Photo-graphies et un peu plus…

En un peu moins de 10 minutes, aidé par un vent vif et bien décidé à faire le ménage, le ciel était passé d’une couverture nuageuse blanche et clairsemée à une impressionnante fronde grisâtre puis noirâtre ultra-dense. On – tous ces gens qui étaient dehors à vaquer à leurs occupations du moment – avait pressenti le changement, porté d’abord par les rafales puis par une baisse soudaine de la luminosité, comme si quelqu’un avait appuyé sur l’interrupteur. On – les mêmes – s’étaient tous tournés vers la masse céleste sombre et galopante avec un sentiment mêlé d’effroi et de fascination : il allait falloir, et plus vite que ça encore, trouver un endroit où se retrancher car elle allait certainement se délester de milliards de molécules d’eau en phase liquide.

D’en haut, le spectacle devait être amusant… A l’instant i, des petits humains déambulant calmement en suivant une direction précise même si indéfinie au moment de poser le pied au sol. A l’instant i + nuage monstrueux, les mêmes humains plutôt catastrophés, balayant les environs et filant précipitamment (et un peu anarchiquement il faut le dire), parfois en courant comme si leur vie était en danger, vers des abris plus ou moins pérennes.

Cela me fait penser à des fourmis… Je m’explique. Enfant, vous avez sûrement observé la vie d’une fourmilière. Stupéfait par l’organisation sans faille qui semblait la gouverner et encore marqué par vos récents cours de chimie sur les réactions en chaîne, vous aviez, à plusieurs reprises, tenter de briser cet équilibre interne en obstruant l’entrée de la fourmilière ou en laissant tomber quelques gouttes (d’eau je vous rassure) sur les lignées imperturbables de fourmis. Mais c’est définitivement quand vous souffliez sur elles et que, complètement surprises et décontenancées, elles fuyaient dans toutes les directions, goûtant par la même occasion à ce que l’on appelle le chaos et l’individualisme, que vous étiez le plus fier de vous. Et bien, à une échelle bien plus grande, avec des cieux pareils, j’ai l’impression que quelqu’un me prend pour une fourmi et fait de drôles d’expériences sur mon espèce…

Share on Facebook

Je l’ai réalisé tout à l’heure et j’ai bien dû recompter à deux reprises pour l’admettre : cela fait 44 jours que je ne vous ai pas amenés à la mer… La dernière fois, c’était le 28 septembre, à Hawaii, le détour joyeux. Je vous l’accorde, il y a pire. Mais 44 jours ! Une éternité en temps de coccinelle. Pour moi également. Même si elle n’existe pas, l’éternité. Cela se finit toujours un jour, on ne sait jamais trop quand. Parfois calmement, parfois avec pertes et fracas. Comme cette vague un peu mégalomaniaque, qui au lieu de s’éteindre discrètement en se laissant absorber par le sable détrempé du littoral, à l’instar de ses sœurs d’eau, a, dans un dernier sursaut d’énergie, préféré faire son show, sa star en se jetant de tout son corps sur ce rocher à fleur de plage et éclabousser sa mère nourricière de son originalité tapageuse.

Share on Facebook

Il y a quelque chose d’étrangement trompeur dans cette photographie. Tout semble être irrésistiblement attiré vers le ciel par une sorte de gravitation inversée s’exerçant sur chacune de ses composantes. Une force si puissante qu’elle déforme, qu’elle étire tout, buildings, tour, sculpture, arbres… Rien n’y résiste. Tout devient élastique et malléable. On s’attendrait presque à les voir s’arracher de terre, déracinés, littéralement aspirés par cette force invisible.

Ce n’est pourtant qu’une illusion, une impression conditionnée par la forme élancée de tout ce qui se retrouve dans notre champ de vision et ce, sans qu’un quelconque élément de l’image vienne apporter de repère habituel et ainsi alerter nos sens. Cette sculpture de dos, une tête en fait, au visage parfait, c’est elle qui, dès le premier regard, jette le trouble. Du fait de ses proportions, anormalement allongées, bien sûr, mais surtout de la sérénité qui s’en dégage, sérénité que le tumulte enivrant de la ville qui ne s’arrête jamais ne parvient pas à altérer…

Share on Facebook

Share on Facebook

… ou la salle d’attente d’un cabinet médical. En poussant la porte, la première question que vous vous posez est : combien y a-t-il de personnes dans la pièce ? C’est-à-dire, à passer avant vous, quand bien même vous avez un rendez-vous et qu’il est pile poil l’heure, ce qui vous fait réaliser, soit dit en passant, que ce sont là les seules occasions où vous êtes ponctuel (à méditer). Trois, quatre, cinq ? La journée est finie ! Vous lancez un bonjour à l’assemblée, qui répond proportionnellement au retard pris par le médecin. En gros, ceux qui attendent depuis 1h30 vous ignorent totalement ou vous regardent avec des yeux désespérés « ça fait une heure que je suis là, j’ai autre chose à faire et encore moins envie d’être poli ! ». Vous vous posez donc sur une chaise, libre de préférence, et c’est à ce moment précis que point la deuxième question : qu’est-ce qu’ils ont  ? En gros, pourquoi vont-ils voir le médecin ? Pour vous, vous savez, mais eux, c’est quoi leur problème ? Elle, en face, elle a une grosse enveloppe à la main, des radios, et un bras bandé… Une chute ? Lui, juste à côté, il n’arrête pas de tousser, tout comme son voisin… Oh, celui-là n’a vraiment pas l’air bien en point, tout rouge, avachi sur sa chaise… Vous pensez à tous ces microbes qui flottent dans ces 8 m2, des microbes que vous n’aviez pas en arrivant, et que vous emporterez peut-être avec vous en sortant, histoire de vous donner une bonne raison de retourner voir le médecin dans 3 jours, le temps d’incuber tout ça…

Conscient de l’inutilité de votre paranoïa microbienne, vous vous tournez alors vers la table. Il y a toujours une table dans une salle d’attente. Il n’y a d’ailleurs pas grand chose d’autre, en plus des chaises. Et sur cette table, où que vous alliez, c’est-à-dire, quelle que soit la spécialité du médecin, il y a des magazines. Souvent, des titres que vous ne lisez pas habituellement, ou alors sans le clamer haut et fort. Vous les scannez du regard, en soulevez un, deux, trois, avant d’en extraire un de la pile et de l’ouvrir… Vous avez une impression de déjà-lu ou entendu, vous refermez le magazine, regardez la date. Novembre 2012. Normal. Vous reposez l’exemplaire, repiochez dans la pile comme si vous étiez en train de faire une partie de loto, vous en exhumez un. Cette fois-ci, avant de l’ouvrir, vous vérifiez qu’il est récent. Mars 2010. Wouah ! Voyage dans le temps… D’un autre côté, ça vous amuse de voir comment on s’habillait il y a 3 ans (si, si, ça change), de redécouvrir les tendances ou les actus de l’époque en sachant ce qui s’est passé après toutes les théories plus ou moins fumeuses développées dans les diverses feuilles de chou, mais bon, vous refermez la bête, bien décidé à trouver un magazine récent, un magazine d’aujourd’hui, un magazine de votre temps. C’est reparti pour un tour de loto, cette fois-ci, vous ne faites que jeter un oeil sur les couvertures à la recherche de la perle rare, vous creusez un peu en sous-sol pour voir si les magazines ne sont pas empilés du plus récent au plus ancien (ce ne serait pas très pratique, je vous l’accorde : le matin, le médecin entrerait dans la salle, déposerait tous les magazines sur sa moquette grise, poserait le dernier numéro de Modes & Travaux sur la table avant de le couvrir de toute la pile passée… tordu !). Mais non, tout est daté, tout est obsolète, tout a déjà été feuilleté, peut-être par d’autres patients d’autres cabinets. C’est parfait si vous avez 2 ou 3 ans de retard dans les nouvelles du monde. Mais où sont les numéros du présent ? Et pourquoi ne pas les mettre à disposition, comme les autres ? Par crainte du vol ? Qui irait, en effet, emprunter (restons innocent) un numéro vieux de 2 ans ? Les questions sans réponses se multiplient, vous êtes perdu dans vos pensées mais quelque chose, un son, vous ramène à la réalité… C’est votre tour ! Le médecin est à la porte et vous appelle. Pendant que vous tergiversiez avec ces feuilles d’un autre âge, la salle s’est vidée (quid des microbes ?), la nuit est tombée (ce n’est définitivement plus l’été), vous n’avez rien lu et le temps a filé, presque sans que vous ne vous en rendiez compte, et alors même que le contenu de votre attente a été de constater que le temps était déjà passé…

Share on Facebook

Il est des phénomènes naturels cycliques – un coucher de soleil en est un parfait exemple – que je ne me lasserai jamais d’admirer, a fortiori, de prendre en photo, quand bien même il s’agit d’un sacré cliché…

Share on Facebook

Les goûts changent avec les modes, mais aussi avec l’âge. Il paraît. C’est logique en même temps – nous ne sommes pas, à 60 ans, la personne que nous étions à 40, encore moins à 20, et pouvons donc, à ce titre, être attiré par des choses différentes selon ces périodes de notre vie – mais c’est aussi inquiétant – en fonction de quels critères ces goûts évoluent-ils et vers quoi ?

En fait, je me pose une question très précise et très sérieuse : suis-je condamnée à aimer les motifs à fleurs voire les tableaux avec des « petits chats » appelés encore chatons ? Non que cela soit un mal… Pour tout dire, je n’éprouve aucun ressentiment négatif envers les fleurs ni les « petits chats » (encore que…) mais j’ai parfois l’impression, en voyant mes congénères plus âgées s’enthousiasmer devant ce type d’incarnations, que c’est un passage obligé dans la vie, indépendant de notre volonté, un peu comme la mort. Et surtout, je ne vois absolument pas comment je vais passer de « Ce sont juste des fleurs ! » et d’une indifférence totale à l’égard des chats à « Regarde comme il est mignon ce petit chat tout tigré ! » ou « Pas mal, cette nappe à pâquerettes ! ».

Pourtant l’évolution est bel et bien en marche, sans que je n’en ai réellement conscience… sauf lorsque je décide d’écrire un temps sur les goûts et les couleurs. Par exemple, il y a quelques années, je n’aurais jamais pris cette photo de parterre floral. Qu’il se trouve à Osaka – « oh, regardez les fleurs qu’ils ont au Japon ! » – ne joue qu’un rôle mineur dans cette réalité. Je serais passée à côté, en le regardant néanmoins, mais pas plus. Heureusement, je ne suis pas encore capable d’énumérer les fleurs qui le compose. Je me contente d’en apprécier la composition, la variété des espèces et des couleurs. Une partie de moi essaye de se rassurer en se disant qu’un tel feu d’artifice de couleurs relève presque de l’art. L’autre me lance sadiquement : « Tu vieillis ma fille… La prochaine fois, ce sont les petits chats que tu prendras en photo ! »

Share on Facebook



L’hiver arrive, le froid s’insinue chez chacun, vous avez déjà mis le chauffage ? Vous ne serez donc pas contre un petit tour sur Big Island, la plus grande île d’Hawaii ? Une île où eau, terre, air et feu se côtoient au quotidien et s’influencent l’un l’autre, créant une île à deux visages, l’un marqué par les volcans, l’autre par une végétation luxuriante. L’un noir et minéral, l’autre vert et végétal, tous deux illustrés par 16 diptyques.

Vous pouvez découvrir l’ebook en cliquant directement sur la couverture ci-dessous.

Cet article ainsi qu’une sélection de photos ont par ailleurs été publiés dans le numéro 6 du U magazine, pour lequel j’ai aussi fait un article sur la Californie (n°5), sur le Mont Kailash (n°4) et sur la Namibie (n°3).

Share on Facebook

Share on Facebook

Une abeille est entrée dans la cabine pendant que Bob, appelons-le Bob, mon héros récurrent américain – ce qui, soit dit en passant, me refait penser à une lointaine et amusante incompréhension orale… Un cours sur la télévision pendant lequel le professeur se met à nous parler des films aéro-récurrents… Aéro-récurrents, j’entends bien mais je m’interroge sur la nature exacte de cette catégorie tout en m’étonnant que les films sur l’aviation constituent une niche si importante. J’avoue que cela m’avait complètement échappé… Jusqu’à ce qu’une ampoule de 40 W s’allume dans ma petite tête et que je réalise qu’elle ne parlait aucunement des exploits de Mermoz ou autre Dieudonné Costes mais de films « à héros récurrents ». En somme, de personnages de séries. Je me suis sentie bien bête.

Mais revenons à Bob dans sa cabine, tranquillement en train de boire sa bière et d’écouter un peu de country, un vieux tube de Bill Monroe qui passe à la radio. Bob, une force de la nature d’1m98 – il doit plier la tête pour entrer dans son cockpit, ses genoux touchent le volant pourtant surélevé et il est obligé d’écarter un peu les jambes pour conduire, ce qui, à la fin de la journée, lui provoque toujours de douloureuses crampes. Bob n’a peur de rien. Sauf des abeilles. Imaginez donc sa réaction en réalisant que l’une de ses représentantes s’est égarée dans son univers d’un mètre cube ! Il a attrapé son magazine d’août sur les tracteurs nouvelle génération de la main gauche pour taper partout où passait l’hyménoptère, en vain évidemment, tout en dirigeant son imposante machine avec son bras droit. Enfin, dirigeant, c’est un bien grand mot quand on voit les traces qu’il a laissées dans son beau champ de blé jeune au terme de cette bataille hors normes qui s’est soldée par trois piqûres, deux bleus (de malheureux coups de magazine sur le visage) et une abeille méchamment secouée mais bien vivante. Seule explication tangible à cette errance motorisée…

Share on Facebook