Photo-graphies et un peu plus…

En fait, la formule exacte est : « ça ne rend pas bien en photo mais c’était vraiment splendide ! » ou, le cas échéant, « On ne s’en rend pas compte sur la photo mais c’était vraiment gigantesque ! ». Comme si la représentation du réel pouvait être différente du réel lui-même… (Bien sûr !) Comme si le réel résistait à la mise en boîte… (Pourquoi pas ?) Comme si l’appareil photo, avec l’humour qu’on lui connaît, se disait : « Tiens, si je changeais un peu l’image. Elle est vraiment trop belle ! Je ne vais pas lui laisser croire qu’elle peut tout prendre comme ça, facilement ! » (Limite impossible…) Evidemment, cela fait naître une véritable frustration, voire déception, à la découverte des photos, que nous ne nous arrêtons pas de prendre pour autant même si, avec l’expérience, nous parvenons à anticiper les images qui ne seront pas à la hauteur de la réalité et qui ne nous ferons donc pas vibrer de satisfaction lorsque, des années après, nous parcourrons l’album dans lequel nous les aurons malgré tout conservées. Car, même « si cela ne rend pas » –  une étiquette qui leur restera collée au papier toute leur vie -, elles suffisent à raviver des souvenirs ! Et c’est parfois le plus beau cadeau que peut nous faire une photographie…

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… madame fait les ongles de pieds de monsieur sur la plage, publique, comme elle s’y attèle probablement chez eux, dans leur salon, leur chambre, leur salle de bains, que sais-je ?, en tout cas, dans une pièce fermée, avec des murs, hauts, éventuellement des fenêtres, mais à l’abri des regards extérieurs, sauf s’ils sont indiscrets. C’est le son si caractéristique du coupe-ongles à l’ouvrage qui attire notre attention. Un bref claquement métallique réussissant à se détacher de tous ceux qui parcourent habituellement une plage, les rires aigus des enfants surexcités, les impacts secs de balle sur les raquettes de jokari, les cris superposés des mouettes volant derrière les chalutiers de retour au porc, euh, port, avec leur moisson de poissons du jour, les claques répétées des vagues sur le sable mouillé, le vent régulier dans les parasols colorés, les froissements impatients des paquets de gâteaux au chocolat, le message laconique des secouristes perchés espérant que les parents du petit Ryan viendront le chercher, bientôt…

Tout cela à la fois. Le coupe-ongle coupe littéralement le son ! Rires à peine contenus de l’assemblée témoin. Vous savez, ce rire qui s’échappe de nous lorsque l’on se retrouve face à une situation incongrue, déplacée, grotesque. Sans ciller, madame continue à couper. Elle ne voit pas que tout le monde s’est figé comme si un flashmob géant d’une partie d’1, 2, 3 Soleil était lancée ; elle ne voit pas que tout le monde la regarde, toute affairée qu’elle est à faire un sort au gros orteil pas commode ! Elle n’entend donc pas non plus que ce monde s’est tu et que le seul son que l’on entende à des kilomètres est celui de son coupe-ongle…

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La terre a chaud, elle sue, elle craque. L’océan a froid, il saisit, il plombe. L’atmosphère. Ces deux-là n’arrivent pas à s’entendre. Elle montre les crocs, il lui répond en grondant. Terre et océan se repoussent l’un l’autre avec tant de force qu’émerge de cette joute naturelle un étonnant blanc nuage de colère. Qui, progressivement, ne fait qu’épaissir le mystère de cette contiguïté. Dispute thermique. C’est chaud !

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Un même homme – l’un affichant un sourire naïf de période pré-électorale, l’autre le sérieux de la mission acceptée -, deux opinions diamétralement opposées rendues publiques à des milliers de kilomètres l’une de l’autre et quelques mois d’intervalle. A l’espoir bombé en noir sur la porte condamnée d’un immeuble d’un Brooklyn en pleine réhabilitation répond un portrait désormais devenu icône assorti d’une légende lapidaire, War criminal, collé sur un distributeur de The stranger, journal culturel de Seattle. Cette juxtaposition, violente, avec l’étranger, ne peut être fortuite.

Curieusement, cette critique ouverte de Barack Obama me surprend presque. C’est en fait la première fois que je croise le chemin d’un témoignage négatif à son égard sur le territoire états-unien. Comme si, après avoir été porté aux nues et présenté comme le leader d’un monde nouveau, son messie, l’homme, un temps Intouchable, était redevenu un homme, politique, comme un autre, donc ouvertement critiquable. Nul doute que la mort du « pire ennemi de l’Amérique » ou du « terroriste le plus recherché du monde », une décennie après l’inoubliable nine eleven, jouera massivement en sa faveur… Quel graffiti, quel autocollant, quel message naîtront alors de ce que tout le monde presque entier qualifie déjà de « bonne nouvelle » ?

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Question récurrente en ville lorsque l’objectif est de mettre en exergue la géométrie d’un espace et de jouer avec les lignes et les formes : avec ou sans personnes dans l’image ? Sans, n’est-ce pas un peu trop froid ? Et avec, un peu gênant ? Telles de petites figurines figées dans leur mouvement et collées sur une maquette d’architecte, ce trio de mère-filles arrivé sans prévenir dans l’angle droit du cadre, venant habillement l’habiller et humaniser la composition me pousse à répondre à cette question par un assuré « avec évidemment ! ».

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Sourire volontairement à un(e) inconnu(e) arrive parfois, en dehors de tout contexte de séduction. Je précise « volontairement » car parfois, perdus dans nos pensées, nous nous mettons à sourire sans nous en rendre compte, ce qui peut être source de malentendu pour toute personne croisée à ce moment précis. Cette dernière peut en effet prendre la marque de sympathie pour elle, et, selon son humeur, y répondre de la même manière en pensant – « ils sont sympas dans cette ville ! » – ou l’ignorer en se disant – « mais pourquoi est-ce qu’il me sourit ? c’est à moi qu’il sourit ? j’ai un bout de salade coincé entre les dents ? ». Dans ce cas, il s’agit d’un sourire involontaire dont le porteur est bien incapable de mesurer les conséquences.

Revenons au sourire volontaire que l’on peut interpréter comme un témoignage de soudaine et éphémère complicité. Les circonstances dans lesquels il peut survenir sont très particulières. Par exemple, lorsque deux personnes, chacune de leur côté, viennent d’assister à un spectacle naturel à couper le souffle – au hasard, un intense arc-en-ciel sur une ville éclairée par la lumière dorée rasante d’un soleil faisant sa révérence, le tout sur un fond d’atmosphère électrique, alors que, de l’autre côté, un grain saisit l’horizon lumineux -, et que, une fois le rideau baissé, repues de bonheur et de satisfaction, elles reprennent leur route, redescendant progressivement sur Terre, et se croisent. A cet instant précis, les yeux encore pétillants et le cœur tambourinant, elles sont incapables de ne pas s’échanger d’abord un regard, puis un sourire. Ce sourire béat de celui qui a conscience de sa chance et qui murmure : « C’était magique, n’est-ce-pas ? » « Oui ! » répond l’autre dans sa tête comme si l’une pouvait entendre… Comme le miel sur les doigts, ce sourire reste accroché au visage pendant plusieurs minutes encore, alors que vous êtes déjà loin de la scène. Et c’est alors que vous remarquez qu’une personne arrivant en face de vous, vous regarde étrangement. En fait, elle vous sourit… Mais pourquoi donc ?

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Je commence par lui envoyer un mail avec une série de questions. La séance a été si rapide que je n’ai pas vraiment eu le temps de l’interroger correctement, c’est-à-dire, en retenant tout ce qu’il me disait… Il me répond qu’il a présenté son dernier livre récemment dans une grande librairie et qu’il y a parlé « poïétique ». Un nouveau mot… Sa définition ? « La poïétique est l’étude des processus de création et du rapport de l’auteur à l’oeuvre. » Cela tombe bien, tourner autour de l’artiste à l’oeuvre pour tenter de saisir un peu du mystère de la création, c’est un peu ce que je suis venue faire en débarquant, avec plus d’une heure de retard, dans son atelier de Brooklyn à New York le 2 janvier dernier. Il ? Gilles Rieu. Peintre à l’accent chantant et au rythme entraînant. De Toulouse donc. (…)

Après Otages de la nuit, Le tour du Cartier, et La chute du mythe de Times Square, voici une nouvelle histoire photographique en 24 tableaux, fruit de ma récente rencontre avec l’artiste Gilles Rieu : Autour de Gilles !

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Les petites filles ne sont manifestement plus ce qu’elles étaient. Enfin, c’est la conclusion, certes sûrement un peu hâtive, qui vient d’emblée à l’esprit en étudiant ces deux spécimens version 2011. Hautes comme trois pommes toutes les deux, sans avoir aucun lien de parenté avec Tom Sawyer. La première déambulant dans la rue en talons, jupe à froufrou, petite veste cintrée, et se passant nonchalamment la main dans les cheveux. La seconde prenant naturellement quelques photos avec l’appareil numérique de maman : la petite famille assise sur le sable, les gens s’amusant sur la plage, les bateaux à l’horizon… Un trio de photos exécuté promptement, juste le temps de pivoter dans les trois directions visées, et l’appareil est rangé soigneusement dans sa pochette. Une rapidité qui n’empêche pas l’apprentie photographe, qui connaît vraisemblablement ses classiques, de cadrer ses images, à bout de bras, car c’est ainsi que l’on prend des photos désormais. A distance. Heureusement, tous nos repères n’ont pas encore vacillé sous le poids de la modernité et de la tentation de certains parents à faire pousser des mini-eux plutôt que des enfants. Ainsi, certaines valeurs sûres (au grand désespoir de quelques uns) persistent-elles, résistant aux sirènes des nouvelles technologies et aux envies de grandir trop vite : le rose ! Quand les petites filles ne porteront plus de rose, alors, il faudra commencer à s’interroger sur l’équilibre du monde…

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