Photo-graphies et un peu plus…

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Parfois, je me dis que les équipes chargées de définir les scenic point ou points de vue remarquables d’une route devraient s’offrir les services d’un photographe avant d’arrêter leur choix… Certains sont faciles, évidents, ils sautent aux yeux de tout le monde. Mais de temps en temps, quelques erreurs d’appréciation sont à relever. Les conseils d’un amateur d’image permettrait notamment d’exclure, encore que cela relève tout simplement du bon sens, tout panorama comportant un arbre en plein milieu du dit scenic point ou une végétation un peu trop abondante, venant ainsi obstruer la vue supposément époustouflante. Surtout, le photographe choisirait probablement d’autres sites. Je ne compte plus en effet le nombre de fois où, les deux mains sur le volant mais les yeux à côté de la route, je lance un : « mais c’est ici qu’il aurait fallu un scenic point ! » S’en suivent un soupir de dépit, et, en fonction du paysage aperçu et du nombre de fois où l’on s’est déjà fait cette réflexion sur le trajet, un coup dans le rétro, une embardée maîtrisée et un arrêt sec sur le bas côté, herbe, sable, terre, bande d’arrêt d’urgence… L’appareil est prêt, attendant sagement sa sortie sur la banquette arrière, voire sur les cuisses. Il faut être prompt pour ce genre d’expédition hors des sentiers balisés. C’est un peu comme si on se créait son propre festival off des scenic point. La porte s’ouvre, on sort rapidement, on cadre, on déclenche, et on reprend les commandes après quelques secondes, ni vu ni connu. Les passagers des quelques voitures nous dépassant dans ces circonstances ont alors souvent le même réflexe : nous regarder ainsi que la scène photographiée, et dans le lot, on sait que certains se disent : « c’est vrai que c’est pas mal d’ici ! »…

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Osons une lapalissade liminaire : la découverte d’une ville est multi-sensorielle. Enfin, pas nécessairement une ville. La découverte d’un lieu en général, qu’il s’agisse d’une ville, d’une maison, d’une forêt ou de tout autre chose. Mais arrêtons nous sur la ville. La vue et l’ouïe sont les premiers sens a priori sollicités, dans de telles circonstances. Ceux qui sont en éveil car ils sont en terre inconnue. Le toucher l’est aussi, d’une certaine manière dans la mesure où nous avons les pieds sur terre. Mais, de façon totalement réductrice, j’associe plutôt le toucher aux mains… Une ville peut aussi se goûter, mais cela me semble plus relever de la métaphore.

Enfin, il y a l’odorat. Une ville se sent. Une ville sent. On a d’ailleurs facilement tendance à dire que la ville « sent mauvais »… La pollution, les pots d’échappement, les déjections canines, l’urine humaine, les détritus… C’est, bien heureusement, une impression totalement exagérée. Et une ville peut sentir tout à fait autre chose. Montréal, par exemple, sent la cuisine à partir de 16h30 – 17h. C’est en tout cas la sensation que j’ai eue les premières semaines lorsque je me trouvais dehors à ces heures-ci. Un mélange de steak frit et de muffin venant chatouiller les narines quelle que soit la rue où l’on se trouve, donnant l’impression que les agents de la ville ont été missionnés pour diffuser cette mixture détonante histoire d’aiguiser les appétits. Résultat diamétralement opposé pour moi : j’ai l’impression que l’on me sert goûter et dîner dans la même assiette alors que je n’ai pas faim.

Deuxième expérience olfactive citadine, pour le moins étonnante. Limite hors sujet. Direction New York. Une odeur me réveille en pleine nuit. Il est 4h. Quelque chose de fort, de piquant… D’habitude, c’est plutôt le bruit qui est susceptible de nous extraire des bras de Morphée. Là, non. C’est une odeur de feu, d’incendie, de cramé, de plastique brûlé. L’odeur est si prégnante que je vérifie que ce n’est pas la maison qui brûle. Non. Mais l’odeur est bien réelle, émanation d’un feu qui s’est déclaré un bloc à l’est dans une bodega familiale. Ce réveil est-il une manifestation de l’instinct de survie ? En tout cas, une preuve par l’exemple que les sens n’attendent pas la conscience pour s’exercer.

Enfin, Chicago, ville d’une beauté architecturale saisissante où les yeux et les oreilles sont sur-sollicités. Là, bizarrement, une odeur totalement incongrue vient titiller le nez. Une odeur de chocolat. Ici, puis là, et encore là. En plein cœur de la skyline, en pleine nuit. On ne peut pas faire plus ville. J’ai l’impression que cette odeur me poursuit quelle que soit la route empruntée. Certes, c’est mieux qu’un gangster ! Et puis, il fait froid et un chocolat chaud ne serait pas superflu, mais de là à avoir des hallucinations olfactives, il y a un pas que je ne souhaite pas encore franchir. Evidemment, au premier stimulus, la recherche d’un café commence. Tout est fermé. En dernier recours, j’ouvre le guide, avec l’espoir d’y trouver l’explication. Bingo ! Une chocolaterie, sans Charlie, est située à quelques miles de là, dans la ville même, et joue les ensorceleuses masquées ! Un détail. Mais voilà, désormais, à mes « yeux », Chicago aura l’odeur de cacao…

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