Il arrive qu’une photo soit inspirée par le titre qu’elle pourrait avoir. L’image n’existe pas encore mais elle a déjà un nom. « Balle perdue » m’est ainsi venu instantanément lorsque j’ai vu, abandonnée au milieu de ce carrefour, cette balle de tennis vraisemblablement mâchouillée par un chien après une bonne partie de « va chercher la ba-balle ! ». Pour le décalage contextuel, humoristique, pour le jeu de mots. Avec ces faits divers à l’issue parfois dramatique comme il peut en survenir dans les grandes villes comme celle-ci. Balle perdue, là, seule, une évidence, une preuve dit-on ici, à ne pas toucher avant l’arrivée de la police scientifique, qui la ramassera avec moult précautions. C’est furtif, une idée de titre. Parfois, un roman peut en découler. Le feu passe au vert. Je traverse, en me disant que cette balle n’aura pas été perdue pour rien, même si, quelque part, un chien la pleure comme le ferait un petit avec son doudou… A ceci près que, « Doudou perdu » ne ferait pas un bon titre.
Après avoir frôlé maintes fois la crise cardiaque, revu en accéléré les pires scènes des Oiseaux en voyant ces hordes de pigeons fondre insolemment sur lui comme s’il n’existait pas, Bastien avait décidé, à son corps défendant, d’utiliser les grands moyens. Il n’en était pas très fier, mais c’était la seule solution qu’il avait trouvée avec les moyens dont il disposait. Un matin bien remonté, il s’était rendu à la droguerie résistante de son quartier et en était ressorti, le sourire en coin, avec une grande vitre translucide en plexiglas épais. Certes, il avait rencontré quelques difficultés à se déplacer dans les rues avec ce morceau d’1m50 sur 1m20, mais rien, à ce moment précis, ne pouvait l’arrêter. Et il avait ainsi filé, presque tête baissée, vers cette maudite place où les pigeons avaient pris l’habitude de le narguer en faisant du rase-motte par dizaines à chaque fois qu’il se mettait à lire la rubrique nécrologie de son quotidien.
Il s’y était planté, au même endroit que la veille et l’avant-veille, avait dressé sa paroi invisible devant lui et s’était mis à compulser sa feuille de chou. Un œil sur les lignes de texte, un autre vers le ciel, il n’attendait qu’une chose : que ses visiteurs ailés zélés, dans leur élan d’aviateur, viennent s’écraser lamentablement sur cette surface qu’ils ne pouvaient voir et y glisser jusqu’au sol… Mais, les bêtes avaient senti le piège, elles avaient soigneusement contourné l’obstacle au dernier moment par des loopings rivalisant avec ceux d’un Spitfire SuperMarine, et, désormais de l’autre côté de la vitre, formant une escouade resserrée, elle s’étaient propulsé vers un Bastien tétanisé… qui avait eu, malgré sa peur, le réflexe de passer de l’autre côté de la vitre, chose que les pigeons, qui ne sont que des pigeons, n’avaient pas vu. Et ce que Bastien attendait arriva finalement…
Imaginez-vous à la terrasse d’un bistro, par un beau samedi ensoleillé. Si si, c’est possible. La serveuse arrive avec son plateau bien garni et lance à la table rieuse : « Les cafés, c’est pour qui ? » Des bras se lèvent, les cafés sont déposés là où ils ont été demandés, précédés d’une odeur poussant chacun à se redresser comme pour mieux la sentir. Certains y plongent un sucre, d’autres une cuiller, les mêmes en général… Et puis, en chœur, tout le monde approche sa tasse de sa bouche et y laisse couler sa première gorgée de café. Un geste totalement anodin en apparence. En réalité, un acte de bravoure…
Mi août, la nouvelle fait le tour des rédactions santé en mal de sujets : une étude américaine montre que boire du café protège contre le cancer de la peau. C’est encore l’été quelque part, voilà qui décomplexe les amateurs de petit noir sur la plage ! Quelques mois auparavant, une équipe suédoise a annoncé que boire 5 tasses de café par jour réduisait de 57% le risque d’avoir un cancer du sein. Une information à coupler avec la conclusion d’autres études précisant, qu’au delà de 3 tasses par jour, ce qui est le cas de 5, le café induit une perte de concentration et une augmentation du stress, qui est lui-même l’une des dix causes responsables du cancer du sein… Cela se corse !
D’un autre côté, des chercheurs finlandais ont révélé que, jusqu’à 5 tasses quotidienne, donc 3, le risque d’insuffisance cardiaque diminuait chez les femmes. On dit pourtant que le café accélère le rythme de notre palpitant, ce qui justifie le fait qu’il soit déconseillé aux personnes faisant de la tachycardie… Toujours est-il que d’autres scientifiques annoncent qu’après 4 tasses par jour, le risque de fausse couche double. Chez la femme, il pourrait aussi, à partir d’une certaine dose, générer de l’incontinence. En parlant de cela, des études ont prouvé que, côté fumeurs, boire du café limitait les risques de développer un cancer de la vessie. Malheureusement, pour le non fumeur, la tendance s’inverse légèrement… Et à haute dose, toujours chez la gent masculine, le café diminue la probabilité d’avoir un cancer de la prostate. Augmentant le risque de fractures et favorisant l’ostéoporose, il aurait, par ailleurs, et dès la 4e tasse, un effet protecteur contre la maladie de Parkinson, que l’on sait accompagnée d’un risque plus élevé de chutes donc de fractures… Et bien entendu, des chercheurs de tous horizons travaillent d’arrache-pied pour trouver quelque vertu à cette petite graine noire, responsable d’insomnies chez certains alors que le sommeil consolide la mémoire, dans la maladie d’Alzheimer… Mais nous n’en sommes pas encore là. Bien sûr, les amis du début n’ont pas conscience de tout cela. Et si, par le plus grand des hasards, c’était le cas, et bien, ils n’en seraient pas plus avancés sur le comportement à adopter pour préserver leur santé. Bref, autant ne pas savoir et se faire plaisir ! Allez, santé !
Un bocal – sans poisson rouge – débordant de boutons – multicolores donc rouges par moments, la lumière n’ayant pas encore eu raison de leur teinte -, comme ça, pressé contre la vitrine d’une retoucheuse du 4e arrondissement, l’air de rien, ultimes souvenirs de jupes à carreaux, vestes à rayures, robes à pois, pantalons zébrés, chemises à fleurs savamment démantibulés et transformés en chiffons après une bataille sans merci avec des mains sachant pourtant être délicates… Imaginez un peu les histoires qu’ils se racontent ainsi les uns contre les autres dans une promiscuité qui devrait aider les utilisateurs de la ligne 13 à relativiser quelque peu leur condition quotidienne (parisian joke, pardon !).
Ce qui ne transparaît pas ici est la guerre intestine qui se joue entre les boutons au sein même du bocal. Chaque matin, depuis 16 ans, un enfant de l’école voisine est invité par madame la retoucheuse à plonger sa main dans la masse constamment alimentée afin de la retourner et de faire bouger les lignes de front. Tous font ce geste à la fois avec délectation et sérieux comme si c’était le plus important de leur courte journée. Au même moment, une grappe de camarades se bouscule de l’autre côté de la vitre pour assister au spectacle sans cesse renouvelé de la rotation des boutons, comme celle des manchots sur la banquise en hiver. Il faut les voir se pousser les uns les autres, les boutons, les petits, les grands, les en plastique, les en tissu, tout ça, pour accéder à ce quart d’heure de célébrité promis à tous, même aux boutons, par Andy Warhol, et pouvoir se retrouver ainsi, le temps d’une journée, sous le feu des projecteurs ! On tient le fil ! Coupez !
Toutes les pistes sont envisagées pour améliorer le diagnostic de certaines maladies, en particulier les cancers. Ainsi, aux dernières nouvelles, les chiens – mais pas n’importe lesquels, des chiens renifleurs, rompus à l’exercice de la détection d’odeurs illicites telles que les stupéfiants ou les explosifs – sont en passe de prendre du galon : une équipe de scientifiques allemands – ou allemande – vient en effet de démontrer que ces derniers étaient aussi en mesure, avec une sensibilité assez remarquable de 71%, de déceler un cancer du poumon chez une personne. En cause, des molécules particulières présentes dans l’haleine et donc dans l’air passé à la truffe fine par ces bêtes à poils.
Mais imaginez un peu la scène… Quatre types sont tranquillement en train de discuter dans un parc, sous la lumière des réverbères, à 00h32, une écharpe entourant leur visage car il fait froid. Très froid. Oui, c’est l’hiver. Un hiver particulièrement et exceptionnellement rigoureux à cause du dérèglement climatique (forcément). Malgré le froid qui les saisit, ils causent, ils causent tout en s’en grillant une. Une patrouille de police leur passe à côté, légèrement suspicieuse. Personne de sensé ne resterait dehors par ce froid. L’un des agents commence à les interroger, gentiment, en leur demandant de baisser leur écharpe, pour mieux voir leur visage. Son super-chien, patientant dans son dos, est invité à renifler le quatuor qui montre patte blanche. L’agent se baisse au niveau de sa gueule, le regarde bien dans les yeux et lui murmure alors : « Tu te souviens, pour la drogue, tu aboies une fois ; pour un cancer, deux fois ! »
… un propriétaire de voiture peut, aux Etats-Unis, personnaliser sa plaque d’immatriculation. 25 $ très précisément. Ce n’est pas beaucoup, surtout si on convertit en euro, ce qu’ils ne font pas puisqu’ils sont Américains. Alors, à côté de BOB 1 (oui, encore lui), BOB 2, BOB 3 qui laisse subtilement entendre que Bob a au moins trois voitures, des CAR4U, ou encore des BOBANDME, il y a les philosophes, les auto-suffisants (ah, ah !), les poids lourds de la pensée.
Ainsi en est-il du conducteur de la voiture à laquelle appartient cette modeste plaque : POWER. Puissance donc, et pourtant, il ne s’agit pas d’une voiture électrique. Cinq petites lettres capitales qui dessinent instantanément et de façon caricaturale le bonhomme. Une femme ne choisirait pas ça, si ? Le mot, pas l’homme. Une masse, mélange de muscle et de graisse – la bière, c’est terrible ! -, des mâchoires carrées et souvent serrées – pas besoin de plus avec les onomatopées -, une assurance sans faille qui lui permet de clamer des énormités sans jamais avoir peur du ridicule. Le genre de type qu’un bon steak et des patates ravissent. D’ailleurs, il est éleveur et amateur de rodéo. Enfin, quand j’écris amateur, j’entends pratiquant. Power, quand même ! Il sait comment les mater, les bêtes ! Enfin, moins maintenant, à cause de la bedaine… La bière. Alors, pour s’occuper et faire travailler son bras gauche, il va au Casino de l’Etat voisin. Régulièrement. Il y a un jeu de rodéo dans le coin, là-bas. Il lui rappelle l’arène. Même s’il esquisse un sourire quand les lumières de la machine se mettent à clignoter, il a gardé son air rustre et patibulaire. Ah oui, et il a des poils sur le torse ! Ceci dit, je préfère l’humour, même involontaire, d’un power en grosses lettres, que le sérieux angoissant de prêcheurs motorisés se baladant en Mustang…
Outre atlantique, ces fenêtres sont appelées des french windows. J’ai une fois trouvé un immeuble à Paris avec des fenêtres s’ouvrant vers l’extérieur, mais c’était le trésor du jour, de la semaine, du mois, de l’année. Outre atlantique, les pains perdus sont appelés des french toast. C’est déroutant la première fois, mais Lost breads ne sonnait pas très bien et faisait trop penser à une parodie de film où des boulangers se seraient crashés sur une île déserte sans four. Outre atlantique, les frites sont appelées des french fries. Les Belges se sentent un peu pillés de leur patrimoine culinaire. Outre atlantique, les haricots verts coupés en deux moitiés dans le sens de la longueur sont appelés des french cut beans. Là, je sèche totalement même s’il faut saluer l’effort d’imagination pour cette coupe très spéciale qu’évidemment, nous ne trouvons pas dans les rayonnages hexagonaux ni octogonaux d’ailleurs. Outre atlantique, on dit manifestement des bêtises. Mais des bêtises qui ont un certain chic et qui font sourire les avertis. C’est l’essentiel.
Le train-train quotidien n’a-t-il pas une toute autre saveur lorsque le ciel est bleu, que le soleil chauffe déjà depuis longtemps à l’heure où le réveil sonne et que les hirondelles en sont aux essais de moteurs zélés (ah ah) pour les 24h du Mans locales ? Les fenêtres sont grandes ouvertes, chacun hésite entre […]
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