par hasard, entre deux « positions intermédiaires », comme le claironnerait le GPS de la Volvo paternelle. Mais le hasard existe-t-il encore quand s’ouvre, juste devant soi, une porte d’immeuble et qu’en sort un Michael Jackson fringant, quoiqu’un peu figé ? Un Jackson de cire et d’antan tout droit sorti du Musée Grévin… Epoque pas trop lointaine marquée par les stigmates du bistouri. Incrédule, la foule. Elle s’amasse autour du quatuor qui fait glisser le Roi de la Pop jusqu’au Grand Rex. On y passe l’intégrale de ses clips pour les plus que fans serrés comme des sardines le long de la rue Poissonnière. Passons sur l’exploitation du morbide, qui n’en est qu’à ses débuts. L’odyssée est filmée, photographiée, officiellement. Les « là par hasard » en profitent. Pour poser aux côtés de la poupée de cire qui n’émet plus aucun son. Et puis, la star disparaît derrière un cycliste.

La double histoire est bouclée : moi, ici au bon moment alors que tous les chemins mènent à des positions intermédiaires ; le sosie, exceptionnellement de sortie, car l’original a rejoint ses partenaires de Thriller, les créatures d’outre-tombe, sans y être vraiment encore… dans la tombe.

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