Les rochers posés sur le sol sont les nuages flottant dans le ciel : regarder les uns ou les autres nous transporte dans des univers parallèles où l’impossible change de camp. On y voit ce qui n’existe pas. Un nuage en forme de cheval, de point d’interrogation ou encore de cosmonaute… On y projette ce que l’on veut y voir. Comme là, sur cette plage désertée par l’eau en goguette. Deux rochers isolés, côte à côte. En fait, deux têtes de colosses recouvertes d’algues et colonisées par des moules du 21e siècle, seuls vestiges d’une cité engloutie en 1654 suite à un important glissement de terrain. Comme deux témoins du temps qui passe. En grattant un peu sous ces crânes verdoyants dont on distingue clairement les mâchoires, il ne fait aucun doute que nous buterions rapidement sur un cou, une omoplate et en creusant un peu plus encore, sur un torse puis des jambes et des pieds… Là, juste en dessous, à la fois préservés par le sable mais attaqués par les milliers d’organismes et micro-organismes qui y vivent, nos deux colosses sont entiers. Prêts à être exhumés pour jouer à nouveau leur rôle de vigie salutaire…
Errer dans les rues de New York un jour d’hiver rigoureux et remarquer cette singulière lumière mi-réelle mi-artificielle qui enveloppe la ville et ses habitants de toutes parts. Celle-là même qui, arrivant directement du ciel où brille un soleil libéré, vient heurter les millions de vitres des buildings pour rebondir sur le trottoir et éclairer la vie par en bas…
Normalement, ce jour-là, c’est-à-dire, un 24 juillet dans l’hémisphère nord, au summum de l’été donc, au sommet de Crater Lake aussi même si ça n’est pas très haut, le sol n’aurait pas dû être partiellement recouvert de neige mais massivement habillé d’un gazon vert non tondu sur lequel les visiteurs du jour auraient pu courir, s’ébattre, pique-niquer, ramasser des pâquerettes, jouer au volley, au cricket ou faire la sieste… Normalement, cela aurait dû se passer ainsi. Clairement, en ce 24 juillet, la neige est un intrus. Ce que confirment les têtes incrédules sortant de leur voiture, accompagnées de leur corps ballant et engourdi par de longues heures de route, en arrivant au point culminant du parc, par ailleurs proche de son entrée. Voilà pourtant que deux familiales arrivent sur le petit parking, hors champ, et s’y garent, laissant s’échapper deux familles indiennes sur trois générations. Comme les autres, ils sont incrédules. Mais pour une raison totalement différente : c’est en effet la première fois qu’ils peuvent toucher de la neige, marcher dessus, l’entendre crisser sous leurs pas ou encore se jeter des boules de neige ! Alors que les autres – ceux que la neige n’émerveille plus – jettent leur dévolu sur le reposant reflet de la caldeira à la surface du lac, eux profitent, logiquement, de ce qu’ils n’auraient pas dû voir, normalement. Finalement, les retards de saison peuvent avoir du bon…
C’est un fa, j’aime travailler en musique. Ne pas être en mesure d’en écouter dans ce contexte studieux est même susceptible de me perturber. Souvent, je suis du genre mélomane monomaniaque. A écouter le même album en boucle pendant des semaines jusqu’à en connaître par cœur les notes, les transitions, les rythmes et les mots, comme si je me préparais à réciter une poésie. Je sais, à chaque nouvelle seconde qui passe, quel son va résonner à la suivante. Il n’y a pas vraiment de surprise, ce qui a quelque chose de rassurant, de réconfortant, d’efficace. Dans la vie, ne fonctionnons-nous pas un peu comme cela aussi ? En allant finalement toujours dans les mêmes quartiers, en empruntant à peu près les mêmes chemins pour y aller, en ingurgitant régulièrement les mêmes menus… D’agréables petites habitudes qui, progressivement, se muent en routine.
A l’inverse, j’aime tout autant l’expectative dans laquelle me plonge le mode aléatoire, ce fameux shuffle auquel Monsieur Lazhar n’entend rien dans le film éponyme, et ce, malgré son nom qui lui fait écho. Avec le shuffle, tout d’un coup, des pistes oubliées remontent à la surface, ressuscitées ; d’autres, ignorées, se font connaître ! Le requiem de Mozart côtoie le râle d’Eminem, les chants diphoniques d’Huun-Huur-Tu les vocalises de Björk, sans que quiconque ne crie au scandale, sans que cela soit une aberration musicale, sans que cela n’altère l’attention malgré les divergences de tempo, de voix, d’ambiances… Le hasard crée sa propre polyphonie et s’avère être un DJ plutôt avisé.
Et voilà « Murmures d’ailleurs », la nouvelle production éditoriale du collectif de photographes Les 4 Saisons dont je fais partie avec Alexandra de Lapierre, Elodie Guignard et Sophie Triniac. Comme des millions de personnes il paraît, nous avons ressenti le besoin de poser des mots et des images sur cette étrange période qu’a constitué ce confinement […]
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Share on FacebookPrenez un feu tricolore en position neutre, des néons de bistrot cardinal, un ou deux réverbères éphémères, quelques barres métalliques réfléchissantes et autant d’ombres absorbantes… Ajoutez-y un zeste d’enseigne hôtelière et un reflet de panneau publicitaire ! Mettez le tout dans un bus de nuit agitée en phase d’extinction. Laissez prendre l’ensemble quelques secondes pour […]
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