Photo-graphies et un peu plus…

Il ne faut pas s’y méprendre, ce n’est pas parce qu’un écran nous sépare et que je ne sais pas où vous êtes précisément que je ne distingue pas votre mine dubitative. Certes, j’ai légèrement saturé les couleurs de cette photo mais promis juré craché, il n’y a aucun filtre : je n’ai fait que révéler le cercle chromatique qui, dans ce face à face étoilé, s’est intercalé, en sourdine, entre l’astre solaire et moi. Capturer ces halos concentriques irisés n’était d’ailleurs pas mon intention initiale à la prise de vue pour la simple et bonne raison que je ne savais pas encore que c’était possible. Vous voyez, je suis transparente avec vous ! Non, ce qui m’avait aimantée, comme souvent dans ces ambiances urbaines a priori froides et déshumanisées, c’est une présence humaine résiduelle. Là, accoudés au bastingage, dans une flèche de lumière, deux hommes dont la petite taille – tout à fait normale en réalité – comparée à celle des immeubles alentours rappelle à quel point nous vivons parfois dans des environnements qui nous engloutissent totalement. Impression d’écrasement intégré que ces vives couleurs viennent heureusement atténuer…

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Magie féérique de cette improbable nuit américaine… Je me réveille dans une sombre barque au milieu d’un fjord scandinave sans savoir comment je l’ai atteint – je ne trouve aucune rame – ni comment j’ai gagné la frêle embarcation. Tout autour est incroyablement calme, immobile et silencieux, comme si le temps qui passe s’était arrêté là où le mouvement, le bruit, sont, d’habitude, incessants. Je voudrais rejoindre ce port, au fond, dont les maigres lueurs sont autant de signes de vie rassurants mais je suis incapable de bouger. Ce ne sont pas mes muscles qui résistent, mais mon esprit irrationnel : il ne veut pas souiller l’équilibre parfait sur lequel je parais flotter et qu’un simple tressaillement de ma part briserait en une fraction de secondes, faisant à jamais disparaître ce dialogue mi-diurne mi-nocturne entre le ciel et la mer, autant sublime qu’irréel.

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On dirait une peau de serpent aplanie voire un gros plan de nanotube de carbone… Mais le rectangle bigarré dans le premier tiers de l’image vient bousculer le quiz pictural. C’est beaucoup plus simple que cela ! Une serviette de bain, séchant sur un garde-corps sinueux. Et trois étages au dessus, les seuls rescapés d’une catastrophe sans précédent perdus sur une façade tour à tour captivante, mystérieuse et aussi belle qu’effroyablement monstrueuse. Du fait de sa taille, partiellement montrée, mais aussi de la répétition systématique et abusive d’un motif devant manifestement rappeler le va-et-vient permanent des vagues de l’océan Pacifique sur le sable chaud de Waikiki sur lequel elle est plantée, et enfin du fait de la froideur que cette combinaison dégage. Cette façade fait face au paradis supposé – palmiers, eaux turquoises, sable fin, soleil – , mais plus je la regarde, plus je lui trouve des allures de purgatoire et plus j’en viens même à douter de l’humanité de ces deux-là ?

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Ces femmes au pied de la grotte s’apprêtent à vivre le moment que je préfère lorsque je prends le métro : en sortir ! Aucune ironie dans cette première phrase, hormis cas exceptionnels – la ligne de la poisse notamment -, je suis plutôt une fervente partisane de cette bruyante chenille ! On y lit, on y mange, on s’y observe, on s’y assoupit, on y révise ses langues étrangères, on y chante, on y danse, on s’y parle, on s’y bécote… Le métro, c’est un peu comme un travelling sans cut final sur la vie à l’état confiné où des personnes viennent interpréter un rôle de composition le temps d’une, de trois ou de douze stations avant d’être remplacées par d’autres qui partageront ce même souci d’authenticité.

Les entrailles d’une ville que l’on traverse sans la voir tout en sachant qu’elle pousse bien verticalement au dessus et que la vie y grouille aussi. Parfois, à quelques détails près, on sait exactement ce qui se trame et se trouve là-haut. Tel immeuble à tel angle, tel passage piétons ici, telle boutique en face, tel poteau sur ce trottoir, tel jardin public de l’autre côté du carrefour et ainsi de suite… On s’extirpe alors de l’obscurité sans s’émouvoir de quoi que ce soit. Ou si peu. Parfois, et c’est le plus captivant, on ne sait absolument rien de l’environnement dans lequel on va débarquer en s’extrayant du tube hormis le patronyme de la station qui nous révèle que l’on est arrivé et nos a priori. C’est la découverte totale et brutale, à la fois d’une ambiance, de la faune locale, de l’architecture, de sonorités particulières peut-être, de couleurs mais aussi d’odeurs potentiellement toutes différentes de l’endroit que l’on a laissé derrière soi… Que la surprise soit bonne ou mauvaise – donnant ainsi plutôt envie de rebrousser chemin -, sortir du métro en terre inconnue est, à mes yeux, la promesse d’un voyage en soi. A fortiori, un petit moment de bonheur.

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Insondable satisfaction du photographe autant que micro-victoire personnelle : ce moment où l’image qu’il s’est imaginé composer en découvrant un élément de décor particulier prend vie devant lui. Ici, cette bouche béante réclamant sa dîme et attendant le passage d’une innocente proie prête à se faire gober.

Ce que le photographe ne maîtrise absolument pas en revanche : le temps à attendre pour que ce que son esprit a déjà créé et ancré dans sa mémoire rencontre en effet le monde réel, étant entendu que lorsque tous les signaux convergeront vers l’image fantasmée – une fille marche d’un pas décidé le long du mur sur lequel a été peinte la bouche affamée -, il lui faudra être aussi rapide et vif que l’éclair pour capter un instant forcément fugace qui, peut-être, ne se reproduira pas.

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J’ai pris ce coquelicot esseulé en photo pour une raison simple : le rouge vif de ses pétales se détachant nettement du dégradé de vert à jaune de l’herbe à la paille, le tout sur fond de ciel bleu. Un véritable arc-en-ciel ! Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas devenu achromate (à ne pas confondre avec acrobate) pendant la nuit : cette photo telle que vous la voyez est bien en noir et blanc.

J’ai préféré les lui ôter. Ses couleurs. Non sans une certaine hésitation je dois l’admettre car c’est bien leur cohabitation qui m’a poussée à déclencher et donc à faire que cette image existe. C’est un peu comme si vous commandiez une boule de glace à la fraise parce que c’est votre parfum préféré, et qu’une fois le cornet entre vos mains, vous vous disiez : « finalement, j’aurais préféré la vanille ». A un détail près : vous aurez beau faire appel à Oudini, votre glace à la fraise ne pourra pas se muer en une glace à la vanille. En revanche, un banal logiciel de retouche photo fait basculer votre image d’un monde à l’autre et même inversement (preuve qu’aujourd’hui, la magie est ailleurs…).

Et voilà que dépouillée de ses rouge, vert, jaune, blanc, bleu, la photo perd la légère allégresse qu’elle dégageait, son âme bucolique, son côté gnangnan aussi, elle se fait plus grave, gagnant à la fois en mystère et en étrangeté. Tout d’un coup, on se met à douter de son authenticité, on imagine un trucage, un montage, un effet de post-production… Quelle autre raison en effet à rendre flou le sujet principal de sa composition, état de fait qui s’impose d’autant plus qu’il n’y a pas de couleurs pour détourner l’attention ? Une remise en perspective, qui, à mes yeux, vaut bien quelques couleurs…

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Là, flirtant nonchalamment avec les 10 000 mètres d’altitude, dans un monde où le ciel est toujours bleu, je me prends à rêver de l’impossible : m’extraire de cet aéroplane pour dévaler cette longue aile inclinée, filer droit vers cette mer de nuages infinie au charme aussi irrésistible que celui déployé par Charybde et Scylla face aux navigateurs et poursuivre ainsi le voyage jusqu’au bout du bout du monde en sautant de flocon en flocon comme s’il s’agissait de trampolines célestes…

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Certes, la chaleur actuelle donne des envies de Pêche Melba et de Banana Split, mais ce n’est pas elle qui a motivé mon choix iconographique du soir. En tout cas, pas consciemment. Mais laissons cet abîme au fond de son trou pour aujourd’hui. Non, c’est juste une idée, ou plutôt un constat : cette photographie serait impossible à faire en été. J’en entends déjà certains dire qu’il s’agit là d’une lapalissade puisqu’en cette saison, il n’y aurait pas de neige. Il pourrait y avoir de l’herbe et la photographie serait simplement différente. Non, en été, en lieu et place de cette plaine enneigée, il y a de l’eau. A l’état liquide.

Car cet espace n’est autre qu’un lac, présentement gelé, ce que le profane ne réalise pas instantanément. Et en cette qualité de néophyte des hautes latitudes et de leurs conséquences hivernales, il met aussi un temps certain à comprendre que cette saison virginale et figée lui offre une alternative inédite : au lieu de longer et de faire le tour du lac pour rallier le point de bifurcation suivant de sa randonnée, comme lui indique sa carte toutes saisons, il peut marcher sur l’eau. A l’état solide. Moins biblique mais tout aussi épique. Une sorte de CAFAMUFODAVI naturel en quelque sorte.

Comme toute première fois, il y a une petite appréhension une fois la décision sérieusement envisagée : toutes les scènes de films où un personnage traverse un lac gelé et où la glace gronde, craque puis se fissure avant de s’ouvrir sous ses pieds, l’engloutissant dans des eaux si noires et si glaciales qu’elles ont rapidement raison des battements de son cœur remontent à la surface… Un petit frisson rapidement effacé par la raison et l’observation : manifestement, des véhicules apprécient également le raccourci. Rapide calcul : être humain + autre être humain < voiture. Un verdict si réconfortant que l’on se prend à défier la couche de glace en sautillant dessus à plusieurs reprises. Et après des premiers pas hésitants, c’est assez fier que l’on file de l’autre côté du lac, bercé par cette douce et naïve impression d’être un sacré aventurier !

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La vie de silhouette à terre est finalement assez triste : son destin est déjà tout tracé, voire piétiné, avant même que son emplacement définitif ne soit déterminé. Elle me paraît même un peu cruelle à vrai dire quand, comme ici, elle doit suggérer le mouvement alors même qu’elle est clouée au sol, immobile, condamnée à regarder devant elle, à la verticale, et à voir les gens, autos et nuages défiler sans lui prêter la moindre attention. C’est un peu comme si on stoppait net une partie d’1, 2, 3 Soleil, laissant les joueurs dans une position instable jusqu’à la fin de leur existence. On aurait envie d’aller les bousculer pour, qu’au moins, ils puissent aller au bout de leur élan. Envie exacerbée avec cette silhouette faussement vagabonde prise dans une tempête de neige, artifice printanier qui lui confère un tout autre relief…

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Surfeur averti ou causeur au long cours, il vous est sûrement déjà arrivé de devoir joindre la hotline de votre fournisseur d’accès à internet ou de votre opérateur téléphonique pour une raison quelconque. Au terme d’un rapide et méthodique jeu de questions/réponses destiné à isoler l’objet de votre appel en vous faisant appuyer sur les touches 1, 2 ou 3, un être humain entre généralement en contact avec vous et souvent, de façon très cordiale. Il vous précise d’emblée que votre échange peut être enregistré avant de vérifier que vous êtes bien celle ou celui que vous prétendez être. Ceci étant fait, votre congénère absorbe vos jérémiades (on appelle souvent pour se plaindre, non ? ; personnellement, je n’ai jamais vu qui que ce soit contacter son opérateur pour lui dire : « C’est super, tout fonctionne à merveille, je tenais à vous le dire, merci beaucoup ! ») avant de dérouler machinalement mais toujours très poliment la procédure prévue dans ces circonstances. Tant pis si vos réponses ne rentrent pas dans les cases. Au bout de quelques minutes si vous avez de la chance, il résout votre problème. Vous l’embrasseriez presque (cette pulsion de communication constante bouscule complètement nos repères !). Vous le remerciez chaudement, lui souhaitez une bonne journée, vœu qu’il vous retourne dans la foulée. Vous y croyez un peu même si c’est sans doute là la dernière ligne de leur script. Vous êtes un client satisfait et c’est ce après quoi courent toutes les entreprises aujourd’hui car un client satisfait est client fidèle, un peu comme les chiens.

Le lendemain, voire le surlendemain, en tout cas jamais très longtemps après votre interaction d’être humain à être humain, on vous téléphone. Une voix de synthèse, féminine, vous rappelle que vous avez récemment contacté le service client et vous « demande » si vous accepteriez de répondre à quelques questions, ce qui ne prendra pas plus de 2 minutes (« on » sait que votre temps est compté). Evidemment, la notion de « demande » est un peu biaisée puisque personne ne vous parle vraiment et qu’il vous suffit de raccrocher pour refuser cette mini-enquête sans paraître impoli pour autant. De loin, tout semble normal. En se rapprochant un peu, il y a quand même quelque chose d’étrange… Cette mesure de satisfaction est entièrement mécanique. En d’autres termes, « on » demande à des robots de juger le travail réalisé par des êtres humains… N’est-ce pas curieux ? Et alors que les laboratoires de robotique s’escriment à rendre leurs machines les plus « humaines » possibles, en évitant soigneusement de tomber en panne sèche dans la Vallée de l’étrange (j’y reviendrai un jour) et en les dotant d’une sorte d’indépendance de « pensée », les êtres humains doivent, dans le même temps, suivre des schémas de plus en plus systématiques et prédéfinis face à des situations elles aussi anticipées. Un inversement de casting bien moins anodin qu’il n’y paraît, non ?

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