Comment suggérer un sens de lecture lorsque l’on compose une image, que celle-ci comporte peu d’éléments ou, à l’inverse, beaucoup, comme dans cette église reimoise ? Une des réponses que je défends avec verve se traduit par un passage au coin. Peut-être des réminiscences de lointaines punitions… Mais pas le coin qui coince le regard et l’enferme dans une semi-obscurité sensée aider l’exilé à réfléchir à sa bêtise, mais celui qui révèle et offre une nouvelle perspective. Le coin lumière en quelque sorte.
L’obsession des lignes dans les coins n’est pas toujours facile à assumer car elle oblige à se contorsionner. Il faut accepter d’être ridicule, et donc, d’être regardé bizarrement. Heureusement, lorsque l’on est atteint d’obsession angulaire, on fait abstraction de tout ce qu’il y a autour. Seuls les coins comptent. Au maximum, quatre. Mais pour les lignes, cela peut vite devenir bien plus impressionnant. Et à vrai dire, plus il y en a à faire converger dans les coins de l’image, plus le défi est grand, plus le jeu, qui pourrait s’apparenter à du billard photographique, est intéressant et jouissif. Ainsi en est-il de cette église à l’architecture gothique. Point d’entrée : en bas à droite. On monte, puis on descend le long de l’arc brisé, on emprunte une première nervure qui nous conduit au coin haut droit, une autre nous fait alors redescendre dare dare dans le coin opposé. Deux solutions se présentent alors à nous, la boucle en optant pour l’enchaînement des deux arcs brisés sur la droite, ou l’aventure en se dirigeant vers la gauche pour deux nouvelles séries d’arc. Malheureusement, la route s’arrête là. Aucun moyen de rallier le coin en haut à gauche à celui de droite. Le grand architecte a gagné ! Pour cette foi(s) !

« J’avoue j’en ai bavé pas vous mon amour, avant d’avoir eu vent de vous mon amour. Ne vous déplaise, en dansant la Javanaise, nous nous aimions, le temps d’une chanson »… ça vous dit forcément quelque chose… Et bien, c’est ce que chantait et grattait le jeune homme là, sur la photo, assis sur une pelouse normande baignée par le soleil du week-end. En boucle. Il y a deux jours donc. Et la chanson est toujours là, dans les couches supérieures de ma mémoire, venant, depuis, rompre de façon inopinée les instants de silence et de concentration comme si elle avait une vie à elle. J’ai de la chance : il y a pire que chantonner une mélodie de Gainsbourg… Car, en général, ce ne sont pas les chansons connues pour leurs grandes qualités musicales qui nous hantent, mais plutôt le tube lourd du moment, le jingle pub, la chanson pour enfant, qui nous font clamer, tout de go, un ridicule « voulez-vous coucher avec moi, hun hun ? » devant vos collègues ou amis ahuris, mais rapidement contaminés… C’est la partie la plus drôle de l’air entêtant, que l’on s’échange comme les miasmes en hiver…
Les anglophones parlent de « earworm », une sorte de ver sonore, ou de « musique obsédante » comme les qualifie Andréane McNally-Gagnon, doctorante au Brams (Laboratoire International de recherche sur le cerveau, la musique et le son) à Montréal… Elle a ainsi établi un classement des 25 musiques les plus obsédantes pour des francophones sur une liste de 100 chansons présentées. Aller y faire un tour est évidemment éminemment dangereux, mais à notre époque bercée par le principe de précaution, il faut savoir être courageux ! « J’avoue j’en ai bavé pas vous mon amour, avant d’avoir eu vent de vous mon amour. Ne vous déplaise, en dansant la Javanaise, nous nous aimions, le temps d’une chanson. » Et zut !
English below >>>> Bonjour à tous Le grand jour est arrivé ! Comme annoncé hier, c’est aujourd’hui que Coralie Vincent et moi lançons la 3e édition d’Objectif3280, par ailleurs dotée d’une toute nouvelle présentation. Pour ceux qui n’étaient pas là en 2010 et 2011, Objectif3280 est un projet photographique participatif, mondial, en ligne et en temps […]
Share on FacebookLa semaine dernière, je me suis présentée à une surprise party d’acteurs de l’image en mouvement en disant que j’étais plutôt du côté de l’image fixe. Vous savez, ce jeu, légitime et naturel, de « Et tu fais aussi du cinéma toi ? » parce que tout le monde autour en fait et qu’un milieu est un […]
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