
Essayer de capter ce moment où, au bout de son élan, l’eau, lourde d’elle-même, atteint son point culminant, s’arrête, avant de retomber dans un fracas tonitruant… C’est la ola sur la digue dong, salle improvisée pour les badauds matinaux. L’audience applaudit et guette déjà la prochaine vague. Il y en a toujours quelques-uns, téméraires ou fous, pour s’approcher de la scène, ce rideau d’eau venant du sud. Douche froide et éclats de rire assurés. Fascination enfantine face à ce déchaînement tout naturel et récurrent. Celui des grandes marées.

Il y a toujours une crainte, à revenir en des lieux déjà foulés, de se répéter et donc, à mon sens, de s’ennuyer. Plutôt que de creuser un même sillon, de perfectionner une voie, je préfère en imaginer et en explorer une autre. Et, de fait, être constante dans mon inconstance… ce qui est tout sauf ennuyeux !

Le moment où une vague vient s’écraser sur un rocher est peut-être le seul où l’eau de mer coupe le cordon et se désolidarise de la masse infinie que l’ensemble compose. Subitement, le tout se mue en parties, en giclées, en gouttes, qui se dispersent de façon anarchique, comme pour mieux apprécier leur liberté soudaine et tout aussi éphémère…

… du Bar de la Mer… Le chemin est déjà tout tracé. Deux solutions, cette case a été posée sur le sable après le passage du tracteur, ou alors, le tracteur a fait un saut de puce des sables en arrivant devant pour poursuivre son œuvre juste de l’autre côté. Je penche pour la seconde option…

Le Musée d’Art Moderne de Paris accueille, jusqu’au 2 mai, une exposition de photographies de Jan Dibbets. Et plus précisément, sa série Horizons. Une variation, assurément mathématique même si c’est transparent, sur la ligne, sur le dépouillement, et, d’une certaine manière, sur l’invention d’un autre monde. On peut lire, dans le petit fascicule livré à l’entrée des salles : « Intimement lié à l’histoire de l’art néerlandais, le motif de l’horizon a activement participé à son développement « abstrait ». Aussi, l’abstraction telle que la conçoit Dibbets doit-elle être envisagée dans la continuité de Mondrian, mais aussi des peintres du XVIIe siècle, selon des procédures qui visent à accentuer un processus de « représentation ». Elle ne témoigne de facto jamais d’un renoncement au monde et privilégie, au contraire, une approche transformatrice et recréatrice de la réalité. »
Evidemment, dans le cadre de cette démarche, l’artiste du pays plat et aux moulins à vent, n’aurait jamais posté son appareil face à cette éolienne, qui vient casser l’horizontalité parfaite de ses images. Mais la roue tourne et le clin d’oeil était trop tentant.
Tout comme l’envie de faire se rencontrer virtuellement les eaux de Santa Cruz et celles de Carmel, CA… Le pacifique océan semble animé par la même énergie à plusieurs mois et quelques dizaines de miles d’intervalle.


Faire un montage de photos est toujours source de questions. Faut-il tenter de reconstituer la scène photographiée à l’image de ce que voient nos yeux ? Et donc, éventuellement superposer les images ou leur imposer quelques degrés de rotation. Et si ce n’est pas possible, quel doit être le repère, la planéité de la mer, la continuité des protections du littoral ? Ou bien, au contraire, faut-il laisser le soin aux photographies de reconstituer la scène vue par nos yeux ? Et dans ce cas, accepter les distorsions, les différences de perspectives, de luminosité, les redondances de formes… comme ce couple avec son chien présent à la fois sur l’image de gauche et sur celle du milieu ?


A quelques années d’intervalle, à des kilomètres de distance, un crabe d’un orange vif mais trépassé sur un rocher couvert de lichen. Ceci est une mise en scène. Voire, une nature morte.

Suite des tribulations héroïques et maritimes d’une ombre agitée… Question : l’ombre de la réalité est-elle réelle ?
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Share on FacebookVous le savez, au fond de vous et même en surface, qu’elles ou qu’ils – vos chaussures préférées que vous avez traînées absolument partout comme si vous leur forgiez leurs propres souvenirs ; ce pull que vous adorez, que vous avait tricoté votre tante et qui vous avait fait découvrir l’existence d’un point poétique à […]
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