{"id":10695,"date":"2012-09-26T23:46:01","date_gmt":"2012-09-26T21:46:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.loucamino.com\/?p=10695"},"modified":"2012-09-27T01:15:50","modified_gmt":"2012-09-26T23:15:50","slug":"et-toi-quel-film-a-change-ta-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.loucamino.com\/?p=10695","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Et toi, quel film a chang\u00e9 ta vie ?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<ul class=\"wpsocialite social-buttons large\"><\/ul><p><a href=\"http:\/\/www.loucamino.com\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/DSC_2807-1_72.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-10696\" title=\"DSC_2807-1_72\" src=\"http:\/\/www.loucamino.com\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/DSC_2807-1_72.jpg\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"368\" srcset=\"https:\/\/www.loucamino.com\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/DSC_2807-1_72.jpg 550w, https:\/\/www.loucamino.com\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/DSC_2807-1_72-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une <a title=\"Blog de Laurence Serfaty\" href=\"http:\/\/laurenceserfaty.unblog.fr\/\" target=\"_blank\">amie<\/a> m&rsquo;a r\u00e9cemment offert un livre en forme de colle. Cela aurait pu faire  l&rsquo;objet d&rsquo;un duo amusant sur la difficult\u00e9 de compulser un ouvrage aux  feuilles soud\u00e9es les unes aux autres, mais ce sera pour une autre fois.  C&rsquo;est \u00ab\u00a0colle\u00a0\u00bb au sens de question \u00e0 laquelle on ne trouve pas  spontan\u00e9ment de r\u00e9ponse, voire pas de r\u00e9ponse du tout. Le livre ? <em>Ils ne sont pour rien dans mes larmes<\/em> d&rsquo;Olivia Rosenthal. Une petite compilation de r\u00e9cits assez intimes de  personnes racontant quel film a chang\u00e9 leur vie et en quoi. Un pr\u00e9sent  totalement appropri\u00e9 pour qui aime le 7e art, ce qui est mon cas, sans  \u00eatre pour autant une cin\u00e9phile de la ligne pure ou une cin\u00e9phage  compulsive&#8230; En ouvrant le paquet, je d\u00e9couvre la question qu&rsquo;elle me  pose, directement, sur la page de garde, par mine de charbon interpos\u00e9e :  \u00ab\u00a0Et toi, quel film a chang\u00e9 ta vie ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme  si on me demandait combien font 8 et 13, je cherche \u00e0 r\u00e9pondre le plus  rapidement possible. Apr\u00e8s tout, j&rsquo;ai vu des centaines et des centaines  de films, cela ne devrait pas me poser de probl\u00e8mes. Mais rien,  absolument rien ne parvient \u00e0 ma conscience de fa\u00e7on instantan\u00e9e. Bien  consciente, en revanche, que cela ne va pas \u00eatre le cas dans les prochaines minutes, je pose le  petit ouvrage sur une table et mets la question dans un coin de ma t\u00eate  pour qu&rsquo;elle y murisse et \u00e9ventuellement &#8211; id\u00e9alement m\u00eame &#8211; trouve sa  r\u00e9ponse. Le lendemain, je l&#8217;embarque pour en faire mon compagnon  temporaire de transport\u00e9e urbaine. En lisant ces r\u00e9cits tous touchants,  ma petit voix int\u00e9rieure ne se lasse pas de m&rsquo;envoyer la question en  plein \u00e9cran. Et toi, alors, quel film a chang\u00e9 ta vie ? A la lecture, je  r\u00e9alise, non sans un certain soulagement, que la v\u00e9ritable question \u00e0  laquelle ils r\u00e9pondent est plut\u00f4t, ou plut\u00f4t, plus souvent : quel film  t&rsquo;a profond\u00e9ment marqu\u00e9(e) ? Evidemment, un \u00e9v\u00e9nement marquant a  forc\u00e9ment un impact sur la vie, aussi minime soit-il, mais, par ce faux  glissement s\u00e9mantique, voil\u00e0 que je trouve ma r\u00e9ponse en quelques  secondes. Une r\u00e9ponse \u00e9vidente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais  c&rsquo;est un peu particulier. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une fiction mais d&rsquo;un  documentaire. Et je ne l&rsquo;ai pas vu dans un cin\u00e9ma, dont l&rsquo;obscurit\u00e9  salutaire aide \u00e0 masquer nos \u00e9motions intimes, mais dans une sorte de  salle des f\u00eates sise au c\u0153ur d&rsquo;un village vacances pour familles o\u00f9 je  faisais des ateliers de sensibilisation \u00e0 l&rsquo;image (fixe). Ce sont ceux  de l&rsquo;\u00e9quipe vid\u00e9o qui voulaient projeter <em>Nouvel ordre mondial<\/em> de  Philippe Diaz \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e mais qui souhaitaient, au pr\u00e9alable, avoir  l&rsquo;assentiment des autres animateurs ainsi que des ma\u00eetres des lieu avant  de l&rsquo;inscrire au programme des projections de la semaine. Mille  pr\u00e9cautions avaient, de fait, \u00e9t\u00e9 prises avant de lancer la projection  priv\u00e9e. En substance, \u00ab\u00a0ce film est d&rsquo;une extr\u00eame violence. Si tu ne veux  pas le voir, il n&rsquo;y a aucun probl\u00e8me\u00a0\u00bb. Je n&rsquo;aime pas les films  violents, a fortiori la violence documentaire, mais donner mon avis sur  ce film avant qu&rsquo;il ne soit montr\u00e9 \u00e0 une plus large audience me semblait faire partie de mes attributions. La  vocation de notre \u00e9quipe \u00e9tait en effet de d\u00e9mythifier un peu le monde  des m\u00e9dias et de l&rsquo;information, pour aiguiser le sens critique des vacanciers, tous \u00e2ges confondus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je  reste. Nous sommes une petite douzaine peut-\u00eatre. Un peu \u00e9parpill\u00e9s dans  la salle. Peut-\u00eatre en anticipation du malaise \u00e0 venir et de la bulle  dans laquelle nous allons bient\u00f4t nous enfoncer. La porte est ferm\u00e9e, le  bouton \u00ab\u00a0lecture\u00a0\u00bb actionn\u00e9. Ecrire aujourd&rsquo;hui que je me souviens de  tout dans les moindres d\u00e9tails serait mensonger. Et malgr\u00e9 les  avertissements, je ne vois pas comment un \u00eatre normalement constitu\u00e9  aurait pu \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 une telle barbarie. Le r\u00e9alisateur  filme l&rsquo;horreur de la guerre de fa\u00e7on brute, sans filtre. La torture, les amputations,  les ex\u00e9cutions \u00e0 bout portant, les mutilations&#8230; L\u00e0, en pleine face,  le sang qui gicle, les corps qui tombent, les t\u00eates qui explosent, les  cadavres qui s&rsquo;entassent. L\u00e0, comme \u00e7a, par une chaude apr\u00e8s-midi d&rsquo;\u00e9t\u00e9  en bord de mer, berc\u00e9e par l&rsquo;insouciance d&rsquo;une vie qui va bien. Corps \u00e0  corps \u00e0 l&rsquo;issue connue d&rsquo;avance. Elimination syst\u00e9matique et impitoyable  de l&rsquo;ennemi, femme, enfant, vieillard&#8230; L\u00e0 o\u00f9 les soldats du monde  moderne se tuent de loin gr\u00e2ce \u00e0 des armes ultra-perfectionn\u00e9es sans,  peut-\u00eatre, r\u00e9aliser qu&rsquo;ils \u00f4tent la vie, au Sierra Leone, malgr\u00e9 les  armes vendues par les Occidentaux, on s&rsquo;assassine \u00e0 la machette. En  tenant le corps de l&rsquo;autre, qui n&rsquo;est pourtant qu&rsquo;un autre que soi. On  sait que l&rsquo;on tue, on le sent, on le voit. Voir \u00e0 quelle folie la haine  de l&rsquo;autre peut conduire est t\u00e9tanisant. Cet autre qui a perdu son  statut d&rsquo;\u00eatre humain et qui, \u00e0 ce titre, est trait\u00e9 de fa\u00e7on inhumaine.  Au-del\u00e0 de la violence insoutenable de ces images macabres, c&rsquo;est bien  cette insensibilit\u00e9, cette inhumanit\u00e9 des hommes, leur d\u00e9tachement qui  fait tressaillir, qui bouscule, qui secoue. Plus les minutes passent,  plus la sensation de froid autour de moi augmente, plus je me tasse sur  ma chaise, plus j&rsquo;ai la naus\u00e9e, plus j&rsquo;ai du mal \u00e0 respirer, plus mon  regard s&rsquo;\u00e9gare, plus la confusion r\u00e8gne. A cette \u00e9poque, je ne vis plus  dans un monde utopique depuis quelques ann\u00e9es, mais la confrontation  avec cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0 n&rsquo;en constitue pas moins une expulsion manu  militari d&rsquo;un univers o\u00f9 elle n&rsquo;a que peu de place, voire pas du tout.  La d\u00e9monstration par l&rsquo;auteur, certes maladroite, du r\u00f4le des  organisations internationales bien pensantes dans ce massacre ne fait  que charger le trouble profond, le d\u00e9go\u00fbt visc\u00e9ral, l&rsquo;incompr\u00e9hension totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film  s&rsquo;ach\u00e8ve. Chacun garde le silence. On ose \u00e0 peine se regarder. De  l&rsquo;air. Les jambes coup\u00e9es, je peine \u00e0 m&rsquo;extraire de la salle. La porte  s&rsquo;ouvre. La lumi\u00e8re entre. Je me sens lourde, je titube, sonn\u00e9e par ce  d\u00e9fil\u00e9 d&rsquo;images auquel je suis incapable de donner un sens. Je sors de  la pi\u00e8ce. Je ne d\u00e9cide pas o\u00f9 je vais mais mes jambes me conduisent vers  la sortie. Je m&rsquo;extrais de l&rsquo;enclave. Je prends \u00e0 droite, me retrouve  sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la route d\u00e9partementale. J&rsquo;aurais pu tourner \u00e0 gauche. Je  ne sais pas o\u00f9 je vais, je ne vais nulle part, je ne suis capable que  d&rsquo;une chose : marcher, bouger, avancer, mettre un pied devant l&rsquo;autre,  m\u00e9caniquement, comme si le mouvement allait m&rsquo;expliquer. Le pourquoi, le  comment et tout le reste. Mais l&rsquo;inexplicable ne s&rsquo;explique pas. Comme  \u00e7a, la t\u00eate totalement vid\u00e9e et pleine de questions, je marche. En  silence. Des voitures passent \u00e0 quelques m\u00e8tres, je les entends \u00e0 peine.  Pendant 15 minutes. Puis, j&rsquo;entends battre mon c\u0153ur. J&rsquo;aspire de plus  en plus d&rsquo;air. Je per\u00e7ois \u00e0 nouveau le vent dans les feuilles, sens la  chaleur du soleil sur mon bras, vois les voitures&#8230; Je m&rsquo;arr\u00eate et  rebrousse chemin. Avec une pens\u00e9e, \u00e9trange a posteriori, l\u00e2che peut-\u00eatre  : je ne peux pas. Je ne peux pas cr\u00e9er en sachant, en ayant pleinement  conscience, en \u00e9tant t\u00e9moin, en voyant, ce dont est capable l&rsquo;homme pour  d\u00e9truire ses semblables. Car alors, aucune cr\u00e9ation, aussi modeste  soit-elle, ne pourra me faire oublier cette ignominie. Aucune cr\u00e9ation  ne pourra plus se faire l&rsquo;\u00e9cho de mon optimisme, certes na\u00eff, car ce dernier aura perdu tout son \u00e9clat. Or, c&rsquo;est vers cette moiti\u00e9 du verre l\u00e0 que je  veux continuer \u00e0 regarder l&rsquo;avenir et gr\u00e2ce \u00e0 elle que je peux donner un sens \u00e0 la vie, en tout cas, \u00e0 la mienne&#8230;<\/p>\n<div id=\"iLikeThis-10695\" class=\"iLikeThis\"><span class=\"counter\"><a onclick=\"likeThis(10695);\" class=\"image\">7<\/a><\/span><\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.facebook.com\/share.php?u=https%3A%2F%2Fwww.loucamino.com%2F%3Fp%3D10695&amp;t=%22Et%20toi%2C%20quel%20film%20a%20chang%C3%A9%20ta%20vie%20%3F%22\" id=\"facebook_share_both_10695\" style=\"font-size:11px; line-height:13px; font-family:'lucida grande',tahoma,verdana,arial,sans-serif; text-decoration:none; padding:2px 0 0 20px; height:16px; background:url(http:\/\/b.static.ak.fbcdn.net\/images\/share\/facebook_share_icon.gif) no-repeat top left;\">Share on Facebook<\/a><br \/>\n\t<script type=\"text\/javascript\">\n\t<!--\n\tvar button = document.getElementById('facebook_share_link_10695') || document.getElementById('facebook_share_icon_10695') || document.getElementById('facebook_share_both_10695') || document.getElementById('facebook_share_button_10695');\n\tif (button) {\n\t\tbutton.onclick = function(e) {\n\t\t\tvar url = this.href.replace(\/share\\.php\/, 'sharer.php');\n\t\t\twindow.open(url,'sharer','toolbar=0,status=0,width=626,height=436');\n\t\t\treturn false;\n\t\t}\n\t\n\t\tif (button.id === 'facebook_share_button_10695') {\n\t\t\tbutton.onmouseover = function(){\n\t\t\t\tthis.style.color='#fff';\n\t\t\t\tthis.style.borderColor = '#295582';\n\t\t\t\tthis.style.backgroundColor = '#3b5998';\n\t\t\t}\n\t\t\tbutton.onmouseout = function(){\n\t\t\t\tthis.style.color = '#3b5998';\n\t\t\t\tthis.style.borderColor = '#d8dfea';\n\t\t\t\tthis.style.backgroundColor = '#fff';\n\t\t\t}\n\t\t}\n\t}\n\t-->\n\t<\/script><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une amie m&rsquo;a r\u00e9cemment offert un livre en forme de colle. 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