Photo-graphies et un peu plus…

La caverne inespérée

Souvent, on grimpe aux arbres. Ou aux branches. Ou tout du moins, on essaye. Mais il n’arrive que très rarement que l’on puisse entrer dedans…

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L'éclat de verre

Certes, au volant, ce brillant et frontal soleil couchant peut être incommodant voire aveuglant. Mais je ne peux m’empêcher de le trouver touchant et troublant. Tel un coureur de fond convoquant ses ultimes ressources dans un héroïque sprint final avant de s’effondrer à l’abri des regards pour reprendre son souffle et repartir de plus belle, notre étoile – dont la désarmante banalité à l’échelle de la Voie Lactée tranche sensiblement avec le rôle absolument déterminant qu’elle a joué dans l’apparition de la vie sur notre petite planète bleue – lâche les rais les plus puissants et éclatants de la journée, ceux-là même qui redessinent le monde à coups de scalpel doré, avant de s’effacer rapidement sous l’horizon et de nous envoyer la nuit pour seule compagne… Avec ses milliards d’étoiles.

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Raymond m'appelle

Raymond, je ne l’attendais pas vraiment en fait. Je l’ai trouvée là (oui, oui, vous avez bien lu), sur le bord de la route, la one O one, entre South Bend et Willapa. Au milieu de nulle part. Vraiment. Nulle part. Malheureusement, il y a parfois des « nulle part », qui relient des « part » subjuguants, où l’on est malgré tout obligé de s’arrêter – des escales techniques dans le jargon – car ils sont eux-mêmes cernés d’autres « nulle part ». Et qu’entre un « nulle part » et un autre « nulle part », ma foi, cela reste un « nulle part »… Et généralement, à l’instar de Sheldon qui, d’après Harry, est parfait pour dévitaliser une dent, d’un « nulle part », l’on n’attend absolument rien. De fait, m’arrêter à Raymond pour la nuit, dont le nom déjà, même énoncé à l’américaine, « reillemonde », annonçait la couleur, n’aurait dû me laisser aucun souvenir…

Si je suis là ce soir à vous en causer, c’est que, justement, je me souviens de Raymond. De ses rues désertes, oui ; de son motel resté dans son jus depuis des décennies et refuge d’une faune pas totalement rassurante, un peu aussi ; de son unique dinner ouvert après 7 pm, de l’autre côté de l’autoroute, oui, parfaitement. Car c’est ici qu’est né le souvenir de Raymond. Bien sûr, je ne le sais pas encore en poussant la porte de ce restaurant typique de burger qui incarne la quintessence de l’american way of life, avec ses néons étincelants, ses tables en formica cintrées d’un tour de zinc reluisant et ses chaises en moleskine, son faux plafond et ses ventilos qui brassent l’air chaud… Please wait to be seated. Obéissance même s’il y a l’embarras du choix. Là, ok, sur la banquette. La serveuse, une jeune fille fringante, apporte la carte avec un grand sourire. Elle, pas la carte. Puis s’éloigne. Du français sort de ma bouche. Son oreille se tend. Elle disparaît dans la cuisine, derrière les portes saloon, au fond à gauche sur la photo. Puis revient, prête à prendre la commande, et surtout à poser mille questions :

- Where are you from?

- Paris. In France. In Europe. (En trois temps s’il vous plaît. Parce qu’après plusieurs mois en Amérique du Nord, vous avez adopté cette habitude d’accoler l’Etat à la ville dont vous parliez, comme si, en France, on disait : « J’habite Marseille, PACA. ». La précision est d’autant plus nécessaire ici – mais inutile en réalité, mon accent m’ayant déjà trahie – qu’il y a un Paris en Arkansas, Idaho, Californie, Illinois, Indiana, Iowa, au Kentucky, dans le Maine, le Michigan, le Mississippi, le Missouri, dans l’Etat de New York, en Ohio, Oregon, Pennsylvanie, Tennessee, Virginie et bien sûr, merci Wim, au Texas !

- Are you in Raymond for vacation?

- (Là, il s’agit quand même d’être diplomate et de ne pas tenter de traduire cette histoire de « nulle part » qui pourrait vexer la personne en charge de mon dîner) No, no, I am on my way to Seattle.

- There’s nothing to do here anyway…

J’invente peut-être cette ultime réponse, mais la mienne l’a, semble-t-il, rassurée quant à ma capacité à discerner le insane du boring. Bref, je vous épargne les 998 autres questions. La donzelle repart vers la cuisine, et tout d’un coup, patratas, un immense cri aigu traverse la porte saloon qui bat encore de l’aile, puis la salle et arrive jusqu’à moi – il est exactement là le souvenir de Raymond, dans ce cri primal totalement inattendu dans l’état actuel des choses et irrésistiblement drôle qui dit : « They’re from Pariiiiiissssssss! »

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Tout est chaos

Beauté pure de côte sauvage, empreinte d’une incroyable paix et douceur malgré ce mikado faussement chaotique de troncs et de branches d’arbres venus de la terre, venus de la mer, et jonchant désormais la plage de galets, à une heure de grande écoute où la brume puis la nuit s’apprêtent à tout faire disparaître.

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L'être en plus

Comme il y a quelques années avec les mots « vide » et « vie », je viens de réaliser qu’il n’y avait qu’une lettre de différence entre « futile » et « utile », une lettre en plus pour le plus creux, le plus vain des deux, confirmant dans l’instant, qu’il en fait déjà trop et que, pour masquer sa frivolité et faire diversion, il se pare de beaux et doux atours. N’est-elle pas belle, en effet, cette lettre F ? Celle du feu, des flammes, de la folie, des fleurs, des fantasmes, des fourmis, du flamboyant ou encore du fantastique…

Mais revenons un petit peu en arrière. De telles pensées, tout comme la vie, ne surviennent pas ex nihilo. En l’occurrence, ce n’est pas en me rasant ce matin que j’ai vu ce message à la limite de l’insolence s’afficher sur le miroir me faisant face – nous sommes en 2022 – : « Hé, toi là-bas, au lieu de sonder la profondeur de tes abysses en quête de ton âme, as-tu jamais songé qu’il n’y avait qu’une seule lettre de différence entre les mots « utile » et « futile » ? ». Non, c’est en lisant un courrier amical d’une « redresseuse » de torts mineurs parfois majeurs que je me suis abandonnée à une minute d’autoflagellation doublée d’admiration, la seconde lui étant destinée et durant bien plus longtemps que la première : « ça, au moins, c’est fondamentalement utile ! Pas comme la photo… la photo, c’est juste… futile ! Oh, tiens, c’est assez ironique, il n’y a qu’une lettre de différence entre ces deux mots alors que… ». Voilà comment c’est arrivé, en vrai.

Mais revenons encore un petit peu en arrière. Car en arriver à dresser ce constat à la fois défaitiste et extrémiste – la futilité supposée de l’activité photographique, j’hésite à écrire « acte » car c’est encore autre chose même s’il l’une découle de l’autre – alors que l’on – enfin moi – occupe une bonne partie de ses journées à la pratiquer, est le symptôme, si ce n’est d’une crise existentielle, a minima d’une interrogation – qu’elle soit nouvelle ou récurrente ne change rien – sur le sens de la vie en général, sur celui de sa propre vie en particulier, à un instant t ou rétrospectivement ou encore pour les années à venir, mais aussi et surtout sur le sens à donner à sa propre vie à la lumière du cours du monde globalement insensé qui se déploie sous nos yeux et consciences irrités de jour en jour. En d’autres termes, comment – et c’est une question de riche – ne pas conclure en la futilité de tout, du tout, pour assurer la survie de notre âme et ne pas sombrer dans une folie irréversible vers laquelle devrait converger tout humain empathique face à cette chaotique destinée ?

Bien sûr, personne ne prétend que la futilité est inutile ni, véritablement, que la photographie est futile même s’il est difficile d’en mesurer l’utilité… Cela reviendrait en effet à prendre parti dans cette question piège atemporelle : « A quoi sert l’art ? » et nous mènerait beaucoup plus loin que le chemin que nous sommes supposés faire ensemble aujourd’hui. J’y réponds partiellement malgré tout en citant Fernando Pessoa : « La littérature, comme toute forme d’art, est l’aveu que la vie ne suffit pas ». L’honneur est donc sauf ! Ce qui sous-entend également qu’être utile est important, soulevant une nouvelle question : et pourquoi donc ?

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Six troncs pressés

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Les yeux du ciel

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