Photo-graphies et un peu plus…

Outre atlantique, ces fenêtres sont appelées des french windows. J’ai une fois trouvé un immeuble à Paris avec des fenêtres s’ouvrant vers l’extérieur, mais c’était le trésor du jour, de la semaine, du mois, de l’année. Outre atlantique, les pains perdus sont appelés des french toast. C’est déroutant la première fois, mais Lost breads ne sonnait pas très bien et faisait trop penser à une parodie de film où des boulangers se seraient crashés sur une île déserte sans four. Outre atlantique, les frites sont appelées des french fries. Les Belges se sentent un peu pillés de leur patrimoine culinaire. Outre atlantique, les haricots verts coupés en deux moitiés dans le sens de la longueur sont appelés des french cut beans. Là, je sèche totalement même s’il faut saluer l’effort d’imagination pour cette coupe très spéciale qu’évidemment, nous ne trouvons pas dans les rayonnages hexagonaux ni octogonaux d’ailleurs. Outre atlantique, on dit manifestement des bêtises. Mais des bêtises qui ont un certain chic et qui font sourire les avertis. C’est l’essentiel.

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Prenez un quartier désaffecté, abandonné, malfamé, dangereux, oublié, livré à lui-même, en résumé, une petite jungle underground à la surface de la ville où personne n’ose aller volontairement sauf ceux qui y vivent et qui aimeraient probablement en partir s’ils le pouvaient. Conséquence de cette micro fiche d’identité qu’aucune agence immobilière ne mettrait en vitrine : s’y installer ne coûte rien. Ou si peu. Un argument de taille pour une population qui n’a peur de rien, et surtout, pas toujours le choix : les artistes. Les inconnus. Ceux en devenir, en quête de reconnaissance, ou de connaissance tout court. Voilà donc qu’en débarquent quelques uns, sans le sou, en quête d’espace et de liberté dans ces maisons aux vitres cassées ou ces immeubles chancelants. Ils créent en vivotant, se constituent en petits groupes… Le mot circule, et bientôt, d’autres artistes arrivent et s’installent dans ces lieux désertés par tout être sensé. Le temps passe et cette nouvelle population avant-gardiste, cool, visionnaire fait naître de nouveaux besoins : des bars, des cafés, des lieux où se retrouver… Alors, des bars, des cafés, des lieux où se retrouver sortent des décombres et viennent ressusciter des rez-de-chaussée murés… Les artistes s’y retrouvent, mais aussi leurs amis habitant d’autres quartiers et bravant héroïquement le danger…

Puis, les artistes produisant – de l’art -, un autre besoin émerge : celui de montrer ce qu’ils font. Des galeries, des théâtres, des espaces communautaires sortent de terre, avec leur cortège de restaurants, cafés et autres. On en parle dans la presse. Petit à petit, l’extérieur se déplace vers ce nouvel intérieur, ce nouveau quartier branché. Branché car en mouvement, dynamique, créatif. L’antre reprend des couleurs, du bleu, du rouge, du jaune, du vert et aussi celle de l’argent. Les vitres brisées sont remplacées, les portes sont repeintes, les murs sont ravalés, le quartier fait peau neuve. Peu à peu, les artistes ne sont plus les seuls à l’adopter. De nouveaux commerces ouvrent pour satisfaire ces nouveaux arrivants, la circulation reprend, l’obscurité ne fait plus peur. Des promoteurs immobiliers sentent le vent tourner, font des plans sur la comète… Et les comètes, ça fait toujours rêver. Quel qu’en soit le prix. En quelques années, grâce aux artistes pionniers, ce qui était un rebut de la ville s’est transformé en quartier bien plus qu’honorable. Un quartier où il fait bon vivre, légèrement bobo. C’est ainsi que Brooklyn ou SoHo à New York ont gagné leur chic actuel (et leurs prix bientôt inabordables), c’est ainsi que le quartier d’Alberta Street à Portland a totalement changé de visage en 5 ans. Il m’est d’avis qu’une prime devrait être reversée aux artistes pour leur rôle indéniable dans la réhabilitation de ces lieux. Evidemment, l’histoire ne dit pas vraiment ce qui est arrivé à leurs anciens locataires. Certains ont réussi à rester, ravivés par la nouvelle flamme animant les alentours, d’autres ont dû partir, poussés par la nouvelle pression immobilière… La place reste encore accessible, même pour des artistes…

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En voyage, un peu comme le travailleur avec les jours fériés, le touriste a toujours un peu peur de « se faire avoir ». Si dans un cas, cela signifie que le jour férié tombe un samedi ou un dimanche, et n’est donc pas chômé, dans l’autre, il s’agit essentiellement de succomber aux charmes d’un lieu qui a été bien mieux vendu qu’il ne le mérite. En d’autres termes, un attrape-touristes.

Reste que l’attrape-touriste doit obéir à un certain nombre de règles pour en être vraiment un. Le site qu’il représente doit avoir un nom accrocheur, être présent dans les guides et revues locales, avec photos à l’appui – les meilleures prises en 10 ans si possible. Il doit être assorti d’un super(re)latif, ce qui sera particulièrement aisé s’il se trouve aux Etats-Unis. Son prix – un attrape-touristes est toujours payant par essence – doit être raisonnable pour que les hésitants puissent se dire : « Si ce n’est pas bien, on ne se sera pas ruinés ! ». Le sentiment d’escroquerie ne sera que partiel et tout le monde prendra cela à la rigolade, même si le piège est toujours assorti d’une boutique où le touriste attrapé pourra lâcher quelques deniers supplémentaires. Enfin, sa visite ne doit pas prendre trop de temps : ce doit être rentable pour que les propriétaires puissent maintenir ce type de prix et pour qu’il y ait un roulement régulier chez les visiteurs. Cela implique donc d’être sur une route assez fréquentée, ou du moins, à sa proximité – un détour trop important est rédhibitoire.

Ceci étant posé, un exemple. Le nom ? Les Sea lions Caves en Oregon, qui sonnent mieux en anglais qu’en français, juste au nord de Florence. Le super(re)latif : la plus grande grotte au monde habitée par des otaries. Les photos : la grotte, effectivement grande, remplie d’otaries, que l’on imagine aisément bruyantes et odorantes. Le prix : 6$ – ça va ! La route : la 101, mythique, amplement empruntée. Se rendre à la grotte, à 300 pieds sous le niveau de la route – implique de nos jours d’emprunter un « ascenseur très rapide ». On arrive alors au cœur de la grotte, avec une poignée de camarades dans l’expectative. Quelques spots lumineux colorés ça et là, un squelette d’otarie vieux de 200 ans au milieu et puis une grille derrière laquelle se devine l’antre, l’objet de notre attention à tous, la demeure des dizaines, que dis-je ?, des centaines d’otaries promises.

Bon, on s’en doute, si cet article existe, c’est que la promesse n’a pas réellement été tenue… Ce qui pouvait s’anticiper dès la sortie de l’ascenseur et au silence animal enveloppant l’atmosphère humide. D’otaries, il n’y en avait qu’une dizaine sur un pauvre rocher balayé par les vagues clémentes. Toutes les autres passent tranquillement leurs journées estivales sur les rochers à l’extérieur de la grotte, ce qui semble totalement logique, nous-mêmes bipèdes cérébraux y passont nos étés comme des limaces écervelées ! Evidemment, aucun guide ne spécifie qu’il est préférable de visiter cette grotte en hiver puisque personne ne visite l’Oregon à cette saison d’océan déchaîné. Heureusement, un court-métrage des années 80 expliquant, depuis le Big Bang – il faut bien commencer quelque part ! -, comment cette grotte s’est formée complète la visite par un peu de pédagogie – au moins, nous aurons appris quelque chose -, et une ouverture dans la roche donnant un point de vue singulier sur le phare d’Heceta – « l’un des plus photographiés au monde », forcément – relativisera à nouveau le grotesque semi-échec. En remontant au niveau supérieur, on n’osera pas révéler à ceux qui attendent au sommet que l’image est aujourd’hui plus attrayante que la réalité. Ils le découvriront bien assez tôt, puisque l’ascenseur est très rapide ! Allez, sans rancune, de toute manière, il fallait faire une pause sur la route !

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La vraie surprise n’est pas toujours celle que l’on croit… Un exemple tout frais : direction le Hollywood Bowl à Los Angeles, comme son nom le laisse supposer. A en croire leur site Internet, le Hollywood Bowl, autrefois appelée le Daisy Dell, est le plus grand amphithéâtre naturel des Etats-Unis. Ceux qui suivent se souviendront peut-être de Super(re)latif : preuve que la tradition ne date pas d’aujourd’hui… Bref. Un édifice rappelant vaguement la forme d’un coquillage, dont l’architecture a beaucoup évolué depuis son inauguration en 1922 et qui peut accueillir pas moins de 18 000 personnes ! Une ville en soi… Une broutille pour cette cité titanesque !

Le concert – Les 4 saisons de Vivaldi – est à 20h mais la foule arrive par grappes dès 18h. Car, comme l’indique la page 148 du guide, on peut pique-niquer au Hollywood Bowl. J’imagine de grandes étendues vertes et visualise quelques tables à s’arracher. En voyant les uns et les autres débarquer avec leurs paniers chics, je relève que le guide a raison même si le mot « pique-niquer » n’est sans doute pas le plus approprié, et décide de suivre le mouvement (le simple sandwich est dans le sac !). Dispositif de sécurité passé, billet tamponné, mes yeux suivent les paniers… Où peut bien être cette étendue verte ? Nulle part ! Car c’est à leurs places que tous ces gens dînent ! Sur des bancs en bois, les assiettes sur les genoux pour certains ; sur des tablettes amovibles fixées aux rebords de boxes classiques de salle de concert pour d’autres : que des serveurs débarquent avec des assiettes  joliment garnies ou que les mélomanes – généralement par groupes de 4 : deux sont donc temporairement dos à la scène – apportent leur propre repas incluant le grand cru, le spectacle est saisissant et un brin surréaliste ! On se croirait dans un immense restaurant à ciel ouvert, à ceci près que le très réputé Orchestre Philarmonique de Los Angeles sert de toile de fond.

Le gong approche, ça continue de siroter son verre de vin, de piocher dans son assiette, de parler de la pluie et du beau temps (de circonstance avec le programme musical de la soirée) ; les lumières s’éteignent progressivement, les bouchées se terminent, les paniers se ferment, les tablettes sont retirées, les dos-à-la-scène retournent leur chaise, le violoniste Joshua Bell entre en scène – Applause -, dit évidemment que  le Hollywood Bowl est le plus bel espace de ce type au monde, délivre quelques informations sur la pièce du soir et se met en place. L’orchestre est prêt, la salle retient sa respiration, je m’attends à entendre les premières notes du Printemps… Mais ce sont celles de l’hymne américain qui arrivent à mes oreilles ! En une seconde, d’un seul homme, la foule se lève, et, la main sur le cœur, se met à chanter l’hymne national accompagné, aux cordes, par le-dit orchestre ! Stupéfaction ! Ahurissement ! Comme pour le pique-nique, je suis le mouvement et me lève… pour prendre une photo ! Tout le monde est debout, tout le monde entonne les paroles en chœur. Tout le monde. Le devoir accompli, le concert peut alors commencer. Médusée, il me faut plusieurs minutes pour réaliser ce qui vient de se produire, un laps de temps pendant lequel je me projette sur un siège de l’Opéra Garnier ou de la Salle Pleyel à Paris et imagine l’orchestre du jour se lancer dans une interprétation très solennelle de La Marseillaise avant de débuter le programme officiel. L’image se brouille presque instantanément, j’entends – virtuellement – des gens siffler, crier au scandale, je vois – toujours virtuellement – déjà les gros titres dans la presse : une telle chose me semble tout bonnement impensable et impossible en France, hormis pour une finale de coupe du monde de football ! Mais pourquoi donc ?

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