Normalement, ce jour-là, c’est-à-dire, un 24 juillet dans l’hémisphère nord, au summum de l’été donc, au sommet de Crater Lake aussi même si ça n’est pas très haut, le sol n’aurait pas dû être partiellement recouvert de neige mais massivement habillé d’un gazon vert non tondu sur lequel les visiteurs du jour auraient pu courir, s’ébattre, pique-niquer, ramasser des pâquerettes, jouer au volley, au cricket ou faire la sieste… Normalement, cela aurait dû se passer ainsi. Clairement, en ce 24 juillet, la neige est un intrus. Ce que confirment les têtes incrédules sortant de leur voiture, accompagnées de leur corps ballant et engourdi par de longues heures de route, en arrivant au point culminant du parc, par ailleurs proche de son entrée. Voilà pourtant que deux familiales arrivent sur le petit parking, hors champ, et s’y garent, laissant s’échapper deux familles indiennes sur trois générations. Comme les autres, ils sont incrédules. Mais pour une raison totalement différente : c’est en effet la première fois qu’ils peuvent toucher de la neige, marcher dessus, l’entendre crisser sous leurs pas ou encore se jeter des boules de neige ! Alors que les autres – ceux que la neige n’émerveille plus – jettent leur dévolu sur le reposant reflet de la caldeira à la surface du lac, eux profitent, logiquement, de ce qu’ils n’auraient pas dû voir, normalement. Finalement, les retards de saison peuvent avoir du bon…
Ce week-end, prolongé pour les plus chanceux, vous avez peut-être déjeuné ou dîné chez des amis, une vieille tante éloignée, dans la famille de votre frère ou chez votre gentille voisine. Dans tous les cas, le repas était excellent – vous aviez insisté pour apporter le dessert, en l’occurrence, la plus belle tarte aux fruits de votre boulangerie quotidienne -, les échanges nourris et la bonne humeur de saison. En résumé, un parcours sans faute. Vous avez été le parfait invité, celui que l’on rêve d’avoir à nouveau à sa table avant même de l’avoir désertée… Jusqu’à ce moment où, un peu trop sûr et fier de vous, vous vous êtes mis en tête d’aider à débarrasser tous ces verres et couverts, toutes ces assiettes et coupelles débordant de la table, du plan de travail et de la desserte. Et donc, à remplir le lave-vaisselle de vos hôtes.
Comme ça, ça n’a l’air de rien. Il n’y a, a priori, en effet rien de plus simple que de remplir un lave-vaisselle. Les verres en haut. Les assiettes et les couverts en bas. Dans la pratique, s’aventurer sur cette piste-là peut rapidement conduire à l’impasse, à l’incompréhension, au jugement impitoyable… Car, vous l’avez déjà probablement réalisé au cours de votre vie, si courte soit-elle : chacun a sa façon à lui de ranger son lave-vaisselle ! Corollaire de cette assertion un peu lapidaire mais véridique : imaginer organiser son contenu autrement n’est même pas pensable. D’abord, il y a ceux qui rincent tout avant de combler leur machine et ceux qui estiment que c’est à elle de faire correctement son travail. Il y a ceux qui mettent les couteaux, couverts, petites cuillers, cuillers à soupe ensemble pour gagner du temps à l’étape du rangement : il suffira de prendre la grappe et de la ranger. Et puis ceux qui, surtout, veillent bien à mélanger les couverts entre eux, persuadés qu’ils seront mieux lavés ainsi. Il y a ceux qui retournent les couteaux, pointes vers le bas, pour ne pas se piquer malencontreusement. Et ceux qui les laissent pointer vers le haut. Tant pis pour les étourdis. Quand certains laissent un intercalaire vide entre chaque assiette – parce que, sinon, ça ne lave pas bien -, d’autres occupent l’espace disponible au maximum. Côté verres et bols, mêmes questions existentielles : s’il existe un consensus pour retourner tous ces contenants creux vers l’étage inférieur de telle sorte que, sauf accident, ils ne se remplissent pas d’eau pendant le lavage, il y a ceux qui osent superposer les bols entre eux – juste un petit peu – et ceux qui les posent très précisément les uns à côté des autres. Il y a ceux qui mélangent les verres de tailles différentes et ceux qui se remémorent leurs cours de primaire sur les ordres croissant et décroissant, et les rangent du plus petit au plus grand, ou vice et versa… Il y en a qui acceptent de mettre les verres à pied dans la machine et d’autres qui préfèrent les laver à la main. On ne sait jamais. Etant entendu que ce ne sont pas des petits lutins armés de piolets, éponges et autres objets dangereux, qui sont chargés de nettoyer toutes ces saletés, mais de l’eau, certes énergique, mais rien de très menaçant… Ma liste n’est pas exhaustive, mais montre déjà que remplir le lave-vaisselle de quelqu’un d’autre est un véritable acte de bravoure qui requiert un minimum de préparation. Un simple conseil donc : arrêtez-vous à la bonne impression que vous avez laissée à l’issue du repas même si cela peut vous paraître impoli, ou, si vous voulez faire du zèle, informez-vous sur les règles locales pour éviter les « Ah non, je les mets dans l’autre sens ! C’est plus logique… »
En l’espace de quelques mois, j’avais presque oublié l’existence de cette désagréable sensation… Celle de mes mains métaphoriquement en proie aux flammes de passer d’un extérieur très froid à un intérieur à température modérée, c’est-à-dire bien plus élevée que ce que le thermomètre accroché sur un battant des volets peut indiquer. La sensation de vive chaleur puis de picotement commence par les extrémités, par le bout des doigts, avant de progresser lentement mais inexorablement, phalange après phalange, vers la paume des mains, qui, comme des tomates en plein soleil, se mettent à rougir, gonfler puis à méchamment démanger. On dirait une soudaine poussée d’urticaire. C’est insupportable ! Les refroidir à l’eau froide n’y change rien, les frotter encore moins. Un mauvais moment à passer, comme pouvait l’être une anesthésie à l’ancienne chez le dentiste : une piqûre directement enfoncée dans la gencive ! Mais avec l’effet diamétralement opposé : là où cette dernière vise à insensibiliser totalement (ce que l’on espère vivement) la zone touchée, l’autre – l’amplitude thermique – exacerbe à outrance la sensibilité de nos appendices préhenseur, extrêmement utiles par ailleurs !
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Share on FacebookToujours choisir la couleur de son uniforme en fonction du fond devant lequel on va patrouiller, ou inversement, ce qui entraîne potentiellement des travaux de peinture réguliers (et pas forcément heureux)… 5 Share on Facebook
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