Photo-graphies et un peu plus…

Etrangement, cet arbre caduque, somme toute assez banal, a été choisi par cette horde de sombres volatiles comme quartier général. Les piafs de la même compagnie en décollent et y atterrissent par vagues successives comme à Roissy un jour de grand départ. Cette concentration, irrationnelle pour un humain n’entendant rien aux choses aviaires, serait d’ailleurs presque inquiétante. Un effet inconscient des salles obscures sûrement ! Des images de Tippi Hedren effrayée, se protégeant bon an mal an des attaques inexpliquées d’oiseaux hitchcockiens, viennent en effet rapidement se superposer à cette vision qui pourrait passer pour bucolique si le ciel était bleu, la saison, estivale et si le cinéma n’existait pas. Mais les dés sont pipés : observer ces oiseaux renvoie instantanément au film qui, à son tour, impose, totalement consciemment cette fois-ci, un traitement de l’image photographique qui soit en adéquation avec son ambiance. La désaturation des couleurs est choisie pour accroître le sentiment de malaise, et par conséquent, la référence symbolique au thriller. Ainsi, cette photo ne peut-elle plus être autre chose que l’écho d’une image pré-existante et collective.

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Le globe-trotter ramène souvent beaucoup de clichés dans ses valises… Autant d’images des paysages admirés, des villes traversées, des musées visités, des forêts arpentées, des objets collectionnés, mais aussi, des personnes croisées. Les autochtones. Les locaux. Les vrais ! Des portraits volés au téléobjectif ou au grand angle, à la va-vite. Des portraits consentis aussi. Parfois moyennant quelques pièces. Le moins glorieux pour le preneur d’image à mon sens. Mais, finalement, une démarche compréhensible de la part des photographiés, qui, d’une certaine manière, poussent le vice à son paroxysme : si les visiteurs se croient au musée ou au zoo, il est normal qu’ils s’acquittent d’un droit d’entrée, même symbolique !

Nous sommes évidemment tous l’autre de quelqu’un et c’est aussi cet exotisme, cette différence que nous allons chercher en voyageant. Et que nous avons la tentation d’enfermer dans nos boîtes à images. Cela a quelque chose d’un peu dérangeant. D’ailleurs, j’ai toujours le réflexe de tourner la tête lorsque je vois un appareil braqué sur moi. Hors de question que je sois l’exotique de service ! Car nous ne sommes « jamais » exotique chez nous, sur nos propres terres !

Pour rester cohérente, je prône donc l’éthique de réciprocité, même si, dans les faits, je ne l’applique pas toujours. Une parade consiste donc à faire de l’anti-portrait. C’est-à-dire, à prendre des photos de ces personnes tout en prenant soin de ne pas montrer leur visage. Ce qui peut s’avérer compliqué lorsqu’ils sont plusieurs à entrer dans le champ… Une tête coupée, une tête tournée, une tête cachée par une manche, une autre prise dans l’ombre… L’image continue à avoir sa vie malgré tout et surtout, à montrer la vie qui s’y trame. Ainsi, mais peut-être est-ce un leurre ?, ai-je la sensation de « plus » respecter ces autres qui défilent devant moi comme des pays sages.

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Bonne année lumineuse à tous !

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Un dernier petit saut de haie pour cette ultime journée de l’année. Un arrêt sur image dans la course de la Terre autour du Soleil. Pas une révolution pour autant… Demain n’est qu’un autre jour !

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50 mètres. C’est la longueur du premier « vol » effectué par Clément Ader le 9 octobre 1890 à bord d’Eole, l’engin qu’il a fabriqué en s’inspirant de la chauve-souris. Sans doute n’imaginait-il pas, à ce moment, que son invention allait, deux siècles plus tard, révolutionner notre appréciation de l’espace, du temps et au final, du voyage.

Aujourd’hui, l’avion, mot bizarrement créé après celui d’aviation, nous mène à l’autre bout du monde en quelques heures (ce qui, soit dit en passant, semblerait dire que le monde a un début et une fin, alors que nous avons déjà vu dans Et pourtant, elle tourne qu’il n’avait même pas de sens). Bref. Ainsi, très rapidement et sans transition, il est possible de se retrouver à un endroit où la langue, la culture, la température, l’heure, les coutumes sont totalement différentes de celles que l’on connaît. Un jour, vous êtes piégé dans les embouteillages à cause de la pluie qui ne cesse de tomber depuis 2 jours, et quelques heures plus tard, vous êtes sur une plage de Bali en train de siroter un cocktail de fruits frais sur un air de java… D’un certain point de vue, c’est de la magie. Une magie qui a largement contribué à démocratiser, voire banaliser, le voyage. Aussi bien le fait d’être ailleurs que le déplacement en lui-même.

Ainsi, lorsque, las de cette instantanéité, on se prend à préférer le train à l’avion, tout semble rentrer dans l’ordre. Qu’importe s’il faut 12 heures pour parcourir 263 kilomètres ! Pour une fois, ce n’est pas le ratio temps / action qui compte, mais le moment, l’instant. Que gardons-nous en mémoire d’un vol de 12h ? Les trous d’air, effrayants ; la nourriture, mauvaise ; la clim’, trop froide ; le film, nul ; le petit derrière, exaspérant… Que gardons-nous en mémoire d’un trajet en train de 12h ? Des paysages splendides, riches et variés ; une rencontre inédite avec des personnes différentes et avec leur culture ; des découvertes culinaires à chaque station vendues par les habitants des villages traversés ; une autre perception de notre temps et de celui des autres. L’un comme l’autre sont fatigants, mais, entre les deux, quand on a le choix, y a pas photo !

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Ils sont beaux, là, tous alignés, les yeux rivés sur le spectacle en train de se jouer devant eux. On leur a demandé de se presser exactement là, à une distance très précise de l’estrade. « Vous verrez mieux ! » qu’ils disent. Il est vrai que ce mur de lumière, réalisé avec des phares récupérés sur des voitures, est impressionnant. Mais, dans le cas présent, il s’agit d’autre chose. La Compagnie étant joueuse, je soupçonne une bonne blague et me mets à l’écart… Juste assez pour ne plus avoir de flaques d’eau sous mes pieds. C’est vrai, elles sont étranges ces flaques au beau milieu du Grand Palais. La toiture est neuve, et qui plus est, c’est l’été. Pas d’ondée à des kilomètres à la ronde. « Vous êtes prêts ? » lancent les organisateurs. « Ouiiii » répond l’assemblée rassemblée.

Arrêt sur récit. Une espèce de grosse tâche blanche surexposée vient occuper une bonne partie de l’image. Difficile de savoir de quoi il s’agit à ce stade. Reprise. Tout se passe en une fraction de seconde. Ils allument le canon, à eau, la masse aqueuse et monstrueuse vole et vient s’abattre sur les spectateurs avant même qu’ils n’aient compris ce qui leur arrive ! Personne ne l’a vue venir ! Personne, au dernier moment, ne s’est décalé pour passer au travers des gouttes. Tout le monde a été pris par surprise, de juste éclaboussé à rincé jusqu’à l’os, mais toujours avec le sourire aux lèvres ! Sans rancune ! C’est comme si, en passant la porte de ce chapiteau de verre et de fer, chacun avait décidé de ne pas voir le nez au milieu de la figure et de se laisser emporter par la magie de cette troupe de luxe !

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Il semblerait que regarder chez « les gens » soit une spécificité française. Je précise : ce n’est pas regarder les gens, et donc faire preuve de voyeurisme, qui importe mais plutôt voir comment ils ont décoré leur bien ! Avec goût ou pas. Tout cela étant bien évidemment très subjectif ! Cette curiosité vis-à-vis de l’aménagement intérieur serait donc culturelle. Et une activité exclusivement nocturne, les habitations devant être rétro-éclairées pour être visitables, comme dans La métamorphose, la mienne, loin d’être kafkaïenne.

Ceci dit, cette manie ne s’applique pas uniquement aux antres des particuliers, mais à toute fenêtre donnant sur un monde nouveau et se donnant à voir. Ainsi en est-il de cette fenêtre de bureau moderne au faux plafond banal blanc tacheté de gris, aux néons aveuglants et grésillants et où l’on imagine sans peine des dizaines de personnes retranchées derrière des petites cases-bureaux ne se distinguant que par le numéro qui est plaqué dessus. Face à cet a priori négatif, voir ces ballons de baudruche colorés accrochés à la vitre grâce à du bolduc et à la porte d’une armoire métallique,  preuve d’une fête passée voire en cours, donne instantanément une note d’humanité au lieu. On entend alors les éclats de rire, les chœurs de « Joyeux Anniversaire », la musique d’ambiance mise par l’un des membres de l’équipe sur son PC en fête, les échanges de potins sur le gars du 6e qui s’est enfermé avec… Bref… Tout d’un coup, en un clin d’œil, tout cela prend vie… Et on se dit que cette manie, d’où qu’elle vienne, n’est pas forcément un défaut !

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Ce qui a d’emblée attrapé mon regard, en voyant grandir cette tour de La Défense dans mon champ de vision, ce sont ses formes, inversées, sa finesse. Et ses rondeurs si élégamment réparties et si inhabituelles dans ce quartier, où l’histoire a privilégié les angles droits et les courants d’air. Et surtout cet immense auvent circulaire aux pièces métalliques détachées, venant protéger ceux – et ils doivent être nombreux – qui s’apprêtent à s’y introduire.

A dire vrai, cette extension légèrement inclinée vers le ciel me fait penser à une combinaison entre une soucoupe volante que les propriétaires chercheraient à dissimuler dans de l’architecture moderne (le plus approchant par rapport à leur technologie avancée) et le labret d’un membre de la tribu Kayapos (ce disque de bois ou d’argile que ces indiens d’Amazonie se glissent dans la lèvre inférieure). Ce plateau labial peut mesurer jusqu’à 24-25 cm, ce qui est en fait assez disproportionné par rapport à la taille d’un visage standard. Pour information, nos deux oreilles sont, en moyenne, distantes d’environ 13 à 16 cm. C’est presque une constante comme celle de Planck. En tout cas, la valeur utilisée pour la modélisation informatique des visages. D’ailleurs, le labret peut aussi s’installer au niveau du lobe de l’oreille. Fin de la digression.

Si le rôle du labret des Kayapos était d’effrayer les ennemis, je doute que celui-ci, tout aussi disproportionné par rapport à ce building, ait la même fonction. J’écris « était » car visiblement, cette tradition est progressivement abandonnée par les jeunes générations que les tentacules du monde moderne n’ont pas épargnées. Et étrangement, c’est sous la forme de piercings qu’ils renaissent aux oreilles des jeunes occidentaux en quête de tribu… Ce qui nous éloigne définitivement de la tour de la fée électricité. A moins que cet auvent de 24 mètres de diamètre ne fasse office de paratonnerre !

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Et voilà la carte de l’écho-munauté au moment de la G6. Elle nous permet de suivre, d’une génération à l’autre, où vivent les personnes ayant posté des échos sur l’arbre et à qui elles ont répondu… Ainsi, l’arbre, malgré une dominante des échanges franco-québécois, s’ouvre-t-il progressivement au monde avec les générations… A tel point qu’aujourd’hui, au beau milieu de la dernière génération, 31 pays sont représentés par 270 personnes !

Sinon, on parle d’Objectif_3280 sur le blogzine du Vadrouilleur Urbain et sur le site de Pat White !

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C’est fou à quel point nous sommes marqués par les paysages fictionnels… Ainsi en est-il du fameux Motel, miteux ou pas, l’ensemble venant assez facilement à la bouche même s’il n’est pas forcément justifié, bien amarré en bordure de route américaine et s’annonçant aux gens de passage par des néons clignotants parfois un peu trop kitchs. On les a vus mille fois, nos héros récurrents, s’y arrêter en plein roadtrip ou s’y réfugier en pleine cavale. Comme si ces endroits si impersonnels, montés sur un ou deux niveaux, enfilades de chambres clonées devant lesquelles on peut garer sa voiture, les transformaient en John Doe. Effaçaient leurs délits et les rendaient invisibles. Jusqu’à ce qu’ils soient finalement rattrapés et que la similitude des chambres serve justement à faire monter la tension chez le spectateur. Perdu dans un décor qui se répète.

De prime abord donc, ces motels ne font pas envie. Pas de charme. Glauque parfois. Alors, pourquoi désire-t-on à ce point s’y poser lorsque l’on foule soi-même ce territoire où la fiction se mêle inextricablement à la réalité, à un moment où un autre ? Car justement, on veut aller à la rencontre de ce mythe. On veut pouvoir garer sa voiture devant sa chambre et pouvoir la voir à tout moment, juste en écartant un peu le rideau ; on veut s’asseoir sur cette chaise plastique à côté de la porte pour voir arriver les voisins d’un soir ; on veut pouvoir admirer le couvre-lit à grosses fleurs et s’affaisser sur le matelas de 40 cm ; on veut pouvoir se faire du jus de chaussette le matin et croquer dans deux crackers sous plastique… Ces lieux n’ont absolument rien de ce qui fait un classique « bon souvenir », et pourtant, ils en sont malgré tout. Est-ce cela aussi, la magie du cinéma ?

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